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est : « A. G., ep. Grass . utrum poeta ? » Elle se divise en quatre chapitres : le ier, quid a natura ad poeticam A. God. habeat adjumenti ; le 2e, quam paratus ab arte ad scribendum carmen A. God. accédât ; le 3e, quod spécimen doctrinœ A. God. in versihus exhibeat : enfin le /ie, quid poesis A. Godelli ad bonos mores conférât !. Nous y avons davantage à relever. Godeau est signalé comme un évêque qui réunit deux évêchés, qui n'y réside point, qui partage sa vie entre Paris et la campagne. Le premier factum raillait, dit M. Gognet, ce que plus d'un trouva de boursouflé, de vide, de déclamatoire dans ÏElogium du Petrus Aurelius. Le second est plus agressif. Il s'en prend aux Eglogues, aux femmes qui semblent les avoir inspirées : « Non arnicas et formosas protulisti quae causam Eclogis ac argumentum dederunt ». A la petite taille de notre évêque et aux grands mots dont il usait pour la compenser : « cum perparvus sis, inflata et tragica verba te nequaquam décent ». A sa nullité en théologie : « expers omnis theologïae es ». A la sécheresse de son imagination : a Magna Godelli pœtse humilitas, major etiam sterilitas ». A son inconvenance envers le roi : c'est un homme dépourvu de loyalisme, un rebelle, un révolté, « perduellis », dit le Jésuite, parce qu'il prête à Louis Xill les mots suivants :
Tandis qu'un si sage ministre Avec moi tiendra le timon,
et qu'il fait du cardinal l'égal du roi. A son sans-gêne moral : une de ses amies est appelée Alexis, ce qui est un nom d'homme, sans doute parce que Virgile a donné à Vénus le terme de deus et non de dea dans un de ses vers. A son ineptie : quels noms il invente pour ses Eglogues ! A son indécence : il parle de mains d'albâtre, de front d'ivoire, d'un beau sein, et des hameçons de sa Doris. « Quam amator Godellinus ! an ego cetera reddere non erubescam, quae
i. Pages 45 à 128 de la réédition.
semivir J exhausto pudore graphice etinsigniter sic expressit, ut ipsum crimen tantum non in conspectu posuerit ». Il ne parle, dit le Jésuite, que d'un sol éloigné de tous regards, que de bois solitaires : « solum nemus secretum : quam digna scriptore episcopo et lectoribus christianis... Ubi Tomos, ubi Pontus quae Nasonem novum pro dignitate excipiant ? ubi Genebrardus, archiepiscopus Aquensis, qui alterum Bezam coerceat ? » Voilà donc noire pauvre Godeau comparé à l'Ovide de Y Art d'Aimer et au Théodore de Bèze des Poemata juvenilia ; Grasse ou Vence doit être pour lui un lieu d'exil ; son métropolitain d'Embrun fera bien d'être aussi sévère pour lui que Gilbert Genebrard, qui, étant archevêque d'Aix, avait combattu Bèze. Il sera du moins permis de penser que l'exemple de ce bénédictin, que Mayenne avait nommé archevêque d'Aix, parce qu'il était entré dans la Ligue, n'est pas choisi avec beaucoup d'à-propos. Après la défaite de la Ligue, il s'était d'abord retiré à Avignon, avait écrit pamphlets sur pamphlets, et essuyé une condamnation au bannissement perpétuel que le Parlement d'Aix lui infligea ; il avait finalement obtenu de Henri IV le droit de se retirer à Semur l.
Les deux libelles furent réunis ensuite sous un titre commun : A . Godellus, ep. Grass. , an elogii A ureliani scriptor idoneus, idemque utrum poêla ? 3. M. Gognet accorde au P. Vavasseur, a alors régent du collège de Blois et l'un des meilleurs latinistes de son temps », que ses critiques étaient, au point de vue littéraire, nombreuses, sévères, le plus souvent fondées. « Nul génie, nul talent poétique, nulle élévation dans
i. Godeau était petit ; l'ancien « nain de la princesse Julie » n'avait même, selon ses amis, qu'un « demi-poumon ».
2. Il y était mort en 1597, et Bèze à Genève en i6o5. Ed. Aude, discours à la 91e séance publique de l'Académie d'Aix (21 juin 191 1) : « L admirable révolté contre l'autorité royale, le grand humaniste qui, vaincu, revint, comme on l'a dit, planter ses pavillons dans la cité des lettres »
3. C'est l'ouvrage que j'ai lu à la Méjanes^ dans une seconde édition, datée de i65o, de Constance et imprimée, est-il dit, chez les frères Vincent.
les pensées, nulle noblesse dans le style ; de la vulgarité, de la stérilité, des lieux communs : c'est le poète des moissons, des tempêtes, du soleil, des roses ». Mais le P. Vavasseur n'en reste pas là. Godeau, selon lui, n'avait rien d'un évêque, rien d'un chrétien ; il était en outre laid et petit ; il vivait loin de ses diocésains ; il annexait Grasse et Vence contre toute équité ; il avait de l'ambition, aimait les disputes, intriguait dans les salons, menait une vie mondaine et légère, consacrait ses Eglognes à chanter ses amourettes ; c'était, on Ta vu, un nouvel Ovide, un second Théodore de Bèze ; ses commentaires sur le Cantique des Cantiques ne respiraient que l'obscénité. Un tel pamphlet souleva l'indignation générale, dit M. Cognet qui rappelle qu'Arnauld, entendant parler d'un autre du même jésuite, s'écria : « Le P. Vavasseur demande : Godellus an poeta ? Est-ce que Godeau est poète ? Il demande encore : Callaghanus an satyrus ? Est-ce Callaghan ou un satyre ? Y a-t-il ici une personne pieuse qui n'ait la pensée de demander : Jesaita an christianus ? Est-ce un Jésuite ou un chrétien ? » *, On sait que Jean Callaghan, reçu docteur à Paris vers 1 6/^3, était un gentilhomme irlandais qui s'était fait prêtre et était dévoué à Port-Royal. Les Jésuites disaient volontiers d'une religieuse de cette maison : « C'est une callaghane ». Prieur-curé de Cour-Cheverny, près Blois, en i65o, il fut attaqué en i65i par un Jésuite, le P. Urisacier *2. C'est à lui que le P. Vavasseur comparait notre évêque.
Le factum fut condamné par l'archevêque de Paris3 le 5 octobre 4 1 646 et brûlé5 par le bourreau le 27 : donc, on le verra, après la clôture des séances de l'Assemblée du clergé. Deux ans plus tard, dans la préface de ses Psaumes dont la première édition parut en i648, Godeau écrivit :