‹ Godeau, évêque de Grasse et de VenceChapitre 225 sur 242 · Rigal, Rev. univers, du i5 juin · texte numérisé non relu

Rigal, Rev. univers, du i5 juin

3. Voltaire a noté que Rotrou a imité les stances de Polyeucte.

non moins littéraires que jansénistes, à savoir que

De la foi d'un chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles.

Il est bon de se souvenir ici de l'édit rendu par Louis XIII, à l'instigation de Richelieu, de qui il n'est point utile de rappeler qu'il aimait fort le théâtre, en avril i64i '• Cette déclaration interdisait aux comédiens les représentations « peu honnêtes qui laissent de mauvaises impressions dans les esprits », à savoir, « actions malhonnêtes et paroles lascives ou à double entente ». D'autre part, l'exercice des acteurs, s'ils évitaient l'impureté, ne devait point « leur être imputé à blâme ni préjudicier à leur réputation dans le commerce public ». Nous trouvons chez Godeau le commencement de la célèbre polémique dont le théâtre en général fut l'objet, au xvne siècle. En face du discours de Godeau et d'un de ses sonnets, dont nous parlerons plus loin, il n'est pas inutile de rappeler ce que Port-Royal écrivit plus tard, et Bossuet dans ses Maximes et réflexions sur la Comédie, en 1694, où il se montre si sévère pour toutes les productions du genre dramatique : « comédie » est pris dans un sens général. Citons aussi Molière dans sa préface de son Tartufe, Bourdaloue, le prince de Conti dans son Traité de la Comédie, Mmes de Longueville et de Sablé. Avant i644, époque où Godeau commença à faire réimprimer les poésies qu'il avait déjà données et à faire imprimer les nouvelles qu'il venait d'écrire, on cite bien des farces, des comédies

1. Dans le tome IV de YHist. de la langue et de la littér. franc., M. Gustave Reynier, étudiant le théâtre au temps de Corneille et ses caractères généraux, insiste aussi sur la déclaration du roi et sur le fait que ce n'est qu'à partir de i64o, un an avant elle, que le goût devint plus sévère et le théâtre épuré. « Corneille, dit-il, se consolait de l'échec de Théodore par la pensée qu'il en fallait — ce sont les expressions du grand tragique — imputer le mauvais succès à l'idée de la prostitution, que l'on n'avait pu souffrir et qu'il y avait de quoi congratuler à la pureté de notre théâtre, de voir qu'une histoire, qui fait te plus bel ornement du livre II De Virginibus de saint Ambroise, se trouvait trop licencieuse pour être supportée sur notre scène » (p.. 365).

licencieuses et burlesques (en i645, Scarron donne son Jodelet, Rotrou sa Sœur, imitée, scène à scène, souvent mot à mot, y compris le turc, d'une pièce italienne), des comédies d'intrigue (Corneille vient de faire jouer, selon M. Rigal \ son Menteur, selon toute vraisemblance, dans la seconde moitié de i643, et sa Suite du Menteur, dans la première moitié de i645), de mœurs, de littérature (Desmarets de Saint-Sorlin a mis à la scène en i64o ses Visionnaires que ses contemporains proclamaient « l'inimitable comédie », et Saint-Evremond a fait imprimer, en i6/|3, ses Académistes). Faut-il rappeler que c'est le 3o juin i643 que Poquelin a signé avec ses amis l'acte de société de ce qu'ils appelaient « l'illustre théâtre » ?

Revenons au discours de Godeau et continuons à l'analyser. Il demande que les princes chrétiens soient moins rigoureux que Platon « qui connaissait les forces de la Poésie et bannit cette belle enchanteresse de sa République », mais qu'ils l'obligent à se souvenir qu'elle est « vierge et fille du ciel ». Ne songeons-nous pas ici aux Observations sur le Cid, où Georges de Scudéry, « gouverneur de N.-D. de la Garde », ainsi qu'il n'oublie point de s'intituler, rappelait que Platon avait exilé les poètes de sa République, même Homère, quoiqu'il le couronnât de fleurs : à la belle lettre que Balzac écrivit à Scudéry pour défendre Corneille, en octobre 1637, et lui dit que, « s'il faut que Platon bannisse le Cid de sa république, il faut qu'il le couronne de fleurs en le bannissant et ne le traite pas plus mal qu'il a traité autrefois Homère ». La première édition du Cid, avec la dédicace à la nièce de Richelieu, avait été achevé d'imprimer le 24 mars 1637. Godeau estime raisonnable « qu'Athènes et Rome idolâtres cèdent à Hiérusalem la sainte », qu'on cherche c d'agréables sujets dans l'Ecriture » et que, même au prix d'un certain effort, on sache « tirer l'or enfermé dans les Livres Saints » et ne pas s'épouvanter « des épines qui environnent leurs roses ». Les poètes grecs et latins n'ont

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