‹ Godeau, évêque de Grasse et de VenceChapitre 230 sur 242 · Paris, Armand Colin · texte numérisé non relu

Paris, Armand Colin

reconnu « l'esprit fertile et le tour assez beau », mais a reproché à sa prose et à ses vers de se répéter sans cesse. Jeune, il avait fait des vers galants, selon la mode de l'époque. Un peu plus mûr, il en composa de religieux ; plus heureux que Desportes, que Bertaut, que beaucoup d'autres, il écrivit des odes sacrées qui valurent beaucoup mieux que les profanes et qui n'ont jamais été appréciées à leur valeur ». Petit de Julleville sacrifiait ensuite les Cantiques de Godeau, mais louait ses Epîtres morales ; il reconnaissait qu'il s'y trouve du fatras, mais indiquait que l'auteur n'a jamais « prétendu au grand nom de poète ». C'était, dit-il, pour finir le portrait qu'il trace du premier académicien, « un homme de goût qui trouvait à rimer un plaisir innocent et qui souhaitait aussi de procurer par ses vers, comme saint Grégoire de Nazianze, quelque profit à autrui... Il eût été encore, au besoin, meilleur comme critique que comme poète. La préface qu'il avait écrite en i63o, pour l'édition des œuvres de Malherbe, témoigne, pour un juge de 25 ans, d'une justesse et d'une autorité remarquables et est trop peu connue et trop rarement citée ». Quand on a lu l'appréciation de Petit de Julleville, on ne saurait regretter d'avoir analysé, même un peu longuement, ces poésies de Godeau que Boileau, écrivant à Maucroix en avril 1695, dit capables, sinon de passer à la postérité, du moins d'être « fort estimables ».

Nous pensons que c'est de cet ouvrage qu'il est question dans deux des lettres que Balzac envoya à Chapelain vers la fin de 16/46. Le 22 octobre, il lui dit : « J'attendrai impatiemment les livres de M. l'Evêque de Grasse et je vous conjure de ne pas me faire languir ». Le ier décembre : « Je suis trop obligé aux bontés de M. de Grasse et de M. l'abbé de Cerisy qui m'ont fait l'honneur de me régaler de leurs beaux ouvrages ». Qu il s'agisse, pour Godeau, de son Oraison funèbre de l'Evêque de Bazas, comme le pensa Tamizey de Larroque, nous ne le croyons pas, puisqu'il en avait déjà» parlé à Chapelain dans une lettre du 26 mars. Il doit s'agir de ses Poésies chrétiennes dont l'achevé d'imprimer est, nous l'avons dit, du 3i mars.

Godeau fît imprimer, en outre, une Fie de saint Paul qui parut en un in-120, à Paris, chez la veuve Gamusat. Elle eu.t quatre rééditions, trois à Paris et du vivant de l'auteur, en i65i, 1667 et 166/4, et une à Lyon, après sa mort, en i685. Il en fut même publié une traduction anglaise, à Londres, en i658. Enfin, elle est insérée dans l'édition de i65o de sa Paraphrase sur les épitres de saint Paul. M. Gognet loue l'aimable simplicité de cette biographie de l'apôtre des Gentils. Dédié aux prêtres qui se consacrent aux missions, approuvé par le coadjuteur de l'évêque de Montauban ', Mgr Pierre de Bertier - et par celui de Ghâlons, Mgr Félix Vialar \ l'ouvrage nous rappelle que, depuis plusieurs années, Godeau paraphrasait les épîtres de saint Paul. En i632, avait paru la paraphrase sur les deux aux Corinthiens, sur celle aux Galates et sur celle aux Ephésiens (revue et corrigée en i634), puis en i635 la paraphrase sur l'épître aux Romains (rééditée en i64i) : en 1687, celle sur l'épître aux Hébreux4 ; en i6/ji, la paraphrase sur les deux aux ïhessaloniciens, les deux à Timothée, celle à Tite et celle à Philémon. En i65i, paraîtra la paraphrase complète, c'est-à dire augmentée de Fépître aux Philippiens et aux Golossiens.

En i64o, d'autre part, il avait paraphrasé les Epîtres canoniques ou catholiques, celle de saint Jacques, les deux de saint Pierre, les trois de saint Jean, celle de saint Jude : travail réédité dès i64i, avec ce qu'il avait déjà commenté dans les épîtres de saint Paul, puis en i65o,avec ce qu'il en avait alors paraphrasé.

Revenons à ses études sur saint Paul et à sa vie de cet apôtre. M. Gognet en signale « la beauté simple du récit,

1. « Par l'évêque de Montauban », dit à tort M. l'abbé Cognet.

2. Anne de Murviel avait, depuis le 9 janvier i63/j, pour coadjuteur, Pierre de Bertier. Il mourut le 8 septembre i652. L'approbation de son coadjuteur, P. de Bertier, est datée de Paris et du 7 novembre i646.

3. Evêque de Châlons de i64o à 1680. Son approbation est datée de Ghâlons et du 23 novembre i646.

4. La seule qui soit, non une simple lettre, mais une épître proprement dite. Mangenot, art. Epîtres, dans le Dict. de théol. catholique.

lémotion discrète et pourtant profonde, la vivante originalité... A peine si un mouvement rapide trahit la présence de l'historien... Point de commentaires inutiles, mais une impression de grandeur touchante, un parfum de fraîcheur évangélique ». Le livre s'ouvre par une gravure4 qui représente saint Paul prêchant. La dédicace s'adresse « aux vénérables prêtres qui travaillent dans les missions... Voici, mes très chers Frères », leur dit Godeau, « la merveille et le modèle des prédicateurs et des missionnaires... Je n'ignore pas ce qui serait nécessaire pour bien faire l'histoire d'une vie si merveilleuse... Je me suis étudié à la netteté du style et à la clarté de la narration... et abstenu des questions de controverse et de chronologie. Non que je veuille blâmer une science qui est un des yeux de l'histoire... J'ai suivi le grand cardinal Baronius... Je ne crains guère la censure de ceux qui liront cette histoire avec un autre esprit que je n'ai eu en la composant... Je l'offre aux missionnaires ». Après de longs conseils que l'évêque de Grasse et de Vence leur adresse, il fait une prière à J.-C. qui est imprimée en italiques.

La Vie de saint Paul se divise en deux livres. L'achevé d'imprimer est du 5 novembre i646 -. Voici la conclusion de cet ouvrage. « Nous avons essayé de représenter dans cette histoire les merveilleuses actions de sa vie, et ne pouvant ni ne voulant même aspirer à la gloire de l'éloquence, nous nous promettons que tous les lecteurs raisonnables confesseront que nous y sommes très désintéressé et très fidèle ».

Du diocèse de Grasse et de ce qui s'y passa en i646, nous n'avons presque rien à dire. Notons simplement les difficultés que la question d'Antibes causa, vers la fin de cette année, entre l'évêque et le chapitre : la quatorzième assemblée du Clergé du diocèse, convoquée par le grand vicaire

i . Signée : C. Ladame (je crois) inv[enit] fecit. r 2. Le privilège était du 12 mars i644.

Jacques Cavalier qui la présida le 4 octobre1 ; surtout l'arrivée des Barberini à Cannes.

En juillet, les neveux du défunt pape Urbain VIII, François2 que son oncle, élu le 6 août 1623, avait fait cardinal dès octobre3, et son frère Thadée, qui avait été prince de Palestrina et gouverneur de Rome, les fils et la fille de celui-ci, après avoir fui la Ville Eternelle dans le carrosse du cardinal Jérôme Grimaldi et. durant la nuit, pris un bateau à Civita-Vecchia et beaucoup souffert de la mer, débarquèrent sur la côte du diocèse de Grasse, à Cannes. Comme ils cherchaient à se soustraire à la justice. — certains disent à la colère, — d'Innocent X 4, ils demandèrent à la Cour la permission de séjourner en France et rejoignirent à Paris le cardinal Antonio « le Jeune », frère de François et de Thadée. Anna Colonna, femme de Thadée, vint les y retrouver5. S'ils ont débarqué à Cannes en juillet i646 et se rendirent à Aix pour quelque temps, il est difficile que Godeau, qui passa cette année à Paris, les ait salués à Cannes. Tisserand dit qu'il les y reçut6, n'indique pas d'après quelles sources il l'affirme, et ajoute qu'il écrivit sur eux, à Henri Arnauld qui négocia à Rome en leur faveur, des vers où il est parlé, en outre des troubles de Naples, de la révolution d'Angleterre, de Masaniello et de Cromwell.

1. Ev. de Gr., 116, f° i3. Présents : Cavalier, le cabiscol Bernard, économe du chapitre, dom Germain Bellon, cellerier de Saint-Honorat de Lérins (Gassiniste), syndics nés, le sacristain, l'archidiacre, les prieurs d'Opio et Cabris, de Cipières, de Saint Ambroise, de Gourdon.

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