P. n à 46 de l'édit. de i64i
2. Le nom du Tage servait à désigner l'Espagne, avec autant d'impropriété que dans les vers où l'impeccable Boileau l'emploie (dans son Discours au roi en i665, dans son Ode sur la prise de Namur en i6g3).
Godeau II 6
seconde partie « les heures que les occupations de ma charge et mes autres études me laissent ». Il rappelle que a d'anciens évoques, si remarquables par l'austérité de leur vie », notamment « S. Grégoire de Nazianze, S. Paulin de Noie, S. Avitus, Fortunat, Sidonius Apollinaris, et plusieurs autres dans les écrits ont été ramassés dans le tome IX de la Bibliothèque des Pères ». N'ont-ils pas composé des tragédies, des hymnes, des poèmes, des élégies ? S. Gré goire est bien connu pour ses homélies, ses lettres, ses poésies diverses et ses épigrammes ; on accordera volontiers à Godeau que c'était un des plus distingués Pères de l'Eglise grecque. Par contre, les saints Paulin de Noie et Avitus ont une notoriété inégale. Le premier, ami d'Ausone, a écrit des poésies dont une, relative à la mort d'un enfant, rappelle les stances de Malherbe à du Périer et ses vers sur les Saints Innocents. S. Avit, évêque de Vienne, a composé un De spiritalis historié gestis qui n'est pas aujourd'hui des plus lus : pourtant Guizot y a signalé des pages dignes du poème de Milton, les peintures de Michel-Ange à la chapelle Sixtine et de Raphaël dans les Loges du Vatican ont paru à d'autres s'inspirer des vers de S. Avit, et des poésies du xixe siècle, le Sacre de la Femme dans la Légende des Siècles de Victor Hugo, ou bien le Livre antique d'Alfred de Vigny, ont semblé à plus d'un rappeler tel tableau de cet auteur qu'admirait le premier des académiciens. Fortu nat, que cite encore Godeau, est le dernier nom un peu important de la poésie latine chrétienne, et dans l'un des derniers livres qui aient étudié celle ci du moins à grands traits, je le vois qualifié d'Ovide de décadence. Sidoine, évêque de Glermont, a écrit des vers qu'un des meilleurs juges en pareille matière trouvait irréprochables en fait de prosodie : son portrait des Francs et celui des Huns auraient été dignes, écrit-on parfois, d'inspirer Chateaubriand pour ses Martyrs et Augustin Thierry pour ses Récits des Temps Mérovingiens.
Revenons à Godeau. Tout en retenant « l'air de l'ancien Hélicon », il se propose de conduire ses lecteurs « sur le Calvaire » sans prétendre « à la gloire de poète parfait »,
sans aspirer à une couronne autre que « celles que dans le Ciel on jette aux pieds de l'Agneau », sans se soucier des critiques « qui, comme les mouches, s'accrochent sur les glaces les plus polies ». Alors il parle de Virgile, d'Horace, de Ju vénal, de Quintilien. Le prélat académicien réserve pour un autre volume, dit-il, « ses prières et ses méditations en prose ».
Ici il entreprend, après l'exposé de ses idées générales sur la poésie, l'étude particulière de ce qu'il a voulu mettre dans les poésies qu'il édite pour la première fois. Le sujet de chacune demandait, dit-il, « des grâces différentes... Il y a longtemps que la plupart (de ces vers) sont faits. Ne les ayant revus que depuis peu, il ne faut pas s'étonner si les corrections en quelques endroits font des inégalités ». Alors, comme pour sa première partie, il indique ce qu'il a voulu faire dans la seconde.
A propos « du poème et de l'hymne de la Sainte Vierge », l'évêque de Grasse s'adresse, non aux catholiques, mais « à ceux qui se sont séparés de notre communion et qui semblent particulièrement ennemis de l'honneur qu'on rend à la Mère de Dieu ». Il s'en prend spécialement à « un de leurs auteurs » dont, selon son expression, « la voix est de Jacob, et les mains d'Èsaû » ; il leur prouve que les catholiques ne sont point « des idolâtres détestables », qu'ils ne mettent pas « la créature à la place du Créateur », qu'ils n'ont point « plus de confiance au chapelet qu'au sang de J.-G. ». Il expose l'opinion de l'Eglise romaine sur le culte dû à Marie. Il ajoute qu'il est « bon de communier souvent, de réciter des prières, de s'adresser aux saints, surtout à leur reine ». Il cite plusieurs passages des Evangiles selon les saints Jean, Luc et Mathieu, des Epîtres de saint Paul aux Romains et aux Hébreux, de l'Epître première de S. Pierre, de l'Apocalypse. 11 invoque aussi l'autorité des saints Epiphane, Isidore, Pierre Chrysologue, Jean Damascène *, du vénérable Bède, de l'auteur de l'Homélie attribuée
i. Voir Bellamy, art. Assompt. dans le Dict. de thêol. cath. de Vacant
par certains à saint Athanase, d'Arnould, évêque de Chartres, des saints Cyrille d'Alexandrie et Grégoire. Il rappelle la dévotion pour la Sainte Vierge, qu'ont eue Hélène, Justinien, Charlemagne, des rois de France, Robert, saint Louis, Louis XI, François Ier et « le roi sous lequel nous avons le bonheur de vivre ». Il insiste sur « l'oblation qu'il fît à Marie, il y a deux ans, de sa personne sacrée et de son royaume ». Il dit que son poème n'a rien d'un traité dogmatique, qu'il y a fait entrer « des traditions, si on veut, apocryphes, mais que l'Eglise ne rejette pas absolument... La vie delà Vierge est la plus sainte de toutes les existences, mais c'est la plus inconnue » : aussi Godeau s'est-il permis de faire entrer dans son poème de l'Assomption ce qu'il appelle des épisodes agréables.
Pour ses Eglogues — nous verrons qu'il y en a six et qu'il les qualifie de spirituelles (par opposition aux sacrées qu'il avait publiées en i633), — il sait que certains y trouveront « des sentiments trop tendres et trop amoureux ». Mais, dit-il, « l'amour divin a ses tendresses et il est malaisé d'en trouver de plus grandes que celles que nous lisons dans le Cantique des Cantiques ». Dans ces six eglogues, il a évité « toutes peintures que les yeux des plus scrupuleuses vierges ne puissent contempler ».
Pour ses Psaumes, « les uns portent le titre de paraphrases, les autres de versions : dans ceux-là, les vers sont peutêtre plus nobles... Je tiens pour la version contre la paraphrase... David, ce chantre incomparable,... ne touche pas toujours sa harpe de même sorte ; il y a de certains tons qui semblent bien aigres... Je serai désormais plutôt traducteur que paraphraste des Psaumes ».
Quant aux Prières qui terminent ce volume1, si nous y retrouvons celle pour le matin, celle pour le soir, celle
et Mangenot. « S. Jean Damascène a écrit un traité In dormitionem b. Mariœ virginis. Fulbert, évêque de Chartres, mort en 1029, un De nativitate b. Mariœ. Pierre, un de ses successeurs, mort en 1187, un De Assomptione. . . Nulle définition dogmatique n'existe encore » 1 Numérotation nouvelle, de i'à 109.
« devant la confession » ', celle « devant la communion » 2, nous y avons d'autre part une au Père Eternel 3, une au Verbe éternel4, une au Saint-Esprit5, neuf à J.-G.6, l'une comme prêtre éternel, une comme roi des rois « pour obtenir la vertu d'obéissance », une comme saint des saints « pour obtenir la sainteté », une comme enfant de la crèche « pour obtenir la simplicité de l'enfance chrétienne », une à Jésus dans le désert « pour obtenir la force contre les tentations », une à Jésus o conversant avec les hommes pour obtenir la grâce de converser saintement », une à Jésus prêchant « pour profiter de sa sainte parole », une à Jésus souffrant « pour bien souffrir », et une prière pour dire après la communion 7.
« Si le temps ne m'eût point pressé, j'eusse ajouté quelques prières à la Vierge et aux saints. Mais je destine mon premier loisir à dresser un volume entier d'Instructions et d'Oraisons pour toutes les conditions et nécessités de la vie... Tant que j'aurai une langue et des mains, je ne cesserai de parler ou d'écrire pour la gloire de Dieu... Si je parle ou si j écris en barbare, il bénira peut-être plus abondamment ma barbarie que l'éloquence des autres ». Ainsi finit ce Discours qui, on le voit, n'est pas en i64o une simple réédition de celui de i633.
Passons aux œuvres mêmes qui composent cette « seconde partie ».
Je commence par le poème L'Assomption de la Vierge8.
On sait que l'Eglise catholique9 rend à Marie un culte qui, inférieur à la latrie dont Dieu seul est digne, mais su-
Mais non celle à dire après.