‹ Godeau, évêque de Grasse et de VenceChapitre 90 sur 242 · Hist. gén. de la litt. franc., t. IV, p. 84 (Bourriez · texte numérisé non relu

Hist. gén. de la litt. franc., t. IV, p. 84 (Bourriez

2. Il parlait dans l'église de l'abbaye d'Yères, en présence de sœurs cadettes de la morte, l'abbesse de Saint-Etienne de Reims et celle d'Yères.

3 Hist. de la litt. franc., p. io5.

Godeau II

- 9» déry, — avait, lors de la peste de i63i, perdu un fils de 7 ans ; en i6/|5, à Nordlingen, sera tué. d'autre part, le seul héritier du nom, le jeune marquis de Pisany dont la mort la laissa inconsolable 4. Devenu prêtre et évêque, Godeau glorifie non seulement la marquise de Rambouillet, mais aussi ses deux filles,

L'héroïque Julie en qui l'on voit paraître Tout ce qui peut d'un cœur d'abord se rendre maître, Et la belle Angélique, aussi fière en ses lois Qu'aimable en ses appas et que douce en sa voix, Ces agréables sœurs dont les yeux, pleins de flammes, D'un empire orgueilleux régnaient dessus les âmes.

Il regrette aussi

L'illustre Athènaïs dont les yeux autrefois

Se virent les vainqueurs du plus grand de nos rois,

c'est-à-dire Anne d'Autriche, de qui je n'ai pas besoin de rappeler qu'elle avait épousé Louis XIII, le 18 octobre 1 61 5 ; puis bien d'autres personnes que je reconnais imparfaitement sous le masque de leurs noms idylliques. Voici « le vaillant Lisidor, l'aimable Palamède », Athys, un jeune savant ; Pallas, le cardinal

...qui dans les maux dont il fut combattu Fit bien plus que sa pourpre éclater sa vertu,

non La Valette qui eut, en i638, la commende de Lérins, mais Richelieu ; Dorislhène, un guerrier ; Daphnis, « qui n'eut jamais que la face de sombre » ; Palémon, homme prudent ; Alcidamas, homme docte, « des Muses le refuge », peut-être Gonrart ; une fille noble et vertueuse,

L'heureuse Palinis, dont la maligne envie Haïssait la fortune et respectait la vie.

1 , Hist. de la litt. franc., p. io5.

En résumé, Alexis a vécu jadis à la Cour, ou plutôt Godeau chez des gens qui approchaient la Cour de près, mais il a quitté Paris et « ses funestes plaisirs »,

Et un petit troupeau seul eut tous mes désirs.

La simplicité de ces bergers lui plaît, « leurs chalumeaux enroués et leurs flûles rustiques », ainsi que « Florice aux cheveux d'or », Mlle Paulet. Alexis s'enthousiasme pour le pays où il est,

Vous qui malgré l'hiver êtes parés encor

De feuilles d'émeraude entre des pommes d'or,

Arbres au tronc de bronze, honneurs de ces bocages,

Superbes orangers

Que les doux rossignols sur vos bras toujours verts Accordent en tout temps leurs aimables concerts1.

D'ailleurs, il n'oublie pas le premier ministre :

Tous les siècles n'ont point un homme dont la gloire

Mérite qu'on la grave au Temple de Mémoire,

En qui toute la vie éclate de splendeur,

Dont la haute vertu surpasse la grandeur,

Et qui comme Pallas ait tant de connaissance

De ce que son estime ou son bien récompense.

Mais c'est Dieu surtout qu'il veut chanter ; il est loin du temps où, vêtu d'une armure de chevalier et armé d'une lance de paille, il mystifiait Arnauld (i'Andilly à Pomponneet où il excitait la haine de Voiture qui, » sans rien mon-

i . De même Lycidas décrit la région grassoise en ces vers : Monts qui jusques au ciel, sans craindre les tempêtes, Elevez les forêts qui couronnent vos têtes, Agréables coteaux où, malgré les hivers, Les riches oliviers demeurent toujours verts ; Prés, où brille des fleurs l'agréable peinture ; Orangers, l'ornement et le soin de Nature ; Champs de Grasse où le ciel a marqué mon séjour.

a. Magne, op. cit., p. 207.

3 Ibid., p. 179.

trer de cette animosité, sentait son influence certaine » 3 à l'Hôtel de Rambouillet.

Dans YEglogne IV, on voit bien deux bergers, mais aucun d'eux ne peut personnifier l'évêque de Grasse. Lycidas, qui se dit le fils et l'élève de Lysis,

Lysis de qui le nom s'est partout fait connaître Dans ses fameux écrits que, sans les trop louer, Le Dieu même des vers pour siens peut avouer,

déclare aussi qu'il eut le tort d'écouter les mauvais conseils du vieil Alcidamas, qui lui disait de jouer de la musette à la Cour

Pour ces Amaryllis, ces Doris, ces Florices... Pour toutes ces beautés de qui l'auguste port Et le libre entretien te raviront d'abord.

Il est donc venu à la Cour d'Eurylas,

Ce monarque chargé de lauriers et de palmes,

qui a d'autant plus l'air d'être Henri IV que le poète ajoute qu'

Un démon conduisant un barbare couteau Fit tomber Eurylas en la nuit du tombeau,

au moment où il allait empêcher a l'Aigle si fameuse » dé tenir « la foudre des dieux », c'est-à-dire combattre l'Empire. Dès lors, Lycidas n'a plus voulu vivre à la Cour ; mais il ne représente pas Godeau qui, lors de l'attentat de Ravaillac, avait 67 ans.

Signalons surtout le dialogue V entre Daphnis et Lysis. Que Godeau ait, dès le lendemain de son arrivée à Grasse, assisté aux opérations qui délogèrent en mai les Espagnols de Saint-Honorat et de Sainte-Marguerite, M. Gognet a démontré qu'on ne peut l'admettre. Mais il a, en septembre 1637, avant de monter à Grasse, visité Lérins ; aussi décrit-il ses « innocents bergers », ses vieux chênes, ses « pins

glorieux », ses moissons. Il dit qu'autrefois on n'y voyait ni tomber la foudre, ni luire a ces antiques comètes,

De la fureur du ciel fatales interprètes »,

ni pousser « de plantes venimeuses ». Il énumère les bêtes qui y vivaient en paix, oiseaux, cerfs, daims, chevreuils, brebis ; il parle de saint Honorât, — qu'on note la pointe, —

Celui dont le nom même est bien digne d'honneur,

de l'antique monastère, de saint Vincent *, de saint Césaire qui fut évêque d'Arles ; enfin, il expose comment les Espagnols ont, en septembre i636, pris les îles, creusé des fossés, bâti des remparts, abattu les arbres et comment ils ont été chassés en mai 1637

Par bien peu de soldats conduits par un lion,

ou, si l'on aime mieux, par « trois lions » qui se disputèrent trop longtemps l'honneur de reconquérir Lérins, l'archevêque de Bordeaux qui était devenu de prélat amiral et qui, de soldat redevenu prêtre, célébra la messe d'actions de grâces le 17 mai, le maréchal de Vitry, alors gouverneur de la Provence, le comte d'Harcourt, Henri de Lorraine, cadet d'Elbeuf, parent des Guise el des Ghevreuse. Godeau était arrivé à Grasse trop tard pour suivre les hostilités. Nous avons vu qu'en i638 il avait remplacé les Gassinistes parles Mauristes.

Rappelons encore que dans les deux premiers volumes, publiés à Paris et en i653, de son Histoire de l'Eglise, Godeau y a insisté : « Les Espagnols avaient désolé ce lieu, coupant les forêts de pins qui y fournissaient une ombre agréable contre les ardeurs du soleil, et que la nature y avait disposés en allées, aux bouts desquelles on trouvait des oratoires » . Souvenons-nous, à litre de comparaison, des descriptions qu'échangent les bergers Daphnis et Lysis dans cette Eglogue

1 . Saint Vincent de Lérins, mort en 45o et dont l'Eglise célèbre la fête le 24 mai, a composé un Commonitorium peregrini dirigé contre les nouveautés théologiques.

spirituelle n° V, qui, — lorsque Godeau publia ses Poésies chrétiennes en i646, eut pour sous titre « L'île de Lérins », — et des vers que Godeau a consacrés à ce même pays, à propos de la fête de saint Honorât, dans son poème Les Fastes de l'Eglise qui, on le verra, ne fut publié que deux ans après sa mort. Ici, après avoir rappelé les crimes des Sarrasins et le massacre qu'ils firent de saint Porcaire et de ses 5oo compagnons, il en rapproche les horreurs des Espa gnols :

Et vous, fiers successeurs de ses noirs ennemis,

Dans ce sacré séjour que n'avez-vous commis ?

Il pleurera longtemps les aimables feuillées,

Dont par vous ses forêts ont été dépouillées,

Ses autels démolis, ses antres profanés,

Ses champs rougis de sang, ses bois déracinés.

Mais vous longtemps aussi pleurerez l'aventure

Qui de vos bastions fît votre sépulture

Et sur vous attira la foudre d'un grand roi

Dont malgré votre orgueil vous reçûtes la loi.

Ce passage du poème posthume de Godeau mérite d'être rapproché de ÏEglogue spirituelle où Daphnis et Lysis décrivaient l'île de Lérins telle qu'elle était au surlendemain de la capitulation des « Marranes ».

Je passe à VEglogue VI, la seule où il y ait plus de deux bergers. Tircis et Lycidas d'abord sont seuls en scène ; le premier regrette « l'aimable Sylvie », le second convient qu'il a aimé Doris, qu'elle sera « la première et la dernière flamme de son âme », mais qu'il adore seulement Dieu :

J'adore l'ouvrier, et non pas ses ouvrages :

Si les uns ont mes soins, l'autre a seul mes hommages.

Lycidas convient que dès sa quatorzième année il était pris aux a cruels hameçons » de Doris :

Mais pour un front d'ivoire et pour des mains d'albâtre J'étais un infidèle, un traître, un idolâtre...

— io3 —

Pour les lis d'un beau teint, pour la pourpre des roses Que notre œil s'y figure ou qu'il y voit écloses... Me pourras-tu blâmer maintenant, que j'adore Un céleste soleil qui n'a point eu d'aurore?

Un sage vieillard, qui a prédit q\ïAlcandre bannirait Palinls de sa cour, l'a détourné de Doris, t de sa belle ennemie », et conduit à étudier « les mystères du ciel ». Survient Léris : il leur apprend qu'un berger amoureux, Damon, sachant que Phyllis, « belle et légère », lui préférait Sylvandre, s'est jeté dans la mer ; Lycidas supplie Dieu de rendre Tircis insensible aux charmes de Sylvie.

Scudéry avait admiré ces FJglogaes de Godeau, et celui-ci lui disait, dans une lettre du 16 août 16^1, qu'il craignait que ce que Scudéry louait dans ces poésies, ne fût ce qui en condamnait l'auteur. « Lycidas » — le personnage de ses Eglogues I, IV et VI — semblait à Godeau même « avoir trop retenu du langage de l'Egypte », et l'évêque de Grasse assurait à Scudéry qu'il cherchait « à retirer son cœur de l'Egypte » et qu'il n'avait pas « le poumon assez fort » — ses amis disaient qu'il n'avait qu'un demi poumon — « pour emboucher la trompette » de l'épopée dont Scudéry excellait à sonner. Dans une autre lettre du 16 août 16/41, il grondait Mlle de Scudéry dont les éloges, dit-il, lui avaient causé un plaisir trop vif.

Je passe aux Hymnes qui suivent { : sur la naissance du Christ, sur le jour du T. S. Sacrement, « sur l'oblation faite par le roy Louis XI 110 à la T. S. Vierge de sa personne et de son royaume », sur le martyre des saints Innocents. Ils sont en strophes de 10 vers octosyllabiques. Le premier comprend f\b strophes, le deuxième 46, le troisième jusqu'à 52, le quatrième 19 seulement: Au total, 162 strophes et par conséquent 1.620 vers octosyllabiques.

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