‹ Godefroi de BouillonChapitre 10 sur 141 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ralt cependant que la restauration de l'autorité épiscopale ne laissa pas de rencontrer de sérieux obstacles, car Tévèque dut emprunter le secours d'un voisin, le comte Albert III de Namur, qu'il institua son yicomte ^

Albert de Namur seconda avec d'autant plus d'empressement l'entreprise de Tévèque de Verdun qu'elle favorisait ses vues d'ambition personnelle. Lui aussi rêvait de mettre à profit la décadence de la maison d'Ardennes pour s'enrichir de ses dépouilles. Il revendiquait le château même de Bouillon comme l'héritage de sa femme '• On ne sait trop sur quels titres il appuyait cette prétention, mais toujours est-il qu'il ne négligea rien pour la faire valoir.

La seigneurie de Bouillon appartenait alors à Godefroi, soit qu'elle lui eût été transmise directement par son oncle avec le reste de ses domaines ^, soit qu'Ide, l'ayant reçue en dot, comme le rapporte un historien cité plus haut, en eût abandonné la jouissance à son fils à l'époque de sa chevalerie. Ce fut donc à lui de défendre le vieil alleu patrimonial contre les réclamations du comte Albert. 11 y eut d'abord une conférence entre eux au monastère de Saint -Hubert^. Godefroi y vint accompagné d'un conseiller sage et prudent, que le dernier duc de Lorraine s'était attaché depuis plusieurs années et qui continuait au neveu l'amitié qu'il avait vouée à son premier bienfaiteur. C'était Adalbéron, abbé de Saint- Vincent de Metz '. La science de ce clerc, non plus que la bonne foi de son jeune client, ne gagnèrent rien sur le perfide entêtement de leur rival. La conférence n'aboutit qu'à une rupture définitive et à une déclaration de guerre.

Rien déplus commun et de plus naturel alors qu'une prise

1 Art de vérifier les dates, chronologie des comtes de Namur, notice d'Albert UI.

2 Ibid.

» C'est Topinion d'Albéric de Trois-Fonlaines, ap. D. Bouquet, XllI, 684. ^ Histoire dumanastère de Saint^Hubert, ap. D. Bouquet, XIII, 587. ^Jbid.

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4')i)rmM entoo btroiis «u wjat d*OM terre oentoetée. tt fi'< tait pes encore de tribunal pour régler lee oonflit^ des pair liisviîers ayant fiefa et yavaux. JLes différends de» aeigueurs féodaux, conune aujourd'hu ceux dei natioBB^ faute d'une juridictiou supérieure compétente pour en connaitre S ne pouvaient être vidés que par un aceord à Tami^ble^ ou plus souvent aur lescbamps de bataille*

Il serait cependant tout à fait ioeiact de comparer à nos guerres nationalee la lutte qui s'ouvrit aloi» et ae eontîntUL pendant dix ans eiitre les Mres de Bouillon et de Naouir. H n'y eut point de campagne régulière. Ce fut plutilk un état d'hostilités intermittentes. Lu gent de Godefroi et celle d'Al^b^ s'^iaient aux confins de leurs territoires respectîfiiy a^attaquaient à roccasion, mais recherchaient peu les reoycontref^ Les belligérants fidsaient de préférence^ par troupes plus ou moins nombreuses» des incursions rapides dans l^ fief œnemi» et, après y avoir porté le pillage, la dévastation^ l'incendie et le massacre, #e repliaient avec le plus de butin possible^

Le comte de Na^ur conduisait souvent en peicsonne ces chevauchées» dont souffraient beaucoup les manaats de ia terre de BouiUon* Abis il ne paraît pas qu'il pût pousser aur cuojd de ce« expéditions jusqu'à la fortenssse qu'il convoitait.

P$tm l'intervalle , fatigué de cette guenre d'escarmouebes» dont il avaitsausdouteespériéunsuccèspluasÀr^plusrapîde^ il wsaya d'arriver h ses fins en suivant le cours ordinaire de la justice- U cita sop adversaire au pkUd (tribunal) du roi d# Germanie, Leur commun suzerain*

Le roi, p^r juger la cause, forma sa cour en réiiniasant les pairs des deux parties j c'est-à-dire les barons «jai occupaient le même rang qu^eux dans la hiérarchie féodale. Telle était la composition nécessaire des tribunaux séculiers au

1 Toutefois le BSUitHûége , dont m .ei|diqaera |tei ioîn U Me do soiure- TW arUtr^ dam h» guerres utàkmfleej {tourna iiil«iiMiiif nnosi, ^omr la sauvegarde des lois divines, dans les hostilités de seigneur à seigncnr.

GUAPITRB II M

moyen Age* La prooédnre uflitée ea pereille matière eensisteit , suiTant k» formabires juridiquas da tempe » en une ré* clanoatioD de rhéritag» litigieiix , ear lequel le demandeur affîroiait aan droit de propriété. < Ta en as menti, » lui disait la défeodeiir. A quoi le dmiandeur répondait : < le t^appelle «Il oombat. » Les juges n'étaient, à proprement parler, qu'une sorte de jury d'honneur dont la missicm se réduisait, après avoir essayé toutes les toîim d'aceommodement entre les adyersaires, à ordonner et à régler le combat singulier. Ce n'était pas eux qui prononij^ient la sentence ; l'issue du duel était tenue pour le jugement de Dieu.

Q n'y avait plus au onsième siècle , dans le monde féodal , d'autre argument juridique que le coup d'^pée en champ dos. Isè lois barbares avaient bien accepté d'abord, eomme preuve euflfisante du droit, la sèment prêté sur l'Évangile par le défendeur et par ses témoins; mais il en résultait que les causes étaient souvent gagnées par le parjure. Pour remédier à cet abus , au Keu d'imiter les tribunaux ecdésiastiqnes, qui exigeaient et savaient apprécwr la preuve du serment, et devaut lescpieis la défmse dé Faccusé était aussi* libre que prudemment organisée, les cours séculikw n'avaient rien trouvé de mieux que de substituer le dud à la discusûon, et à la fbnri)erie le meurtre. Le principe posé, les lois etconstitutkms des Empereurs, en dépit des anathèmes de l^Église, n'avaient plas en d'ntee objet que d'entouré* de toutes les garanties de sincérité possibles cette brutale manifestation du droit. 11 faut aième reconinaltre qu'après les réglemente des deux Ot* km, la procédure du duel judiciaire, à l'époque qui nous occupe, avait reça toute la somme de légalité et ée sagesse que comporte une teUe institution.

Ayant ouï et examiné le débat entm le comte de Namur et le margrave d'Anvers, la cour décida qu'il y avait lieu d'échanfper les f^gee de bataille selon les lois du pays.

Au jour fixé, les champions arrivmt armés et appaireiUéi dans la lice. Cependant les barons, les évèques swtout, s'ef-

forcent encore de régler pacifiquement la querelle et d'empêcher que deux hommes du même lignage s'obstinent à une lutte d'où Tun d'eux devra sortir honni; mais le roi, impatient du retard, ordonne de faire exécuter la sentence. Peut-être ne lui déplaisait-il pas de mettre à une si terrible épreuve le courage et la vie de Godefroi, dont la fierté ne lui semblait point assez abattue par ses précédentes disgrâces.

Sur cet ordre, les hérauts publient les trois bans accoutumés, enjoignant aux parents des parties de se retirer, au peuple de demeurer silencieux, et aux témoins de ne prêter aucune aide aux combattants. Les seigneurs de la cour gardaient le parc.

Les deux rivaux y pénètrent à cheval, vêtus du haubert, Técu en avant, le heaume sur la tête et Tépée à la main. Ils étaient dignes de se mesurer, et la victoire fut longtemps incertaine. Soudain Tépée de Godefroi, lourdement abattue sur la tète de son adversaire, se brise contre le heaume et vole en éclats : il ne lui reste plus au poing qu'un tronçon long d'un demi-pied à peine. Les barons interviennent alors pour arrêter une lutte trop inégale. Ils proposent les conditions d'un accord et supplient le roi d'y agréer. Mais Godefroi, cédant à un préjugé sanglant, les repousse à cause du sentiment de pitié dont elles s'inspirent. L'humiliation de son apparente infériorité, la grandeur du péril ne font qu'enflammer sa colère et son désir de vengeance.

Albert, de son côté, étonné d!abord, puis exaspéré de cette . attitude présomptueuse, fond de nouveau sur lui , le presse, le harcèle, l'étourdit et va l'accabler. Godefroi ne pouvait pas même riposter, quand, rassemblant dans un effort suprême tout son sang-froid, il se dresse sur ses étriers, s'élance,et,d*un coup furieux de son fer tronqué, frappe le comte de Namur à la tempe gauche : celui-ci, désarçonné , roule demi-mort dans la poussière; Godefroi d'un bond est auprès de lui, le désarme, et, mettant le pied sur l'ennemi terrassé, il appelle les juges du champ clos : «c Seigneurs, s'écrie-t-il,cettepaixquevousm'avez offerte tout à l'heure , je suis prêt maintenant à l'accepter,

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