‹ Godefroi de BouillonChapitre 11 sur 141 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

car si elle m'est dommageable , au moins n'y ai-je point de honte, et j'aime mieux me départir de mes droits que d'être obligé d'occire cet homme qui est mon cousin ^ j>

Ces détails nous montrent le caractère de Godefroi tel que l'éducation l'avait fait, et qu'il ira toujours s'accentuant davantage à travers les rudes épreuves de sa carrière : un courage intrépide, mais calme; une inflexible résolution dans l'œuvre commencée, un sang-froid au-dessus de toutes les surprises et des plus imminents périls; enfin, qualité plus rare encore au sein de la société féodale, la modération et la générosité dans le triomphe. — Ainsi s'annonçait déjà le chef héroïque et désintéressé de la première croisade*

Le dommage qu'il accepta plutôt que de profiter de sa victoire sur le comte de Namur était considérable. Rien ne fut changé à leur situation respective : Albert resta vicomte de Verdun avec l'agrément du roi. Fort de cet appui, il n'en persévéra que plus activement dans ses entreprises contre le château de Bouillon, dont Manassès, archevêque de Reims, lui avait promis, comme haut suzerain, l'investiture.

Godefroi n'était donc plus réellement que margrave d* Anvers, il comprit qu'il ne pourrait rien en plaid ni en bataille contre ses rivaux tant qu'ils seraient soutenus par la faveur royale. Il résolut alors de gagner, lui aussi, par des services et des actions d'éclat, les bonnes grâces de Henri lY. Il s'engagea à la solde du césar franconien, parmi les chevaliers dont se composait sa maison militaire ^

Jamais roi n'eut plus besoin de recruter des partisans que Henri de Franconie à cette époque. En guerre avec la moitié de ses provinces, il n'était plus même roi légitime, d'après les lois constitutives de l'Empire, dans les terres qui lui obéissaient encore. Les vices de sa vie privée , ses attentats contre la liberté de l'Église, sa tyrannie envers ses sujets l'avaient

1 Guillaume de Tyr et VEstoire de Eracles, 1. IX, ch. vu. 3 Laurent de Liège, Hist. des évêques de Verdun, ap. D. Bouquet, t. XIII, 629.

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rendu Tobjet d*iine réprobation universelle. Les peuples s'étaient armés en masse pour se soustraire à son despotisme ; le saint- siège l'avait retranché de la communion chrétienne; la noblesse teutonique, qui formait le corps électoral de la royauté, Tavait rejeté comme indigne du trône. Sous le coup de cette triple déchéance, il luttait cependant avec archamement, et non sans succès, pour remettre l'Allemagne sous son joug, quand Godefroi de Bouillon, mû par les intérêts que Ton vient d'expliquer, s'attacha à la défense de sa cause maudite.

Avant de raconter les actes où l'entraîna cette fataledétermination, et pour en bien marquer le caractère, il est néces* saire de prendre de plus haut le récit des événements.

Les grands troubles politiques et religieux qui devaient si tristement agiter tout le règne de Henri IV, pendant une durée d'un demi-siècle, dataient de Tavénement même de ce prince. Il n'était âgé que de six ans quand il avait succédé à son père, en 1 056 . A la faveur des embarras inséparables d'une régence, les provinces encore mal unifiées de l'Empire avaient travaillé à relâcher les liens fédératifs. Cette tendance, où se reflétaient lesvieillesantipathies nationales, dominées mais non extirpées par la main puissante de Cbarlemagne, se manifesta surtout dans la Saxe« Après avoir donné à l'Occident quatre empereurs, elle ne se pliait pas aisément sous la suprématie d^une dynastie rivale.

Parvenu à l'âge d'homme, Henri lY n'avait fait que justifier et accroître encore Taversion de ses sujets. Il ne s'entoura que de personnes corrompues, et son palais fut souillé par des scènes de débauche qui rappelaient les plus odieux souvenirs du césarisme païen.

Son gouvernement semblait s'inspirer des mêmes traditions que sa vie privée. Il s'attachait à tout pervertir et à tout souiller. L'Église n'avait pas encore eu d'ennemi aussi perfide. Il trafiquait ouvertement des dignités ecclésiastiques, donnant l'investiture des évêchés et des abbayes à ses favoris et aux compagnons de sa vie licencieuse. Il forma ainsi, autour de

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