‹ Godefroi de BouillonChapitre 101 sur 141 · CHAPITRE XI Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI Î

et d'argent, et un haubert d'une merveilleuse beauté , qu'Hérebrand de Bouillon , noble et preux chevalier, portait toujours en bataille. >

Vainqueurs à peu près sans combat, les soldats de l'expédition n'en reçurent pas moins un gracieux accueil et de grands présents au château de Hasarth. Ds s'y livrèrent au jeu de dés, dont les Turcs avaient alors la passion, et c'est, dit^n, l'origine du nom de jeux de hasard , donné à ces sortes d'exercices ^

L'alliance d'Omar avait une haute importance , en ce qu'elle assurait les communications de la grande armée avec le comté d'Edesse. Godefroi s'appliqua à l'entretenir. Malheureusement le jeune Mohammed, demeuré à Antioche, y fut bientôt atteint de la peste et en mourut. Le duc désolé fit envelopper son corps, selon l'usage des musulmams, d'une précieuse étoffe de pourpre, et l'envoya à l'émir, l'assurant qu'il avait toujours entouré de soins cet enfant, et qu'il était aussi affligé de sa mort que s'il eût perdu son propre frère Baudouin. Les esclaves du jeune Mohammed, qui étaient restés attachés à sa personne, confirmèrent la vérité de ces paroles, et Omar ne cessa pas d'être fidèle à ses engagements* Cette fidéUté devait plus tard lui coûter la vie. Quand son protecteur eut quitté le pays, il tomba aux mains de Redouan et fut décapité *.

Après l'expédition de Hasarlh, Godefroi se laissa persuader par son frère d'aller attendre dans la principauté d'Edesse le signal du départ pour la Terre-Sainte. Il craignait^ en retournant à Antioche, oii ne l'appelait, du reste, aucun devoir, de s'exposer encore, au milieu des accablantes chaleurs du mois d'août, aux atteintes d'un fléau qu'il avait appris à connaître ; et il se rappelait que quinze ans plus

1 VEstaire d'Eracles, liv. VII, ch. tu.

2 Le fait est rapporté par Kemal-Eddin, historien arabe, traduit dans la Bibliothèque de$ eroisades (de Hiehand), t. Il, § 3.

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tôt y ap siège de Rome, une semblable maladie avait failli le mettre au tombeau ^ Il vint donc s'établir avec une faible compagnie dans les villes de Turbessel et de Ravenel, que Baudouin lui avait cédées l'hiver précédent.

Il n'y resta pas longtemps oisif. Les habitants du pays, surtout les moines de la montagne Noire, accoururent se plaindre à lui des brigandages de Pakarad et Kogh Yasil. Moitié seigneurs 9 moitié larrons, à la fagon de maints chevaliers d^Occident, ils vivaient retranchés dans des forteresses inaccessibles I ayant à leur solde des bandes de détrousseurs, pillant les églises, rançonnant les campagnes et bravant y du haut de leurs repaires , la colère de leurs victimes. Le duc ne se fit pas prier pour se mettre à la chasse de ces deux aventuriers. Il avait du reste une injure personnelle à venger, le vol de la tente de Nichossus. Il arma donc cinq cents de ses meilleurs chevaliers, s'empara des redoutables forteresses et les renversa de fond en comble ^

Pendant qu'il exerçait ce rôle de justicier dans les gorges de l'AmanuSi la Mésopotamie était le rendez- vous d'une multitude chaque jour croissante de gentilshommes français. Ils venaient mettre leur épée au service de Baudouin , contre les Turcs du voisinage; mais ils n'épargnaient pas beaucoup plus les Arméniens 9 leurs hôtes. C'était un peu la tendance du comte, de regarder sa principauté comme un pays conquis et d'en partager les dépouilles avec ses compatriotes. Les choses en vinrent alors à un tel point que les principaux habitants , chassés de toutes les dignités et charges qu'ils avaient d'abord occupées, regrettèrent d'avoir mis cet étranger à leur tète et formèrent le dessein de l'assassiner. Ils s'entendirent même, dit-on, dans ce but avec les Turcs; mais la conjuration fut dénoncée à temps à Baudouin. Il tira de

1 AU)ert d'Aix, liv. V.

2 Albert d'Aix, liv. V; Guillaume de Tyr, liv. VIII, ch. v.

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