CHAPITRE II 3S
lui, !iû clergé ignorant, cupide, déréglé, institué an mépirifide Tautorité du saint-siége et prêt à favoriser tons les empiétements du roi dans le domaine des choses religieuses.
Ce clergé indigne fut son principal instrument d^oppression sur le penple.
En ce temps-lft, TÂliemagne entière gémit sous le poids d*une tyrannie ombrageuse et cruelle. La plupart des seigneurs s'y soumirent par crainte ou par ambition, et se firent les agents des exactions impitoyables du maître. Ceux que leur conscience ou leur intérêt éloignait du râle de courtisans étaient traités en ennemis. La perte des biens, de la liberté , de la vie môme, menaçait quiconque, étant puissant et riche , voulait rester à l'écart des turpitudes royales.
Entre toutes les provinces germaniques, la Saxe, à cause de ses tentatives d'affranchissement, était Tobjet de rigueurs exceptionnelles. Henri IV ta couvrit de forteresses où il mit des garnisons chargées de faire la police en son nom et de percevoir TimpAt. Ces bandes de brigands remplissaient leur office en se livrant au pillage et aux plus abominables excès. Mais heureusement les églises. de cette contrée n'avaient point subi le niveau moral que l'investiture donnée par le roi établissait ailleurs parmi les chefs religietix du peuple. Il y restait un corps de prélats orthodoxes, pleins de courage et de zèle pour la défense dô fa justice. Ces prélats formèrent avec les grands vassaux une ligue protectrice de l'intérêt national. Yiûgt fois dissipée par la force, cette ligne renaissait toujours sous Tempire de la nécessité. En 1073, ayant à sa (été saint Bennon, évèque deMisnie, elfe se trouvait assez fortement organisée pour adresser ses remontrances à Henri IV, dans un langage sévère et où respirait une indomptable énergie. Elle le somma d'en finir avec les honteux déportement» de sa jeuneiief déclarant que « les noble» saxons ne voulaient pltis se soumettre à l'autorité d'un prévaricatear, traître à la foi chrétienne^ques'il pensait le» rédairepar le»arme»,ettx aussi avaient des armes et savaient combattre. Leur serment de fidélité né les
liait envers lui qu'autant quHl gouvernerait suivant Téquité et les lois, pour Tédification, non pour la ruine de l'Église de Dieu y en laissant à chacun son rang, sa dignité, ses droits. Si donc il violait le premier ce pacte, eux-mêmes n'étaientplns tenus de le garder, et ils étaient résolus à lui faire une résistance aussi implacable que légitime dans l'intérêt de TÉglise et pour leur propre liberté ^ » Tel fut l'ultimatum qui provoqua une guerre d'extermination entre le parti royal et plusieurs provinces jalouses de leurs anciennes franchises ; car la ligue saxonne ne tarda pas à s'étendre. Dans la diète de Guerstung, qui se tint peu de temps après, l'assistance venue de tous les points de TEmpire accueillit par un cri unanime d'indignation le récit des cruels traitements infligés à la Saxe. <c II faut que a vous soyez des femmes et non des hommes, dit-on aux viece times, pour avoir supporté de pareils outrages ! i>
Dès lors se prépara sourdement une vastecoalition de grands feudataires hostiles à la tyrannie du roi franconien.
Mais Henri IV ne laissa pas à ses ennemis épars le temps de se connaître et de se concerter. Il déjoua leurs projets en publiant à la bâte Thériban * dans toute l'Allemagne. Ainsi mis en demeure de se prononcer à l'improviste, les barons mêmes qui s'étaient déjà ralliés de cœur à la cour des Saxons s'unirent à l'armée de l'Empire. Le parti de la résistance, renfermé encore dans les provinces où il avait pris naissance, ne put tenir contre les forces royales et essuya en Thuringe une sanglante défaite (1075) ^
Godefroi le Bossu se signala dans cette expédition, et peutêtre y fut- il accompagné de son neveu, qui le servait déjà comme page.
1 Lambert de Schafnabourg, ann. 1073.
2 Vhérihan était l'appel aux armes de tous ses yassaux et arrière-vassaux.
3 Lambert de Scbafnabourg, ann. 1075. Le récit suivant des événements politiques et militaires d'AUemagne jusqu'en 1080 est un résumé des histoires générales , dont on n'a pas cru utile d'indiquer les sources. Pour les points controversés , voir Rohrbacher, Hist. universelle de V Église catholigue, t. XIV.