CHAPITRE XII Î
dans leur succès définitif et procbaiu. Au terme d'une si difiicile entreprise « ils n'imaginaient pas que Dieu pût frus* trer leurs légitimes espérances. Aussi » à Tépoque où la situation semblait le plus compromise , le conseil se réunit pour délibérer sur la manière dont la ville sainte serait' gouvernée après la conquête, «c Les princes» raconte le croisé Raimood d'Agilers , demandèrent que l'un d'eux fût nommé roi et chargé de la garde de Jérusalem^ de peur que, si elle demeurait à tous en commun , elle ne fût gardée par personne, et que tous, au contraire, concourussent à la détruire, yo Mais les évèques s'élevèrent contre la prétention de nommer un successeur à David; ils invoquèrent cette parole des prophètes : Lorsque le Saint des saints sera venu, toute onction cessera. Or ce temps, disaient- ils , était évidemment arrivé; il n'y avait donc qu'à placer à Jérusalem un simple administrateur des revenus de ce domaine ecclésiastique. Leur opposition fit ajourner une élection quelque peu prématurée, et l'on passa à l'examen d'affaires plus urgentes. L'ensemble des ouvrages d'attaque étant terminé , jour fut pris pour un assaut général , et l'on décida de faire auparavant une procession solennelle autour de la ville, afin d'attirer la bénédiction du Ciel et de préparer les combattants à la gloire du martyre, en ranimant parmi eux l'esprit de concorde et de cbarité.
Après trois jours de jeûnes et de prières, le vendredi 8 juillet, la procession s'organisa dans la vallée d'Éphrâïm , au quartier de Godefroi, le principal chef. Elle se dirigea d'abord à travers les campements de l'aile gauche de l'armée, en suivant la ligne septentrionale des remparts. Le clergé, revèlu de ses ornements pontificaux, portait les reliques des saints, et les batailloDs en armes le suivaient en psalmodiant des chants sacrés. On fit halte sur le mont des Oliviers y situé au nord-est de la ville, au delà de la vallée de Josaphat. Là Pierre l'Ermite et Arnoul de Robes, chape-
lain du dnc de Normandie^ adressèrent à la foule émue de chaleureuses exhortations. Ils prêchèrent avec tant d'âme l'union et le pardon des injures,. que Tancrède et Raimond, profondément divisés depuis le temps du siège d' Archas , se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et se donnèrent le baiser de paix ^ A leur exemple, tous les autres pèlerins qui avaient eu des querelles se réconcilièrent , et ce spectacle inattendu provoqua dans Tassistance un concert d'acclamations entrecoupées par des sanglots de joie.
Les croisés descendent alors vers le midi, dans la vallée de Josaphat, la traversent et montent sur la colline de Sion, pour revenir au point de départ , en parcourant le camp des Provençaux. Cependant les musulmans, du haut de leurs murailles , huaient et tournaient en dérision les cérémonies pieuses ; ils dressaient des croix en l'air et les couvraient de crachats et d'ordures , à la vue des chrétiens transportés de douleur et d'indignation. Quand le cortège passait trop près de l'enceinte fortifiée , ils l'accablaient de flèches , et beaucoup de fidèles tombèrent dans les rangs de la procession , frappés à mort. Les autres juraient de venger les victimes par l'immolation de tous leurs ennemis. L'attitude de la garnison en cette journée provoqua peut- être, comme représailles, plus d'une des épouvantables scènes de carnage qui devaient bientôt accompagner dans Jérusalem la victoire des Occidentaux. Dès lors on se prépara de part et d'autre avec un redoublement de zèle et de fureur à la lutte suprême. L'assaut était fixé par le conseil des princes au jeudi suivant, 14 juillet.
Iftikar-Eddaula avait accumulé tous ses moyens de défense sur la partie de Tenceinte qui faisait face aux lignes des assiégeants, c'est-à-dire à Touest et au nord, depuis la porte de Sion jusqu'à celle d'Hérode. Mais, dans la nuit du 43 au 14,
1 Albert d'Aiï, lit. VI.