‹ Godefroi de BouillonChapitre 115 sur 141 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

tam-tams, causèrent d'abord un certain effroi, d'ailleurs promptement dominé, parmi les Francs. Godefroi les fit charger par les troupes de Tancrède et des deux Robert. Lui-même il courut se placer, avec deux mille cavaliers et trois mille sergents à pied, devant les portes d'Âscalon, afin d'empêcher la garnison de sortir et de prendre à dos les chrétiens. En même temps les Provençaux , solidement établis dans des vergers près de la mer, coupaient les communications des Égyptiens avec leur flotte mouillée aux abords de la ville.

Les Éthiopiens reçurent sans mollir le choc des Franco- Normands. Le genou droit fixé en terre, ils décochaient de bas en haut leurs grands arcs d'une puissance prodigieuse. Armés aussi de fléaux de fer , dont le boulet était hérissé de pointes aiguës , ils en martelaient la tète des chevaux , les écus et les armures des chevaliers *. Ils étaient inébranlables comme un roc , et ils se laissèrent hacher sur place. Quand les longues lances et les lourdes épées des Francs eurent ouvert dans leurs rangs pressés une trouée sanglante , la cavalerie musulmane, qui avait d*abord abrité son tir derrière ce rempart humain , fut à son tour entamée. Le duc de Normandie se fraya un passage jusqu'à l'émir qui portait l'étendard d'Âfdhal , l'abattit et revint sain et sauf avec ce glorieux trophée.

Cependant le résultat de la lutte resta indécis la plus grande partie de la journée. La disproportion du nombre était considérable entre les deux partis; et, dans la mêlée, plus les Français pénétraient au cœur des troupes ennemies , plus ils couraient de risques et semblaient près d'être enveloppés par elles. Chaque tronçon séparé de ce corps colossal formait encore un imposant noyau de résistance , et il fallut

1 Albert d'Aix, Uv. VI.

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iringt TÎctoîres pnrtîeUes pour asnuTer sr» croiséft te succès déSnitif.

A fa fin , cnlbutés les um sur les autres, les eseadreos turcS; persans, syriensy arabes, égj'ptiens> toumèrenl bride mr toute hi Kgne. Godferrot alors cnUra dans la nélée' arec sa division de réserve. Son moumemenlr iflqpétueux et habilement caleulé , aebeTa> la déroute et ferma an f nyardu* la retraite du eMé de la plaine ^ Très -peu réastireot à a^éehapper dans le désert, où ils ne tardèrent pas à suecomber à la fatigue et à la faim. La plupart furent repoussés vers la mer, sons ks coups de» Provençaux,, qui le» sabraient sans pitié. Les survivante esaayèmnt de gagner à la nage leurs vaisseaux ; mais il s'en noya , dit-4« » plus de trois mille. Enfin d'autres débriâ , acculés anx murs d'Ascalon , se j^éeipitèreut par une porte que la garnison leur ouvrit; mais, dans le pèle -mêle, deux mille hommes furent étouffés ou foulés aux pieds.

A peine le camp ennemi était * il balayé que les chrétiens s'y répandaient en désordre pour chercher du butin, c Les uns enlevaient la pourpre précieuse ; d'autres , des vêtements, des vases d'argent et d'or; d'autres emmenaient des mulets, des chevaux, des chameaux^ des dromadaires et des ânes très - robustes : tous, oubliant en ce moment le oombat, prenaient ce qui s'offrait à leurs yeux ^ j>

Les fuyards profitèrent de ce désarroi pour se rallier et faire un retour offensif. Un instant ils parurent près de ressaisir l'avantage. Godefroi seul prévint , à force de fermeté et de sang-froid^ un irréparable désastre. Il s'élança au milieu de sea hommes débandés en criant : ce Traînards c rebelles et incorrigibles,, quel est voire aveuglement de «c vous porter au pillage , malgré ma défense , avant d'avoir

1 Albert d'Aix,liv. VI.

2 Ibid.

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« taillé en. pièces , avec l'aide de Dira » tous vos ettiemk? « Aux ariiMa! car Us se relèvettt^ et les voilà sur le point de a prendre «ne cruelle revanche U » En un clin d'osil il reconstitua ses bataillons et brisa le nouveau front de bataille qaî lui était opposé. Il vaincpiit une seconde foi», et ce demier carnage fui horrible ! La flotta avait gagné le large, et la porte d'Ascalcxi était refermée. Lea^ musulmans, rompus et dispersés , n'avaient aucun moyen d'éviter la mort. Ils* se glissèrent ca foule dans les jardins qui enviromiaient la. ville, a grimpant sur les palmiers, les oliviers et les figuiers y et essayant de se cacher dans Tépaisseur du feuillage; mais l'infanterie les traquait partout , et les abattait à coapa de flèches comme les chasseurs abattent les oiseaux ' ». Le s(d fut jonché de cadavres.

Afdhal assistait , du haut des tours d'Ascalon ,. à cette extermination de ses soldats. Il ne se crut bientôt plus en sûreté dans la ville, et il s'enfuit sur sa flotte , qui fit voile, sans tarder, vers TÉgypte.

Ainsi se fondit en une seule rencontre oeUe formidable coalition de toutes les puissances musulmanes. Ce qui pco^cura le triomphe si rapide et si complet des armées chré-^ tiennes , ce fut la tactique hardie de Godefroi , qui n'hésita pas à venir attaquer, et qui étonna et troubla dès Tabord, par son audace , un ennemi <|ttiaze fois supérieur en nombre.

Malheureusement il fut trop mal secondé par les autres princes pour tirer de la victoire tout le parti qu*0D en devait attendre. Tout le monde s'empressa , le camp une fois pillé , de revenir à Jérusalem ; et le roi n'eut plus auprès de lui que ses propres vassaux , environ deux mille homoies. Néan* moins les Ascalonites paraissaient h consternés de la grande

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î Rid.

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révolution accomplie en cette journée , qu'il espéra les soumettre sans coup férir, en leur offrant une capitulation « Ses propositions allaient être acceptées , quand Raimond de Saint-Gilles, toujours envieux, trouva le moyen de lui ravir cette conquête, que, selon son habitude, il avait convoitée pour lui-même, sans avoir l'habileté ou la force de s'en rendre maître. Il fit passer la nuit aux habitants un message secret, où il leur disait : oc Courage! ne vous laissez point n effrayer par les menaces du duc Godefroi , et ne lui livrez ce point votre ville; car tous nos princes ont résolu, après oc avoir terminé cette guerre, de retourner dans leur terre c natale, et il ne reste avec le duc, sous vos murs, qu'une oc poignée de combattants ^ »

Le lendemain matin , les Sarrasins couvraient la crête de leurs remparts en lançant des projectiles. En même temps le roi ne trouva plus dans son camp que sept cents chevaliers : Raimond lui avait débauché les autres. Il se vit ainsi réduit à l'humiliation d'une retraite.

Semblable trahison lui ferma encore , quelques jours plus tard, les portes de la ville maritime d'Arsouf, située à douze milles au nord de Ramla , qu'il assiégea en regagnant sa capitale. Raimond , qui le précédait de plusieurs étapes , n'ayant pu prendre cette place avant lui, s'était retiré en donnant à là garnison infidèle les mêmes avis et les mêmes conseils qui avaient empêché la reddition d'Âscalon. En apprenant cette odieuse machination , le roi ressentit une colère terrible , et en appela aux armes contre le Toulousain félon. Celui-ci revenait déjà au-devant de lui, désireux aufsi de laver dans le sang les échecs multipliés de son ambition. On allait en venir aux mains, c lorsque Robert de Flandre et les autres princes s'interposèrent , réprimandant sévèrement les deux rivaux , et réussirent , non sans de

1 Albert d'Aix, lit. YL

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