‹ Godefroi de BouillonChapitre 117 sur 141 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

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Le royaume de Jérusalem , tel que les princes croisés l'avaient constitué au profit du plus illustre d'entre eux, offrait de frappantes analogies avec l'organisation de la France à cette époque, depuis Tavénement des Capétiens. C'était une sorte de confédération de tenures féodales , toutes de même nature, sinon de même rang, et à la plus importante desquelles était joint le titre de roi. Dans ce royaume, le domaine propre de Godefroi ne comprenait que la seigneurie de Jérusalem S de laquelle relevaient, comme grands fiefs, le comté d'Édesse et la principauté d'Ântioche; mais cette dépendance était de pure forme , et en réalité Baudouin et Boéraond jouissant , de par les coutumes féodales, de k plénitude des droits

1 C'était là proprement le royaume, regnum, c*e8t-^-dire la part da roi.

de souveraineté chacun dans leur seigneurie, se trouvaient beaucoup plus puissants que leur suzerain nominal, investi d'un territoire fictif qui restait presque tout entier à conquérir.

Si, en effet, les limites officielles du royaume étaient <t déjà au nord le ruisseau coulant entre Baïrouth et Cabale, en Phénicie,et au midi, le désert situé au delà de Daroun, du côté de TÉgypte^ :», il s'en fallait de beaucoup que Godefroi régnât réellement sur toute cette étendue de pays. Il n'y possédait guère, outre sa capitale, qu'une vingtaine de villes ou bourgs, disséminés parmi des forteresses infidèles.

Gardant seulement auprès de sa personne les quelques officiers domestiques qui composaient sa cour ducale, le sénéchal Baudri , le chambellan Stabulon et le bouteiller Winric *, il avait partagé entre tous ses autres vassaux la partie de la Syrie déjà soumise aux armes chrétiennes, et intéressé chacun à la défense de son fief par une concession faite en faveur de tous les héritiers, à titre quelconque, du premier investi. C'est bien plus tard, en effet, et après que la conquête parut suffisamment consolidée , que les lois de la chrétienté d'Orient devaient admettre le principe européen de restreindre ces concessions aux seuls héritiers légitimes, ce aux hoirs de femme- espouse ^ }»• Au début, on se préoccupait surtout de récompenser ou de provoquer le plus de dévouements pos* sible, et Godefroi ne négligea ni les moyens d'attraction ni les garanties de prospérité individuelle , qui sont la source et les éléments nécessaires de la bonne colonisation.

D'ailleurs l'inféodation de la Judée semble s'être accomplie

1 Art de vérifier le$ dates, Chronologie des rois de Jérusalem.

2 Ge^nt les seuls qui soient nommés dans les Lignages d^outre-mer, de Ducange.

' Beugnot, les Assises de Jérusalem, 1. 1, p. 235, note a.

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