‹ Godefroi de BouillonChapitre 118 sur 141 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

avec un tact et une régularité admirables^ et a il faut » comme le remarque un jurisconsulte moderne ^ que l'équité la plus sévère ait présidé à la distribution des villes, des châteaux et de tous les domaines de cette riche contrée , puisque Thistoire n'a enregistré aucune plainte, aucune récrimination contre un acte aussi difficile à exécuter ^ i>. L'œuvre n'éprouva point, du reste, de difficultés sérieuses de. la part de la population indigène. C'est que le régime inauguré par ses nouveaux maîtres ne tranchait pas autant qu'on pourrait le croire avec les institutions musulmanes auxquelles elle était habituée. A part la différence de religion et le grand contraste qui en résultait dans les mœurs, Tédifice social conservait la même physionomie. Les Syriens avaient toujours vu, sous la domination des Sarrasins, Tesprit militaire base et loi de tout le système gouvernemental , les chefs hiérarchiquement subordonnés, et la classe rurale soumise à peu près aux obligations qui pesaient sur le servage d'Occident ^ Pour eux donc, le changement était peu sensible et, du reste, tout à leur avantage.

Malheureusement I comme on Ta dit, la presque totalité du sol réputé conquis était encore occupée par des musulmans de toutes races, ennemis implacables de l'établissement chrétien; les garnisons, isolées au milieu d'eux, se trouvaient placées dans de véritables coupe- gorges. Non-seulement ces Sarrasins refusaient de cultiver la terre pour leurs vainqueurs, mais ils leur faisaient plus ou moins ouvertement une guerre de brigands : ils les arrêtaient sur les chemins, les tuaient ou les vendaient aux marchands d'esclaves ; et souvent même ils venaient en force jusque dans les maisons des villes commettre des assassinats nocturnes. Le dégoût d'une existence ausifti précaire engagea beaucoup de seigneurs latins à quitter

1 Beugnoti les Arnsea de Jérusalem, 1. 1, Introduction, p. xiy.

2 GniUaame de T^, liy. LXVIII, ch. xvm.

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c leurs bettes tenaFes » et à retonrner en Europe , avec h dessein de irevenir quand le pays oflrirart plus de sécurité. Le roi , qui avait besoin de tous ses soldats, prit vue mesure énergique pour arrêter cette espace de désertion. Il rendit une loi qui assurait la propriété de tout domaine à cdhii qui y aurait séjourné pendant un an et un jour ecmséeutivement , et déclarait l'ancien possesseur décbu de ses droits après une absence de même durée ^

Dès qpill eut donné les premiers soms indispensables à l'administration y ou y. pour mieux dire, à la transformation politique de son nouvel État, il s'appliqua à en étendre les frontières. Il marcha d'abord contre la ville d'Arsouf, qui, ayant recouvré ses otages , venait de se révolter et lui refusait le tribut convenu. L^armée royale ne se composait alors que de trois mille bommes, ayant pour principaux capitaines, sous le commandement général de Godef^m , Garnie de Gray, Guillaume de IHontpellier,. Guillaume le Cbarpentier et Wicker rAUemand *. Elle mit sept semaines à fairo ses travaux d'investissement et à construire ses engins de siége« Pendant ce temps, des émirs musulmans, descendus des montagnes de Samarie, vinrent au oamp des chrétiens, scmn prét^rte d'eyffrir des présents au roi de Jérusalem, mais plutôt pour juger de ses forées. Ils trouvèrent le héros assis au fond d'une tente modeste sur une botte de paille. « Hé fBoi l se dirent-ils entre enx dans leur langage , est-ce là ce puissant prinee qui a changé la face de TOrient? Aucune pompe, pas le naeindre insigne de sa dignité, pae de tapîe sons ses pieds, pas de tentures de soie an-<fessus de sa tète, pas de gardes ^entourant Tépée à la main , pour faire tre»b)er dsTUt hii les mortels f » L'ans^tère baron du Saint- Sépulcre, s'étant fait expKquer la cause de leur étonneaamt , répendif r c La terre n*est-elle pas

1 GuillavcMid^Y^, Hh. IX, oi. zn.

2 Albert d'Aix, Uv. VII.

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