‹ Godefroi de BouillonChapitre 119 sur 141 · CHAPITRE XIV SU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV SU

nn siège suffisant pour rhomme , pvmqne après sa mort elle doit dtre s» demenre Y »

Ce apectacle, ces paroles , frappèrent étrangement les visiteurs , habitués au feste orgueilleux des potentats de l'Asie. On en fit grand bruit parmi les musulmans des environs , et Ton redouta encore dayantage ce mystérieux chef étranger, qui comprenait si bien le néant de la vie et qui en faisait si peu de cas K

Cependant les habitants d'Ârsouf essayèrent de déjouer par un stratagème horrible Tattaque des assiégeants. Au moment où les projectiles commencèrent à battre leurs murailles et k voler dans la place, ils dressèrent un grand mât devant le rempart , à l'endroit le plus exposé, et y suspendirent » pieds et poings liés, Gérard d'Avesnes, l'otage des chrétiens. L'infortunée victime de ce raffinement de barbarie, apercevant à une faible distance le roi de Jérusalem , lui cria d'une voix lamentable : « Monseigneur, souvenez- vous que c'est vous qui m'avez envoyé en exil parmi ces hommes impies. Ayez pitié de moi , et ne me laissez pas subir ce cruel supplice. 1

Mais le prince, imposant silence aux sentiments de son propre cœur, avec cette fermeté presque inhumaine que commande parfois la conscience des grands devoirs et des responsabilités suprêmes, ne put que répondre tristement à son féal chevalier : <c Gérard, vaillant homme, il m'est impossible de vous secourir et d'épargner cette ville à cause de vous. Fussiez- vous mon frère , comme Kustache , je ne saurais vous délivrer à ce prix ; il ftnit donc que vous mouriez , et mieux vaut que vous mouriez seul plutôt que de servir de sauvegarde à ce repaire rempli d'ennemis des pèlerins ; car en perdant la vie présente il vous sera donné de vivre avec Jésus -Christ

1 Guillaume de Tyr, liv. IX, ch. ix.

312 60DEFR0I DE BOUILLON

dans les cieux ^ ». Gérard se résigna. Il demanda seulement à son seigneur, comme grâce dernière, d'offrir au saint sépulcre son cheval et ses armes, qu'il donnait, dit- il , f our le salut de son âme aux défenseurs des saints lieux.

Après avoir entendu ce testament héroïque, Godefroi détourna les yeux et, le désespoir dans Tâme, ordonna de poursuivre vigoureusement l'attaque. Un ouragan de flèches et de pierres fondit sur la ville, et le corps du martyr, effroyablement ballotté, disparut bientôt au milieu de cette tempête. Malheureusement son sacrifice devait être inutile. Deux fois le feu grégecHS détruisit tout le matériel des assiégeants , et causa dans leurs rangs de grands ravages et une consternation plus grande encore. Godefroi sut rendre l'ardeur, mais non la victoire ; à ses troupes par. des exhortations et des apostrophes passionnées : ce Hommes misérables et inutiles, leur criait- il un jour en les voyant mollir, pourquoi donc avez -vous quitté votre pays et vos familles, si ce n'est avec l'intention de vous immoler pour le nom de Jésus et pour la rédemption de la sainte Église ? Ce peuple conspire contre Jérusalem, et vous voulez partir sans lavoir dompté ! Faites au moins pénitence ici des vices et des iniquités par lesquels vous avez offensé Dieu pendant l'expédition...; purifiez- vous de vos fautes, et rendez- vous ainsi le Seigneur favorable, car sans cela vous ne réussirez en rien*. »

Le courage ne put triompher des ressources de l'art dont disposait Tennemi , et des rigueurs croissantes de l'hiver. Le roi fut encore obligé de lever ce siège : il rentra à Jérusalem vers le milieu de décembre , laissant à Ramla cent chevaliers et deux cents fantassins, chargés de harceler la garnison d'Arsouf. La présence de ce petit détachement, bonne tout

1 Albert d'AJXjliv. VIL

2 Jhid.

Page 1