‹ Godefroi de BouillonChapitre 120 sur 141 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

au plus à dissimuler la honte d'une retraite en la colorant des apparences d'un projet de retour offensif, ne produisit aucun résultat ; et Tarrière - garde vint aussi , peu de jours après , prendre ses quartiers dans la capitale.

En ce temps- là, Baudouin d'Édesse et Boémond d'Antioche, s'étant donné rendez -tous pour achever ensemble leur pèlerinage et venir célébrer en Judée les fêtes de la Nativité du Sauveur, étaient en marche le long des côtes de Syrie. Ils avaient trouvé à Laodicée un renfort considérable de croisés d'Italie, conduits par l'archevêque de Pise, Daïmbert , que le souverain pontife avait institué son légat outremer. Le prélat et les deux princes, avec toute leur suite qui s'élevait à vingt-cinq mille hommes, arrivèrent aux approches de Noël ^ Le roi alla au-devant d'eux en procession, à la tête de ses vassaux et du clergé : il les accueillit magnifiquement et accabla son frère Baudouin des marques de sa tendresse. Les nouveaux venus se rendirent à Bethléem , le 25 décembre , pour y faire leurs oraisons aux lieux c où la douce Dame qui fat vierge après son enfantement enveloppa d'un drapelet son fils et l'allaita du lait de son sein * 7> , puis ils se réunirent en conseil à Jérusalem, avec les barons de la Terre-Sainte, pour s'occuper des intérêts du royaume.

Leur premier soin fut de pourvoir à la vacance du patriarcat, administré provisoirement par le chancelier du saint sépulcre. Daïmbert^ par le titre qui l'accréditait comme représentant du souverain pontife , se trouvait tout naturellement désigné pour occuper ce poste éminent : il obtint lunanimité des suffrages. Quand il eut été intronisé, Godefroi voulut recevoir de lui la consécration religieuse qui manquait encore à son pouvoir. Il s'agenouilla devant le prélat et le requit humblement de lui donner l'investiture du royaume.

1 Guillaume de Tyr, liy. IX, ch. xiv.

2 VEstoire d'ÉracleSjMv. .IX, ch. xix.

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prêtant ainsi hommage à Jésns-Christ, comme suzerain, en la personne de son Ttcaire ^ Boémondet Bandouin accomplirent ponr lenrs tennres respeetiyes )a mdme cérémonie, qui plaçait dans la mouvance, c'est-à-dire dans la dépendance féodale du saint -siège apostolique toutes les conquêtes des croisés en Orient.

Telle avait été , dès le début , l'opinion de Godefroi sur la mission qui lui avait été confiée. II avait nettement défini la natlire et les limites du rôle qu'il entendait remplir, en s'intitulant lui-même avoué du saint sépulcre; car Vavoué^ en Europe, n'était que le défenseur séculier de la propriété ecclésiastique. Cependant le partage de l'autorité ne put se faire, paratl-il, sans quelques débats entre le patriarchelégat et le dépositaire de la puissance temporelle : tant les ambitions humaines , même dans le domaine qui semble y être le moins accessible , sont Âpres et difliciles à concilier. Les prétentions deDaïmbert, il est vrai, ne laissaient pas que d'être assez fortes. <r Après avoir réclamé la sainte cité de Jérusalem et la forteresse de la ville (tour de David), il voulut encore posséder Joppé et ses appartenances, disant que ces choses étaient droiturières de l'église du Sépulcre. Le duc, qui était humble et craignant EKeu, finit par céder à ses exigences. Le jour de la Chandeleur, en présence du clergé et du peuple, il lui abandonna à perpétuité le quart de la cité de Joppé; puis, le jour de Pâques, devant tous ceux qui étaient rassemblés pour la fête, il lui céda également Jérusalem et la tour de David, sous cette seule réserve qu'il tiendrait les cités et la terre d'alentour jusqu'à ce que, par Faide de Notre -Seigneur, il eût conquis sur les Turcs deux autres cités qni agrandissent d'hantant son royaume. Que s'il mourait auparavant, sans hoirs, toutes

1 Guillaume de Tyr, liv. IX , cb. xv.

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oes cbo0es devaient passer , sans contredit, anx mains dn patriarche'. »

Gnînaume de Tyr» à qui sont empruntés ces détails , af&rme que telle est Fexacte vérité snr cette question tant controversée de rétablissement d*nne théocratie politique à Jérusalem par Godefroi de Bouillon , et il ajoute que ces concessions furent toutes spontanées de la part du prince, c car les barons qui conquirent la cité la donnèrent au duc si franchement, qu'ils voulurent que personne n'y eût au-dessus de lui nulles droitures, mats qu'il la tint sans en faire à autrui aucune rêvé* rence '•

Cest probablement dans cette assemblée, la seule qu'il présida, de tous ses feudataires, que Godefroi promulgua son code de lois, si célèbre sous le nom à* Assises de Jérusalem. Les assises , dans la langue du temps , c'était précisément la réunion des vassaux autour du suzerain dont ils formaient la cour. Celles qui eurent lieu à Jérusalem au commencement de janvier. Fan HOO, ne durèrent qu^une huitaine de jours. Ce n'était pas assez pour composer un recueil de lois ; aussi les seigneurs ne firent que sanctionner Fœuvre préparée par le roi.

Celui-ci, dès son avènement, s^était préoccupé de donner une législation aux colonies chrétiennes dont il était le chef. C'était une entreprise aussi urgente que difficile, à cause des éléments multiples et disparates de la société qu'il avait à policer. Bn outre de son armée féodale , <r il comptait parmi ses sujets des Arméniens, des Grecs, des Juifs, des Arabes, des renégats de toutes iea religions et des aventurîera de tous les pays. L'État confié à ses soins était comme un lien de passage, et n*avait pour appui et pour défenseurs que des voyagjQiica et dfift étrangers. U était le rerkdez-vous et TasUe des grands pécheurs, qui y venaient pour fléchir la col^ de

* VSêMrtë^ÈirfitiéieB, Kr. IX, fSk. xvr.

Dieu y et des criminels qui se dérobaient à la justice des hommes * . »

Il fallait donc faire des règlements applicables à tous les peuples d'Europe représentés dans cette société flottante. A cet effet , le roi avait chargé quelques clercs instruits de recueillir auprès des pèlerins de différentes langues des renseignements sur les coutumes de leurs pays. Aucune nation n'avait alors de code écrit ; les seigneurs justiciers faisaient partout la loi à leur guise et ne rendaient compte à personne de leurs jugements arbitraires; mais l'usage avait introduit dans leurs sentences une certaine uniformité , et il en résultait des jurisprudences locales appelées Coutumes de telles ou telles régions. Ces sources du droit féodal prirent corps dans Tenquète des commissaires de Godefroi, et ce sont les cahiers oii elles étaient consignées qui furent soumis à Texamen des princes croisés. Godefroi, de l'avis de sesconseillers, choisit dans chacun des mémoires oc ce que bon sembla , et en fit assises et usages que Ton deust tenir et maintenir et user ou (au) roiaume de Jérusalem^ t>.

Ce code, fruit d'un patient travail d'analyse et de critique, offrait, sur toutes les matières civiles et criminelles dévolues à la compétence des tribunaux laïques ^ , le résumé le plus complet des idées et des lois du monde féodal ; et comme la croisade avait été une entreprise éminemment française, les Assises de Jérusalem , inspirées par les coutumes de nos pères comme elles furent rédigées dans leur langue, reproduisent

1 Michaud, Histoire des Croisades, t. II, liy. V, p. 13.

2 J. d^Ibeiin, Assises de Jérusalem, cb. i, p. 22.

S a La compétence de la haute cour et de la cour de bonrgeoisie était limitée par les réserves faites en faveur des cours ecclésiastiques établies par les croisés en Palestine, où ils avaient transporté tout le système des institutions religieuses d'Europe. Les tribunaux ecclésiastiques connaissaient, sans distinction de personnes, de l'hérésie , du p^ijure, du rapt, de l'usure, de la simonie et de l'adultère; au civil, des mariages, testaments, legs, douaires et dîmes inféodées. > (Beugnot , Assises de Jérusalem y 1. 1, p. 47.)

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