CHAPITRE II
Le vainqueur exerça dans le pays envahi d'atroces représailles. Mais il restait un refuge aux Saxons accablés. Si, au moyen âge , les divers États n'avaient point , ainsi qu'on l'a dit , de juridictions nationales pour remplacer les guerres privées par une bonne et ferme administration de la justice, en revanche il existait à cette époque une institution d'un ordreà la fois religieux et politique,que la civilisation moderne a lieu de regretter. Toute la société chrétienne relevait d'un tribunal supérieur, alors universellement accepté : le saintsiége. Le pape était l'arbitre souverain des peuples et des rois.-
Cest cet arbitre qu'invoquèrent les victimes de Henri IV, en lui rappelant que l'empire germanique était un fief du saint-siége, et que la Saxe elle-même avait été offerte à l'Église romaine par Charlemagne. Le pape à qui s'adressa cet appel était saint Grégoire YII, le grand réformateur de l'Église et de la société au moyen âge. Jamais peut-être aucun homme ne s'était montré animéd'unzèleaussi ardent et aussi inflexible pour la justice. Il prit sous sa protection la cause des opprimés.
Pendant que le roi teuton achevait la soumission de la Saxe, pillant, tuant, emprisonnant, soudain l'ordre lui vint du Vatican de s'arrêter, de rendre la liberté aux évêques qu'il avait jetés dans les cachots, et de remettre au pape, assisté d'un concile, le jugement de sa querelle avec les Saxons. Grégoire lui enjoignait en même temps d'éloigner ses conseillers schismatiques, s'il ne voulait être lui-même retranché de la communion chrétienne.
Le roi crut qu'il pourrait braver cette puissance morale. Sommé de comparaître devant ud concile convoqué à Rome, il réunit à Worms une assemblée des prélats simoniaqucs dont il avait peuplé les églises de ses États , et il fit déclarer par eux Grégoire VII indigne et déchu du trône de saint Pierre..
A ce défi, le pape répondit en fulminant l'anathème contre le coupable, dans le concile même où il l'avait cité.
« De la part de Dim tout^puisgaot, Pèra, Fils et Saiot* Es- « prit, je défends, dit-il, à Henri, fils de l'empereur Henri, de e gouverner le royaume teutonique et italien ; je délie tous les a chrétiens du serment qu'ils lui ont fait ou feront, et j'inter* ce dis à qui que ce soit de le servir comme roi. ^
La portée d'une semblable condamnation était immense : la déchéance du roi, quand même elle n*y eût point été spé* cialement prononcée, en était une conséquence fatale ; car le droit public de l'Empire réglait que celui qui demeurait pendant une année entière sous le coup d'une excommunication était, par ce seul fait, privé de ses dignités et desespouvoirs. Aussi la sentence pontificale remua profondément la Germa* nie. La Saxe et la Tburinge l'accueillirent avec des transports de reconnaissance et prirent pour cri de guerre : Saint'' Pierre!
Tout à coup cea deux provinces, naguère au ban de T Empire, devinrent le centre d'un mouvement vraiment national. La noblesse teutonique abandoona aveo terreur son chef excommunié ; et, guidée par les ducs de Souabe, de Garinthie, de Bavière, par les évèques de Wurtzbourg et de Metz, elle se rassembla à Tribur, au mois d'octobre 1076, pour délibérer sur les moyens de tirer la confédération de l'anarchie où la plaçait la dégradation canonique de Henri IV.
Dans l'Empire électif, il appartenait à la diète nationale do juger souverainement le roi et de lui donner un successeur s'il manquait aux devoirs de sa charge. Tel était le cas alors, puisque Henri ne remplissait plus la principale condition exigée pour régner au moyen âge, c'est-à-dire l'orthodoxie catholique,
Il ne contesta pas la compétence du tribunal formée Tribur par ses anciens vassaux; il se contenta d'implorer leur indulgence, en promettant de s'amender et de donner satisfaction à l'Église. A ce prix, la diète lui permit de jouir du délai de gr&ce que lui laissaient les lois eccléaiastiques.
Pour qu'il pût se relever de la sentence avant le twme d'un