CHAPITRE XIV SS
d'autre parti à prendre que de subir de bonne gr&ce la loi du vainqueur ^ Il alla en personne demander au roi de Jérusalem ses conditions. Un secret mouvement de curiosité, non moins que la nécessité de sa situation, le poussait à cette démarche, il avait entendu raconter, au sujet de Godefroi^ tant d'anecdotes merveilleuses, qu'il désirait depuis longtemps voir ce personnage , dont la renommée était presque fabuleuse. Le genre de mérite qui le touchait le plus et qu'il tenait particulièrement à constater chez le héros français, c'était la vigueur musculaire dont on le disait doué à un degré inouï. Il voulut donc le mettre à l'épreuve , et , lui présentant un chameau qu'il avait amené exprès , il le pria de le décapiter d'un coup d'épée , disant que cela lui ferait un grand honneur parmi les siens s'il pouvait se vanter d'aVoir été le témoin d'une telle action. Le roi acquiesça, sans se faire prier, à cette étrange demande, qui peignait bien son homme et justifiait le sobriquet dont les chrétiens l'avaient afifublé. Tirant son épée, il frappa le cou du chameau ras les épaules et le coupa c aussi facilement que si c'eût été une oie ' :d. Le 6rro^timatre demeura un moment tout ébahi. Puis, avec ce sourire à la fois humble et narquois, familier aux gens de cette espèce : c Voilà certes, murmura-t-il , une arme d'un bon tranchant. Reste à savoir si le roi en ferait autant avec une autre épée. i» Godefroi prit aussitôt le cimeterre de l'émir et abattit tout aussi aisément la tète d'un second chameau. Cette double expérience convainquit pleinement le lourdaud , dont l'enthousiasme ne connut plus de bornes. Il offrit au roi une riche collection de joyaux et de pierreries et se retira , rempli
1 Albert d'Aix, Ut. VII.
1 GniUaune de Tyr, Ut. IX, ch. xxn.
d'une admiratioB religmise {XMir ua foigaet si soUde« Il n'eat plasdan la suite k moindore veèlévié de révolte : la supériorité de son iKNtveaa maître s'était affimée devant lui d'«M vmk nière trop éclatante I
Cette aTentnre, soigneasMient enn^gistrée par les t^bravi*^ queurs contemporains, arinsi qae la visiledes émirs de Saisarw pendant le second siège d*Arso«f , méritaieDt«Q effet de n'étM pas laissées dans Toublt : elles iwontre&t la natare des «eiti«* nents que Godefroi de Bouillon inspirait asx musitems de la Palestine , et quel prestige il exerçait déjà sor les ima^gina*tions ardentes des Orientaux. Un prince alliant des çnalités militaires aussi remarquables à i'asomdant de la wrtu , semblait fait pour surmonter tous les obstacles qui menaçaient encore l'avenir de son empire naissant, et pour réaliser toutes les espérances de la croisade. Malheureusement un accident, ou plutôt un crime, allait Tenlewr, dans la maturité de Tâge et du génie , à son asmyre à peine ébauchée.
Au retour de cette dernière expédition sur le territoire de Damas, il passa près de Gésarée. L'émir vint au^derant de lui^ lui offirit des présents et l'invita à dtner. Le roi nefasa et geAta seulement d'un cédrat K 9f&a après, il ressentit des douleors violentes, et arriva à Joppé dans un état fort alarmant. On le porta au logis qu'il possédait dans la ville , et là quatre de ses parents lui prodiguèrent leurs soins, c Les uns , dit Albert d'Aix, lui réchafttffaimt les pieds daas leur sein, d'autres appuyaient sa tète sur leur poitrÎM , tous se bmentaieirt en le voyant souffrir. :» A ces signes, il «t permis de mipposer qu'il avait été empoisonné.
Les chrétiens accoururent de toutes parts autour de la
1 Albert d'Aix, Hv. VIL