CHAPITRE II
an qni devait la rendre irrévocable^ on Tassigna àcomparaltre^ à la fête de la Purification (2 février 1077), devant une nouvelle diète qui se réunirait à Âugsbourg sous la présidence du pape. S'il y était absous, les seigneurs jurèrent qu'ils rentre» raient sous son obéissance. Jusque-là, étant privé de l'exercice du gouvernement, il lui fut enjoint de licencier son armée et de se retirer à Spire pour y vivre en simple particulier avec sa famille.
Il se soumit à tout, du moins en apparence ; mais avant la fin de décembre il trompa la surveillance des seigneurs allemands et passa en Italie « espérant , loin de ses accusateurs , obtenir par surprise son absolution.
Le pape, à son approche, craignit quelque trahison, et^ se trouvant alors en Lombardie, accepta Tasile que lui offrait la comtesse Mathilde dans son château fort de Canossa, près de Reggiô.
Henri n'obtint qu'après bien des prières et des protesta-» tions de repentir la grâce d'ôtre admis à la pénitence. La mémorable épreuve qu'il subit en cette circonstance fut trop légère encore, si Ton réfléchit à Ténormité de ses crimes passés, et surtout aux perfides desseins qu'il couvrait de cette démarche hypocrite.
La forteresse de Canossa avait une triple ceinture de mu*railles. Henri fut introduit dans la seconde enceinte, oiï il demeura seul, )e3 pieds nus dans la neige, sans aucune marque de dignité et vêtu d'une simple tunique de laine sur la peau. Il resta dans cette posture toute la journée du 25 janvier, attendant Tordre du pape, et sans manger jusqu'au soir. Il passa de même un second jour, puis un troisième. Enfin le S8 janvier, Grégoire, touché de son abaissement et de ses larmes, lui remit les peines canoniques. Pour le reste, la décision de la diète de Tribur fut maintenue : il demeura privé de la dignité royale jusqu'à ce que le pape, dans une assemblée de sei*« gneurs allemands, eût pu décider entre lui et ses vassaux.
Huit jours après avoir juré ce pacte , Henri le violait^ et se
mettait à la tète des barons et des évoques schismatiques de Lombardie pour combattre le saint-siége.
Cependant le parti de Tindépendance en Allemagne tint le 13 mars y à Pforzheim, l'assemblée que Tabsence du pape avait fait échouer à Augsbourg. Henri , sommé d'y comparaître, ne quitta pas la Lombardie, et fit même si bien garder tous les passages, qu'il empêcha Grégoire de s'y rendre. Il n'évita pas pour cela la sentence qu'il avait si bien méritée, et la diète, assez éclairée sur sa perfidie, choisit sans plus de retard un nouveau roi.
Celui que désignèrent les suffrages unanimes des électeurs fut Rodolphe de Rhinfeld, duc de Souabe et d'Alsace. Déjà, quatre ans plus tôt, ce seigneur loyal avait refusé la couronne que lui offraient les Saxons, de peurde paraître manquer à son devoir de vassal vis-à-vis de Henri lY , tant qu'une diète générale n'aurait pas déclaré qu'il pouvait le faire sans parjure et sans perdre sa bonne renommée. A Pforzheim il repoussa encore de toutes ses forces lé périlleux honneur de régner dans des conjonctures aussi difficiles. Mais l'assemblée lui imposa sa volonté, et, ne lui laissant pas même les quelques instants qu'il demandait pour réfléchir, elle le força de recevoir immédiatement le serment de fidélité de ses électeurs. Douze jours après, le dimanche 27 mars, il était couronné solennellement à Mayence, en présence des légats du pape.
Le parti national était définitivement organisé : il semblait appelé à procurer une ère de paix et de prospérité à l'Église et à l'Empire. Mais la Providence, parde mystérieux desseins, le destinait, au contraire, à sombrer bientôt au milieu des plus déplorables désastres.
Le souverain pontife, étranger à l'élection du roi Rodolphe, trop éloigné pour en apprécier la valeur et l'opportunité, s'abstint d'abord d'y donner aucune sanction, et demeura neutre entre les deux partis. Il tenait toujours à examiner le débat sur le lieu môme, et au milieu des intéressés, avant de prononcer une sentence irrévocable.