CHAPITRE II i
canoniques. Un concile y tenu à Rome au commencement do Tannée 1078 , avait décidé qu'elles ne s'appliquaient pas aux vassaux d'un prioce excommunié , ni aux personnes trop peu élevées à sa cour pour prendre part à ses mauvais conseils. Il est permis de supposer que cette double excuse convenait encore alors au jeune margrave d'Anvers, quoiqu'il dût bientôt perdre la seconde.
La crise se précipitait vers un dénoûment funeste^ et c'était au schisme public que le Franconien conduisait tous ses partisans. Moins de deux mois après sa condamnation , il réunit à Brixen , dans le Tyrol» une vingtaine de prélats, ses créatures. Ce conciliabule répondit à Tanatbème pontifical en déposant Grégoire Yll, et en faisant un antipape. Celui qui osa accepter ce triste rôle fut Guibert, ancien archevêque de Ravenne» depuis longtemps excommunié et déposé de co siège. Misérable intrigant » sans caractère comme sans vertu * il avait passé sa vie à briguer la tiare. Tous les moyens lui étaient bons pour arriver au but, et il avait conspiré à Rome avec les agitateurs de la ruei avant de devenir l'instrument de vengeance du oésarisme teuton.
Les manœuvres de la faction franconienne étaient à la fois si bien dissimulées et si audacieuses; elle avait tant de moyens pour étouffer les témoignages de la vérité et pour répandre SOS calomnies odieuses et ridicules contre Grégoire Vil, que le schisme , provoqué par un homme aussi peu recommandable queGuibert) ne laissa pas d'abord de troubler profondément les consciences dans toute l'étendue de l'Empire. Ily régna une telle anxiété^ qu'un prélat remarquable par sa science théologique aussi bien que par rattachement qu'il montra ensuite à l'orthodoxie, Herman, évèque de Melz , interrogea à deux re« prises saint Guebhard sur ce qu'il convenait de penser des raisons alléguées par les schisma tiques , et sur les réponses qu'on pouvait y faire Ml ne fallut rien moins , pour rassurer ce prêtre
1 Rohrbacher, Histoire universelle de V Église catholique, liv. LXIV, t. XIV, p. 358.
à rame droite au milieu de ses hésitations^ que les lettres dont rhoDora Grégoire lui-même.
Par un tel exemple, on voit combien Terreur devait ôtre facile à un simple baron comme Godefroi , étranger à Texamen des questions de discipline ecclésiastique, et entouré d'un clergé pour la plupart infidèle à ses devoirs, qui s'appliquait à entretenir la confusion dans les esprits et à y semer les mauvaises doctrines.
Quoi qu'il en soit des raisons qui purent l'aveugler au point de lui faire suivre le Franconien dans sa révolte armée contre les lois de l'Église et de l'Empire, il ne négligea pas les occasions d'y signaler sa bravoure, et il y acquit un renom de prouesse et d'habileté qui le mit bientôt au premier rang parmi les seigneurs de son parti.
Au commencement de l'automne 1080, Henri avec toutes ses forces pénétra en Saxe , où les troupes de Rodolphe étaient concentrées. Avant déjouer dans une grande bataille les destinées de l'Empire, il réunit autour de lui ses fidèles et leur demanda auquel d'entre eux il devait confier sa bannière, et remettre ainsi la direction suprême de Tarmée. D'une voix unanime, les seigneurs désignèrent Godefroi. Le jeune vassal eut beau se défendre d'assumer une si lourde responsabilité, il lui fallut céder au vœu général et accepter l'étendard ^
La rencontre eut lieu à Wolksheim, sur les bords de l'Elster, le 15 octobre 1080. Godefroi chevauchait, son enseigne d(^ployée, à la tête du corps où se trouvait Henri, et qui occu* pait le centre de l'armée. Il brûlait de justifier par quelque fait d'armes éclatant la haute opinion des autres capitaines et la confiance de son suzerain. Sa fatale bravoure décida du sort de cette regrettable journée. Après un affreux carnage , la victoire était encore indécise, quand tout à coup, dans la mêlée , il aperçut Rodolphe : c'était l'adversaire qu'il cber-
1 Gmllaume de Tyr, 1. IX, ch. v.
fl^»"^»T" ' • »-"