‹ Godefroi de BouillonChapitre 17 sur 141 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

chait. Il courut à lui » et le perça de part en part avec la lance de Tétendard franconien.

Ce coup de lance sauva la fortune de Henri , qui voyait en ce moment même ses bataillons rompus et culbutés dans la rivière. Sa déroute n'en fut pas moins complète. Les Saxons^ dans l'ivresse du triomphe , apprirent soudain que leur roi était blessé à mort. Cette nouvelle jeta parmi eux la consternation , mais n'abattit point leur courage. Ils poursuivirent les fuyards pendant une journée de chemin , et vengèrent cruellement sur eux leur deuil national.

Rodolphe y transporté à grand'peine dans la ville de Mersebourg, voisine du champ de bataille, y expira le lendemain. Au moment de rendre Tâme, il souleva la tôte et demanda : « A qui est la victoire? — A vous, ]> lui répondit-on. Alors, s'étendant sur sa couche : ce Maintenant à la vie, à la mort, dit -il; je souffrirai avec joie tout ce qu'il plaira au Seigneur. ]> L'instant d'après il mourait ^ , martyr de son dévouement à l'indépendance de sa patrie et à la défense de la foi.

Le jour même où Henri triomphait , malgré sa défaite à Wolksheim, ses partisans lombards infligèrent un grave échec, près de Mantoue, aux troupes catholiques de la comtesse Mathilde. N'ayant plus de rival en Allemagne , il passa bientôt en Italie pour écraser les forces considérables dont y disposaient ses ennemis. Vers le temps de la Pentecôte ( le 23 mai 1081)» il vint, en compagnie de son antipape Guibert , mettre le siège devant Rome. Godefroi le suivait encore comme porte-étendard.

Reçu par les Romains à coups de pierres et de flèches , il se retira en Lombardie, et y demeura pendant un an à guerroyer contre les troupes de Mathilde. Au mois de février 1082, il reparut devant la Ville éternelle, où il trouva les mêmes dis-

1 Chronique de Berthold (prêtre de Constance et contemporain), ann. 1060.

positions hostiles. Le siège se prolongea sans succès durant tout le printemps et l'été , et les chaleurs excessives Tobligèrent de nouveau à quitter le camp. Toutefois , avant de se décider à partir y comme il cen^ait la cité Léonine , il fit mettre le feu à quelques maisons voisines de Saint-Pierre, espérant, au moyen de cette diversion , surprendre les portes pendant que les défenseurs de la ville seraient occupés à éteindre l'incendie. Mais il avait compté sans la prudence et l'énergie de Grégoire, qui prescrivit aux soldats de rester aux remparts, et se chargea lui-même d'arrêter les flammes. Henri, déçu dans sa dernière espérance , s'en alla donc. Il laissa néanmoins devant la place une armée d'investissement, dont Godefroi faisait partie. L'antipape, établi à Tivoli, fut chargé de commander ces troupes , et les employa à exercer des brigandages dans les campagnes voisines ; elles furent décimées par les épidémies, et le siège n'avança pas; mais la population de Rome, étroitement bloquée, commença à souffrir beaucoup de la famine.

A son retour, vers le printemps suivant, Henri, apercevant chez ses adversaires des symptômes de lassitude et de découragement, les mit adroitement à profit. On le vit soudain changer de tactique et faire montre de sentiments bienveillants et désintéressés. Il permit aux assiégés de circuler hors de leurs murs, et proclama qu'il n'avait d'autre dessein que de se faire couronner empereur par le pape Grégoire. Il promettait, dès qu'il aurait obtenu cette consécration solennelle, de retourner en Allemagoe. II congédia même son triste parasite Guibert, comme gage de sa soumission au pontife légitime.

Ces avances furent accueillies par Grégoire avec la réserve que commandait la perfidie tant de fois éprouvée du Franconien. Sans rien préjuger, il renvoya à la décision d'un concile, convoqué pour la mi-novembre , la conclusion de cette funeste querelle. Le peuple de Rome, au contraire, fut dupe de la feinte conversion et des démonstrations hypocrites de

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