‹ Godefroi de BouillonChapitre 18 sur 141 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Henri. Il ne tarda pas à accuser le pape de prolonger ses maux par un entôtement sans cause.

L'espèce d'armistice qui régnait pendant ces pourparlers mettait en rapport les soldats des deux camps , et fournit à l'assiégeant les moyens de nouer des intrigues avec les principaux bourgeois. Il les gagna à prix d'or, et leur fit jurer qu'ils obligeraient Grégoire YIl à le couronner empereur, ou qu'ils choisiraient uq autre pape.

Son unique but avait été de s'assurer des intelligences dans la place. Quand il y eut réussi , il ne prit plus la peine de dissimuler : non^seulement il s'abstint de comparaître devant le concile, qui s'ouvrit à Rome le 20 novembre, mais il arrêta en chemin les Pères qui s'y rendaient sur la foi de ses promesses de libre circulation. En même temps qu'il poussait les travaux de l'attaque, les traîtres qu'il soudoyait travaillaient pour lui à l'intérieur de la ville; et il ne leur était que trop facile de démoraliser une population accablée par trois années de privations et de misères. Enfin, le 24 mars 1084, il com« manda un assaut, et les bourgeois, vendus à l'avance; lui livrèrent la cité LécHsine ^

On raconte que Godefroi, le premier, força le rempart de cette enceinte, y planta la bannière du Franconien, et ouvrit le passage aux hordes tudesques. Une sorte de fatalité , qu'explique d'ailleurs l'ardeur de son courage, mettait toujours le jeune vassal en avant dans les circonstances déci^ves pour assumer la responsabilité des succès de son parti. En Italie c(Hnme en Allemagne, c'était encore grâce à lui que le schisme triomphait !

Henri et Guibert s'établirent à Latran^ pendant que le pape s'enfermait au château Saint-Ange avec la noblesse romaine qui lui était restée fidèle. Le samedi suivant, veille des Ra* meaux, Henri fit introniser son antipape sous le nom de Clément III; puis, le jour de Pâques, il reçut de lui à son

1 Baronius, Annales, ann. 1080-1083.

tour la couronoe impériale. Étrange spectacle que celui de ces deux intrus consacrant chacun dans son complice sa propre usurpation I

A la suite de cette comédie sacrilège y Henri fortifia le mont Âventin et y dressa de nombreuses machines pour assaillir Grégoire. Mais il apprit soudain que Robert Guiscard, le chef des Normands établis dans l'Italie méridionale, intéressé à ce titre à combattre la domination germanique dans la péninsule, accourait délivrer le souverain pontife. N'osant attendre ce redoutable ennemi , il abandonna sa conquête inachevée et se replia en Lombardie , d'où il passa bientôt en Allemagne.

Pendant que s'opérait cette retraite , Godefroi était au lit de mort. Une fièvre intense , fléau de ce climat brûlant , aggravée encore par les fatigues du siège , avait consumé ses forces ; il paraissait n'avoir plus que peu de jours à vivre. Les méditations de cette heure suprême éclairèrent sa conscience loyale, et sa conduite dans les derniers événements lui apparut sous un jour nouveau et terrible. Regardant sa maladie comme le châtiment de sa participation à une guerre impie, il fit vœu, s'il recouvrait la santé, de s'en aller en pèlerinage à Jérusalem pour le rachat de sa faute.

la dévotion des pèlerinages en Terre-Sainte , aussi vieille que la religion chrétienne, avait pris, surtout depuis un siècle , une importance extraordinaire dans la vie des peuples d'Occident. Les terreurs répandues à l'approche de Tan mil avaient déterminé plus particulièrement le courant de l'activité exubérante qui fermentait au sein des races nouvelles. D*un élan spontané, ceux qui croyaient proche le jugement dernier se précipitèrent pour implorer la miséricorde divine vers les lieux mêmes où s'était accompli le mystère de la Rédemption. <k A celte époque, dit un historien contempo- « rain% une multitude innombrable commença à se diriger «c vers le tombeau du Sauveur, à Jérusalem. Petit peuple,

1 Raoul Glaber.

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