CHAPITRE III
nople, redoublait d'instances pour provoquer Tintervention de rOccident. Il envoya dans ce but plusieurs ambassades auprès du saint-siége, et adressa même un appel direct à la chevalerie française. Ayant lié amitié avec Robert le Frison, comte de Flandre, lorsque ce seigneur revenait de son pèlerinage, en 1089 y il lui écrivit trois ans plus tard une lettre destinée à tous les princes chrétiens, et où , en traçant un tableau lamentable des atrocités commises par les Turcs , il faisait valoir toutes les considérations capables d'exciter Tenthousiasme ou l'ambition des barons européens.
<c Alexis savait bien, observe un chroniqueur contemporain, Tabbé Guibert deNogent, que Robert, malgré sa puissance et le nombre de ses vassaux , ne pouvait assurer avec ses propres ressources le succès d'une telle entreprise; mais il avait compris que» dès qu'un seigneur de ce rang se serait mis en route, le seul attrait de la curiosité ferait partir à sa suite une foule d'individus de notre nation. »
Cependant ni les prières et les promesses d'Alexis, ni ses arguments politiques et autres, ni aucun des ressorts qu'il mettait enjeu, n^auraient eu peut-être la force d'entraîner l'Europe féodale. L'étincelle qui devait produire la grande commotion nécessaire au salut du monde, ne vint (disons-le à l'honneur de notre race) ni de l'intérêt ni de la passion : elle jaillit de la charité. Ce que le baronnage latin n'aurait pas fait pour soutenir un empire schismatique, qui lui inspirait peu de sympathie, ou pour conjurer le péril de l'Europe, qu'il ne comprenait que faiblement, il l'entreprit sans hésitation afin de délivrer les fidèles de Palestine de l'oppression des Turcs.
Ces terribles conquérants avaient, en effet, peu après l'invasion de Soliman en Asie Mineure, étendu leur domination sur la basse Syrie, et achevé de ranger sous leurs lois tout l'Orient chrétien. Dès 1076, un lieutenant de Malek-Schah enleva la Judée aux fatimites d'Egypte ; puis, six ans plus tard, les Seldjoukides Tabandonnèrent à leur tour à une autre tribu de Turcs, celle des Ortokides, descendants d'Artousch
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OU Ortok^beg. Spus aes uouyeaux maîtres, noa -seulement étraDger^t v^w bQ9ti)es à toute idée de civilisation et d'humapitéiles chrétiens de Syrie et les pèlerins eurent à subir des outrages dont les récits, circulant en Europe, allumaient dans tQus les cœnrs la colère et la soif de vengeance.
Yoici , d'après les historiens contemporains , quel était le triste état de ta Terre- Sainte a sous la seigneurie des mécréants » - ^ Les pèlerins n'arrivaient à Jérusalem qu'à tra-^ vers mille périls i tous les pays par où ils passaient étant au pouvoir des ennemis de la foi, Parvenus jusqu'à la cité sainte, on lenr en refusait Ventréei à moins de payer un besant d'or par tètei à titre de tribut, aux gardiens des portes, La plupart, dépouillés en route, n'avaient plus même de quoi acquitter cet impôt : ils restaient là , attendant vainement la permission de franchir l'enceinte ; le froid et la faim les faisaient mavrir par milliers. Vivants ou morts, ils étaient un grand sujet d'embarras pour les habitants de Jérusalem, qui se multipliaient afin de procurer aux uns des secours, aux autres une sépulture chrétienne.
^ Quant à ceux qui pouvaient fournir le prix convenu, une fois entrés dans la ville, ils donnaient encore plus de soucia à leurs hôtes. Il fallait escorter ces étrangers dans toutes leurs sorties } car ils couraient à chaque pas le risque d'être insultés, poursuivis, ou même étranglés par les infidèles.
<j[ Pour comble de maux» les églises, réparées et conservées avec tant de diificultés, étaient journellement envahies par lesmécréantsi ils &'y ruaient avec des cris furieux pendant la célébration des saints mysiè;*es, & asseyaient sur les autels, brisaient les croix, foulaient aux pieds les vases sacrés, et accablaient le clergé d'injures et de mauvais traitements. Plusieurs fois il^ renversèrent le seigneur patriarche de sco» siège ej| le tratnèrei^t sur le sol par to barbe et les eheveux ; après quoi ils le jetaieut daus uu cachot cconm^e un vil osolave» sans aucun moUf , et uniquement p<Mir ciffliger le peiiple pav les sQnl^ra«i.ces de son pasteur.
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