‹ Godefroi de BouillonChapitre 28 sur 141 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

et OÙ la loDgue influence des césars teutons avait discrédité l'autorité morale du saint-siége^ n'était pas capable de déterminer par son exemple le soulèvement général de l'Europe pour une cause religieuse et toute désintéressée. Ce rôle ne convenait qu'à la France , la terre des inspirations héroïques et des généreux élans.

Pierre l'Ermite avait déjà porté au delà des monts sa prédication ardente et enthousiaste. Il visita d'abord l'un après l'autre tous les seigneurs les plus puissants , et leur représenta la nécessité de mettre un terme aux crimes et aux profanations des mécréants. Puis, sans vouloir borner sa mission aux palais et aux châteaux y il entreprit de remuer les masses populaires. Son succès fut immense.

L'aspect non moins que la parole de Termite frappait les imaginations. Il s'en allait prêchant à travers les villes et les bourgs y vêtu d'une robe de laine sombre , enveloppé d'un manteau de bure, les bras et les pieds nus. Son visage amaigri portait la trace de ses fatigues et de l'exaltation de son âme. La foule croyait voir quelque chose de divin dans toutes ses paroles et ses actions. On l'accablait de présents, qu'il 8*empressait de distribuer en aumônes. Ses exemples et ses discours lui donnaient une autorité inouïe. Partout où il passait, il se faisait une révolution soudaine dans les mœurs. Il réconciliait les ennemis , ramenait la concorde et la vertu dans les familles troublées ; enfin il élevait tous ses auditeurs audessus des intérêts mondains dans une même pensée et un même désir : la délivrance des saints lieux ^

C'est au milieu des populations ainsi préparées et mises en effervescence que le pape vint ouvrir, à l'octave de la Saint- Martin d'hiver, le 18 novembre, le concile de Clermonten Auvergne.

Treize archevêques et plus de deux cent vingt prélats portant la crosse, évêques ou abbés, y assistèrent. L'afiluence

1 Guibert de Nogent, liy. U.

des ambassadeurs, des princes et des chevaliers y fat encore bien plus considérable qu'à Plaisance. La ville de Clermont était trop petite pour contenir uoe telle multitude; les villages des environs regorgèrent d'étrangers. Beaucoup môme, n'ayant point trouvé d'asile, furent forcés, malgré la riguear de la saison , de camper dans les plaines et sur les collines du voisinage, attendant ainsi sous la tente, pendant plus d'une semaine, que le concile eût terminé ses délibérations préalables sur diverses questions de discipline ecclésiastique et d'ordre social.

Enfin la proclamation de la guerre sainte, principal objet de cet immense concours de laïques, se fit au milieu d'un appareil solennel. Du haut d'un échafaud dressé sur ht grande place de la ville, le pape et Pierre l'Ermite haranguèrent tour à tour l'auditoire, déjà enflammé d'un zèle ardent, et dont il était moins nécessaire d'exciter le courage que de modérer et régler l'impatience. Pierre, avec son éloquence sombre et entraînante, traça d'abord le tableau des misères et des ignominies dont il avait été le témoin à Jérusalem. Après lui Urbain prit la parole. Il était Français, et, s'exprimant dans l'idiome maternel, il fit, comme compatriote et comme pontife, un chaleureux appel à la vaillante chevalerie de France. Ses exhortations retentirent comme la voix même de Dieu aux oreilles de la foule attendrie, et provoquèrent un cri unanime : Dieu le veut I Dieu le veut I

Alors un des cardinaux, nommé Grégoire, prononça à haute voix le ConfitéoTy et tous les assistants , prosternés à genoux et se frappant la poitrine, obtinrent la rémission de leurs péchés * .

Avant de se séparer, ceux qui avaient fait vœu d'entreprendre le pèlerinage fixèrent à leurs habits ou à leurs chapeaux une croix d'étofie rouge, comme signe de leur

1 Baronius, Annales ecclésiastiques, ann. 4 095.

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