CHAPITRE III
engagement. De là lenr vient le nom de croisés, et celni de croisade h l'expédition dont ils devaient faire partie.
Le premier qui reçut la croix des mains d'Urbain fut Aymer ou Adhémar^ de Monteil, évèque du Pny-en-Velay, que le pape institua, en qualité de légat, chef spirituel de l'expédition.
Après le condle, la prédication de la guerre sainte, commencée par Pierre l'Ermite, fut continuée par les évèques dans toutes les provinces de la France royale et impériale. Le souverain pontife lui-même demeura huit mois en deçà des A)pes pour diriger cette vaste propagande. Durant tout l'hiver, le mouvement d'enthousiasme provoqué par les harangues de Clermont alla se communiquant depuis le Rhin jusqu'aux Pyrénées, et depuis les Alpes jusqu'à l'Océan. Au passage des missionnaires r]e la croisade, les barons qui n'avaient pu se rendre à la grande assemblée s'empressaient en foule <E d'entrer dans la voie du Seigneur j>.
Tout prenait une voix pour publier les ordres que Dieu venait de donner au monde par la bouche de son vicaire. Les chants des trouvères s'unissaient aux ardents sermons des prêtres ; il n'y avait pas jusqu'aux phénomènes de la nature où l'imagination des hommes ne crût voir l'annonce des grands événements qui se préparaient. Des aurores boréales embrasant l'horizon, des étoiles iBlantes qui semblaient pleuvoir du ciel, des nuées couleur de sang se heurtant dans leur course, une comète en forme d'épée flamboyante, apparues en ce temps-là aux regards d'un peuple exalté, étaient pour lui autant de présages de combats, de carnage et de victoires. Il éprouvait le besoin d'associer non-seulement les éléments, mais même les morts à sa préoccupation dominante ; et le bruit se répandit , accueilli partout avee une religieuse
1 Ce personnage n'est désigné qne sous le nom d*Aymer (fonne firançaise du type latin Adhemarus) dans les textes français du moyen âge , et en partieulier dane la Choftêùn d'Antio^^.
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émotion , que l'ombre de Gharlemagne était sortie dn caveau sépulcral d'Aix-la-Gbapelle, réveillée par les cris de la guerre sainte ^
Dans cet élan général et irrésistible du baronnage chrétien^ nul ne dut se distinguer par un zèle plus ardent et plus spontané que Godefroi de Bouillon. Il ne paraît pas qu'il ait assisté au concile de Clermont ; mais il avait depuis longtemps fait et mûri le vœu que la chevalerie de France y prononça d'enthousiasme. Dès qu'il connut la décision de cette assemblée , il prit la croix et fit publier dans tous ses domaines son ban de guerre.
Le départ des croisés était fixé à l'été 1096. Il employa les quelques mois qui le séparaient de cette date aux préparatifs de toute sorte que nécessitait une expédition aussi lointaine et d'un genre tout nouveau. Le service militaire, obligation universelle et fondamentale du vasselage, était, dans les conditions ordinaires, limité à quarante jours. Au delà de ce temps, un suzerain ne pouvait retenir sa gent qu'en lui fournissant une solde. Tel allait être le cas dans la guerre orientale, et le duc se voyait forcé de pourvoir, pendant une longue route, à l'entretien des troupes d'hommes d'armes et des sergents appelés à marcher sous sa bannière.
Pour faire face à ces charges énormes, Godefroi n'hésita pas à se dépouiller de ses biens patrimoniaux. D'abord il céda son comté de Verdun à l'évéque Richer , successeur de Thierri. Il abandonna en même temps, en perpétuelle aumône, à l'église Notre-Dame de Verdun les châteaux de Mouzon et de Stenai, dont il avait fait des places très-fortes et redoutables à la domination épiscopale. Il démolit même, c par amour pour l'évéque }i>, le burg bâti par lui à Fauquemont% pendant la terrible lutte qu'Henri de Liège avait
1 Michaud, Histoire des croisades, liv. I, d'après Thistorien allemand Ekkeard.
2 Le burg de Fauquemont (castrum Falconis montis), en flamand Val-