LA FAMILLE ET L'ENFANGE DE OODEFROI DE BOUILLON
Le domaine qui donna son nom au héros de la première croisade avait pour chef- lieu la petite ville de Bouillon, située aujourd'hui dans le Luxembourg belge, sur la rivière de Semoye, entre Mouzon et Sedan. C*était, au onzième siècle, une possession de Téglise métropolitaine de Reims , inféodée à la puissante maison des comtes d'Ardennes ^ Cette famille, d*où sortit Godefroi de Bouillon, tenait alors comme son principal fief le duché de Lorraine, dans la mouvance * de TEmpire.
Un malheureux enchaînement d'agitations politiques, de guerres , de traités , également funestes à la France , Ta* vait privée de ses provinces de l'Est, devenues ainsi une simple division territoriale du royaume de Germanie.
1 Art de vérifier le$ datée. — Évôtiaes-princes de Liège, art. consacré à l'éTdque Otbert.
> On appelait ainsi la dépendance Jéodale.
8 GODEFROI DE BOtlILLON
La Lorraine avait commencé par être un royaume indépendant, détaché œ St(K de l'héritage de Charlemagne au profit de son arrière- petit-fils Lother. C'est à cause de cette origine qu'on l'appela Lorraine, c'est-à-dire la part de Lother, en latin Lothartngia, On lui avait alori assigné pour limites le Rhin, la Meuse, et l'Escaut. Cette création factice y qui ne répondait à a^cufle loi d'autonomie nationale , n'eut qu'une durée éphémère. Le royaume de Lorraine était trop faible pour suffire à sa propre défense , et par conséquent ne pouvait subsister isolément entre les deux puissantes nationalités française et allemande qui l'étreignaient. Il flotta quelque temps de Tune à l'autre après la mort de Lother, et n'eut plus dès lors de souverain particulier. Les habitants étaient Français par leurs affinités de race aatant que par leur position géographique ; ils tendirent à rentrer dans le sein de la patrie commune. Mais les rivalités de famille, qui avaient seules déterminé les princes carolingiens à faire de cette contrée un État à part, lui préparaient eocore un triste avenir de tiraillements et d'oppressioni
C'était la branche germanique des descendants de Char^ lemagne qui était héritière légitime des domaines de la couronne de Lother : la possession lui en fut toutefois dis«putée, d'abord avec avantage, par la branche française. Mais la déposition de Charles le Gros (887), en transportant définitivement au roi d'outre** Rhin le titre impérial, fit également passer la Lorraine sous leur domination. De ce moment, dans la vieille Gaule, où la race carolingienne n'avait d'autres représentants que la postérité illégitime et incapable de Louis le Bègue, les assemblées de grands feudataires, qui formaient alors le collège électoral de la royauté, commencent à lui opposer la famille de Robert le Fort, illustrée par ses exploits contre les Normands, et qui, en l'espaoe de quarante ans, de 887 à 923, mit trois de ses membres sur le trône, C'était
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rinauguratioQ d'une politique nouvelle » féconde en grands résultats pour Taytonomie et la prospérité nationale, mais dont le bienfait ne devait pas s'étendre à la Lorraine. Les rois de la maison ducale n'eurent garde, en la revendi* quant, d'armer contre eux les empereurs. Durant toute cette période de transition , où s'organisent des grands États de la chrétienté, cette province sans tradition eat comme liée à la destinée personnelle des descendants de Charlemagne, dont elle suit les vicissitudes alternativement de Tun et de l'autre côté du Rhin. Quand cette race s'éteint sur le trône de Germanie avec Louis l'Enfant, en 912, les Lorrains se jettent de nouveau dans les bras des carolingiens, qui s'étaient refait un parti en Franoe. Charles le Simple et Louis d^Outremer n'eurent pas de meilleur appui que les populations des bords de la Meuse. Aussi Hugues le Grand , vainqueur avec l'aide de l'empereur Otton , n'bésita pas à laisser au pouvoir du césar germanique les Lorraius, leurs ennemis communs.
Le conquérant, pour façonner cette province au joug allemand, la donna à son frère Brunon, archevêque de Cologne, administrateur habile «t sage. Mais l'énergie et l'adresse d'un homme n'auraient pu accomplir celte œuvre difEleile : Brunon fut obligé de psirtager son gouvernement en deux duchés, la Haute et la Ba^se^Lorraine, qu'il fit administrer séparément sous sa suprématie* Cette division paralysait pour jamais tout essai de soulèvement général. Néanmoins l'incorporation de la Lorraine à TEmpire ne se fit pas sans de longues résistances et de fréquentes commotions.
A la mort d'Otton V, un dernier effort fut tenté par la France pour la recouvrer. Ce fut le roi Lolher qui en forma l'entreprise, de concert avec son frère Charles. Le nouvel empereur, Otton II, n'empôcha le triomphe de ses rivaux qu'en les divisant, et en donnant lui^môme satisfaction aux sympathies des Lorrains pour le sang de leurs anciens chefs : il accorda au carolingien Charles l'investiture du duché clo Basse-Lorraine, à condition qu'il le tiendrait comme fief de
la couronne germanique (975). Lother, appuyé seulement par la partie de la province qui n'était pas soumise à son frère S ne tarda pas à en être chassé par les troupes allemandes.
Douze ans plus tard, l'avènement de la dynastie capétienne, proclamé dans rassemblée électorale de Noyon, acheva d'isoler la Lorraine de la France. Le candidat carolingien , Charles de Basse-Lorraine , repoussé par les grands, fut dès lors rivé au vasselage de l'empire, et son duché eut le même sort. Quant à la Haute-Lorraine , Hagues Capet , proclamé roi, afin d'écarter les chances d'une lutte inégale avec l'empereur Otton, ne fit valoir sur elle aucune prétention.
Ce fatal désistement, commandé, il faut le reconnaître, à Hugues Capet par les circonstances, fut encore poussé plus loin par son successeur. En 1024, à la faveur des troubles qui marquèrent, en Allemagne, l'avènement de la maison impériale de Franconie, les Lorrains secouèrent le joug et offrirent leur serment de féauté au roi Robert. Mais la perspective d'une guerre où il eût risqué de perdre même ses États paternels, effaroucha le faible prince, et il refusa leur hommage.
En présence de cette attitude, les Français orientaux prirent leur parti de demeurer sinon paisiblement soumis, au moins incorporés à l'Empire.
Leur territoire formait, comme on l'a dit, deux grands fiefs: le duché de la Haute-Lorraine, appelée plus communément alors Mosellane, à cause de la rivière de Moselle qui la traversait; et celui de Basse-Lorraine, qui était compris à l'ouest entre la Meuse, l'Escaut et le Rhin, à partir de l'embouchure de la Moselle. C'est à ce dernier que s'appliquait spécialement, au onzième siècle, la désignation de duché de Lorraine, qu'on lui donnera toujours dans cette histoire. Mais, par la suite, l'usage s'établit de l'appeler
1 C'est la seule qui manifesta depuis lors des instincts français.