‹ Godefroi de BouillonChapitre 4 sur 141 · CHAPITRE 1 il · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1 il

plutôt duché de Brabant, tandis que le nom primitif de toute la province passa à la Mosellane, qui le conserve encore*.

Le fils et successeur de Charles de Lorraine , Otton , dernier représentant mâle de la race carolingienne, étant mort en 1005, l'empereur Henri II avait investi de son duché Godefroiy comte en Ardennes, Contrairement à l'usage, alors consacré en France, de T hérédité de tous les fiefs, la concession des grands duchés de Tempire était bénéficiaire , c'est-à-dire que les titulaires en étaient choisis par le suzerain et révocables à sa volonté. Malgré cette condition précaire, le lignage de Godefroi d'Ardennes se transmit sa tenure* à peu près sans interruption pendant soixante- dix ans, jusqu'à l'extinction de la descendance mâle, obtenant à chaque vacance, de gré ou de force, l'investiture impériale.

Godefroi lY, le Barbu, neveu et second successeur du premier Godefroi, fut le plus célèbre de sa race et le plus redoutable, en son temps, des vassaux de l'empire. Outre son duché, où il sut se maintenir en dépit des revendications de l'empereur Henri IH, il possédait, comme biens patrimoniaux, le pays de Bouillon et la marche d'Anvers. Par son mariage avec Béatrice, comtesse de Toscane, il devint encore seigneur de la plus riche partie de l'Italie. Une telle réunion de fiefs porta ombrage à son royal suzerain, qui assaya d'y mettre obstacle ; mais son autorité ne prévalut pas contre la force du fier vassal : Godefroi leva des armées, gagna des alliances, et fit avec succès la guerre au maître de la Germanie. Il ne fallut rien moins que Tintervention du pape Victor II pour l'amener à faire la paix, en conservant toutes ses possessions. Non-seulement il était en état de traiter d'égal à égal avec la maison de

1 Art de vérifier les dates. — Ducs de Lorraine; ducs de Brabant ou de Lothier.

2 La ienure, c'est la possession de la terre noble aux conditions ordinaires du vasselage féodal.

Franconie; il fat même 0ur le point de la dépasser en prestige et en puissance. Le pape Etienne IX, élu à la mort de Victor II, an mois de juillet 1057, était frère de Godefrpi : il eut la pensée de donner au duc de Lorraine la dignité impériale, qui dépendait du saint -siège, et que la mort de Henri III Tenait de laisser yacante, Les immenses possessions du duc en Allemagne et en Italie le rendaient propre à exercer la suprématie sur ces deu^i^ parties de l'Empire. Mais la mort prématurée d'Etienne, après huit mois seulement de pontificat, empocha la réalisation d'un dessein qui eût sans doute épargné à la chrétienté les longs troubles civils et religieux où devaient la plonger les derniers césars franconiens.

Dans le temps que s'ouvrait devant lui la perspective de cette haute fortune, le duc Godefroi reçut à Bouillon» où il résidait^ la visite de son parent Eustache II, comte de Boulogne et de Lens. C'était un baron riche et entreprenant % célèbre des deux c6tés du détroit par sa vaillance, et plus encore peutrâtre par l'esprit d'ostentation quUl môlait à ses faits d'armes. Comme marque de sa domination sur un territoire maritime, il portait à son heaume de guerre devo^ aigrettes en fanon de baleine ; et le fier aspect qu'il savait donner à ses moustaches l'avait fait surnommer Eustache ou Huistace aux

1 Dès 1048, Godefroi 1« Barbu, à la suite de graves démêlés avec son suzerain Henri III, avait été dépouillé de son duché de Lorraine et réduit à ses ssuls domainei patrimoniaux, au nombrs desquels sç trouvait Boyillon. Il ne rentra en grâce qu'en 1056, avec le nouvel empereur Henri IV, à la diète de Cologne. Mais Ferri de Luxembourg, qui avait été investi en 4048 du flef de Lorraine, continua d'en jouir jusqu'à sa mort en 1065, et c'est à cette époque seulefnent que GodéTroi y fut réintégré. Dans l'intervalle, il avait habituellement séjourné en Italie, dans les États de sa seconde femme, la comtesse de Toscane. En 1C57 cependant, après sa réconciliation avec l'Empereur, il paraît qu'il demeura quelque temps au château de Bouillon , où il reçut la visite d'Eustache ; mais , le mariage de sa fille accompli , il ne tarda guère à regagner la Toscane.

3 YoÎF l'artide qui lui est consacré dans VAri de vérifier Us date$f dans la chronologie des comtes de Boulogne.

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