CHAPITRE III
ûïBme, introduit depuis peu de temps , n'exerçait pas la môme influence souveraine que parmi les nations latines et germaniques. En Hongrie, en Bulgarie surtout, les Francs se virent considérés avec une sorte de défiance malveillante. Du reste , leur indiscipline, chaque jour croissante, n'était pas faite pour leur concilier les sympathies des populations. Manquant des secours de la charité et poussés par le besoin, ils se livrèrent au pillage et se conduibinut tomme en pays conquis. Un grand nombre de traînards furent alors massacrés par représailles, et les habitants de Semlin suspendirent, en guise de trophées, aux murailles de leur ville les dépouilles de ces malheureux.
Cette vue inspira une terrible ardeur de vengeance à Tarniée de Pierre TËrmite, lorsqu'elle arriva peu après sur le théâtre de la destroction de ses frères. Ce corps principal de la croisade roturière ne renfermait pas moins de quarante mille hommes de races et de langues diverses. Ils se ruèrent tous à l'assaut de Semlin, s'en emparèrent et passèrent les habitants au fil de Tépée. Avant que le roi de Hongrie eût eu te temps de lever une cirmée pour leur faire expier ce carnage, ils avaient franchi la Save et pénétré en Bulgarie. Ils trouvèrent Belgrade, la capitale du pays, absolument déserte. Toute la population avait fui , craignant le sort de Semlin. Le sentiment de leur force et do la terreur qu'ils inspiraient porta les pèlerins à de nouveaux excès. A Nissa, place importante dont ils n'auraient pu se rendre maîtres , mais où le gouverneur leur fit bon accueil et traita avec eux pour les ravitailler, les Teutons de r arrière-garde pay èreu t cette hospitalité en incendiant une partie des faubourgs. Malgré Tintervention de Pierre et des sages hommes de son entourage, des rixes violentes s'élevèrent , et ce fut le signal d'une affreuse boucherie , où périrent plus de dix mille pèlerins. Les bagages tombèrent aux mains du vainqueur ainsi que le trésor de l'armée, contenant toutes les aumànes faites à Pierre l'Ermite par les princes chrétiens pour entretenir les pauvres gens de sa suite. C'est donc
à la tôte de trente mille misérables en haillons , manquant d'armes et mourant de faim , qu'il arriva sur le territoire de l'empire d'Orient, et vint se réanir à Gautier sans Avoir, sou les murs de Constantinople.
La nouvelle des désastres de cette bande et la vue des tristes débris qui y avaient échappé ne laissaient à Alexis Gomnène que du dédain pour les soldats d'Occident qu'il avait attendus comme des libérateurs. Bientôt il eut lieu de redouter ces étranges alliés presque à l'égal d'une invasion de Turcs : ils renouvelèrent autour de sa capitale les déprédations qui avaient été la cause de tous leurs malheurs pendant le voyage.
La ferveur qui les avait animés en quittant leurs foyers était alors bien oubliée. Quelques mois d'une existence vagabonde avaient semé dans cette agglomération de gens grossiers une corruption effroyable. Les calamités , fruit de leur indiscipline et de leurs dérèglements , loin de les ramener au vrai sentiment de leurs devoirs, n'avaient fait que les exciter au blasphème et les aigrir contre Dieu.
Cependant Pierre l'Ermite dominait encore cette cohue, moins, il est vrai, par l'autorité effective du commandement que par le vague ascendant que lui avait d'abord conquis sa merveilleuse éloquence. L'empereur voulut le voir. Pierre lui raconta sa mission et le vaste ébranlement que sa prédication avait causé dans toute l'Église latine. A ce tableau présenté d'une façon dramatique et saisissante , Alexis trembla de voir se rassembler devant sa capitale les armées énormes et exaltées dont la foule vagabonde qui l'effrayait déjà n'était que l'avant-garde.
Il se hâta de faire passer ce premier corps au delà du détroit, dans les campagnes fertiles qui bordent le golfe de Nicomédie, et qui formaient la dernière bande de terrain conservée par l'empire grec sur la rive asiatique de l'Hellespont.
Ces ramassis de Teutons, d'Italiens et de Français ne profita pas de son séjour dans un pays riche et ami , pour remédier