CHAPITRE III Si
aux vices que Texpérience avait signalés dans son organisation. La division se mit parmi les corps de nationalités diverses , qui n'avaient plus de commun que l'indiscipline et Tamour du pillage. Ils ne surent ni attendre en bon ordre les années féodales , ni concerter une attaque d'ensemble contre les Turcs, établis dans le voisinage. Leurs expéditions de maraudeurs jusqu'aux portes de Nicée amenèrent le mas* sacre d'un parti considérable d'Italo-Teutons, imprudemment avancés pour enlever des troupeaux à l'ennemi , puis enveloppés et accablés par lui.
Les Français demeurés au camp, et qui, par rivalité, n'a* vaient pas voulu soutenir le mouvement de leurs alliés , ne regrettèrent leurs discordes que pour imiter la fougue désordonnée des vaincus, en essayant de les venger. Le sultan Kilidj-Ârslan laissa ces furieux approcher, et se jeter d'euxmêmes dans an piège qu*il avait tendu à leur témérité; puis il les cerna à l'improviste, et en fit un afifreux carnage ^
Trois mille hommes à peine échappèrent à cette boucherie, grâce à la protection des troupes grecques. Celles-ci, soit par hasard, soit par l'inspiration d'une politique ambiguë trop familière au chef de l'empire, arrivèrent juste à temps pour empêcher les Turcs de pousser trop loin leur avantage , mais seulement après que le désastre des chrétiens fut consommé.
Pierre l'Ermite était à Gonstantinople pendant que s'ac-* complissait cette sanglante aventure. 11 en rejeta la faute sur l'esprit d'orgueil et d'indocilité qui avait aveuglé ses infortunés compagnons. Dans l'excès de sa colère, qu'aiguillonnait peut-être une pointe de remords, il les traita de brigands, de voleurs, que Dieu avait jugés indignes de contempler le tombeau de sou Fils.
Inutiles et trop légères récriminations ! Dans les folies et les
1 La croisade de Pierre l'Ermite est racontée en détail dans Guillaume de Tyr, liy. I , ch. xix-xxvi.
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crimes de l'armée détruite, uDe large part de responsabilité rejaillissait sur le moine qui avait eu la présomption de s'en constituer le guide, sans posséder aucune des qualités de prévoyance et d'énergie nécessaires pour cette œuvre.
L'exemple de la croisade populaire , aboutissant à cette épouvantable hécatombe, venait de prouver que l'autorité qui s'attache à des convictions ardentes, et même à une grande abnégation dans la poursuite d'une idée, ne suffit pas pour assurer l'ascendant d'un homme sur la foule qu'il a une fois animée de son esprit. Il arrive rarement que le génie qui a reçu le don d'éclairer les masses et de les enthousiasmer soit propre à les diriger dans l'accomplissement de Toeuvre dont il a été l'apôtre. Pierre l'Ermite n'avait ni la prudence ni la fermeté d'un général : sa troupe de pèlerins ignorants, adonnés à la superstition et à la licence, ne renfermait aucun des éléments d'une armée.
La vraie force militaire de la chrétienté , c'était le baronnage féodal, qui s'avançait alors vers l'Orient, sous la conduite de Godefroi de Bouillon et de quelques autres chefs de la noblesse française.