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CHAPITRE IV

DÉPART POUR LA GROISABE. — MARCHE A TRAVERS l'BUROPB

Aotlt* décambre 1096

Pendant que des banded indisciplinées^ sans chefs, sans armes et sans vertu, avaient couru à une perte inévitable, Tarmée féodale s'était lentement et sérieusement organisée en Europe.

On vit à sa tète les plus grands feudataires de la France royale et impériale, à qui devaient se joindre, chemin faisant, les princes normands du sud de Tltalie. Mais aucun des rois de ia chrétienté ne songea à prendre une part active , ni même à exercer une influence quelconque, dans ce grand mouvement qui dépeuplait leurs États.

Il n'y en avait aucun d*ailleurs qui fût digne d'inspirer ou de gouverner la sainte expédition. L'empereur Henri IV, loin qu'il fût disposé à combattre pour l'Église, n'avait pas cessiS depuis son avènement, de soutenir contre le saint-siége une lutte sacrilège, dont nous avons exposé précédemment une des phases. Philippe de France, excommunié pour crime de simonie, comme le César teuton, n'avait été détourné do l'imiter dans sa révolte armée que par rinsuffisance de ses

forces, ou par son indolence naturelle. Quant à la monarchie anglaise» elle ne fut représentée à la croisade ni par son chef ni par ses barons insulaires. Guillaume le Roux, fils du Conquérant, comme lui plus calculateur qu'enthousiaste, inaugurait dès lors cette politique expectante et ambiguë qui semble s'accorder non moins au tempérament de la nation anglo-normande qu'à sa position géographique. Il observa Tagilation du continent sans s'y mêler, attentif seulement à profiter des chances qu'elle pourrait lui offrir d'accroître sa puissance. Et de fait, il devait y trouver l'occasion de rattacher pour de longs siècles à sa couronne le duché français de Normandie.

Mais Tabstention des princes, à peine aperçue, ne fut pas un obstacle à l'action commune des guerriers d'Occident ; la différence des nationalités se perdait alors dans la grande unité de la famille chrétienne, dont le chef avait été le promoteur delà croisade. A l'appel du pontife, et par suite de la prédication de ses missionnaires, il s'était formé, à peu près simultanément, au nord, au centre et au midi de la France, trois grandes armées territoriales, répondant à des affinités de langue et de race entre leurs membres ainsi qu'aux relations féodales des seigneurs qui y présidaient. Car c lorsqu'un des grands barons s'était croisé, tous ceux du pays qui s'étaient aussi croisés venaient à lui et l'élisaient à chevetaine (capitaine), et lui faisaient féauté pour avoir son aide et protection en route ^ ^o

Godefroi de Bouillon fut élu à l'unanimité chef de la première de ces armées, recrutée dans les deux Lorraines. Plusieurs nobles hommes, dont les noms devinrent illustres dans la guerre , et qui lui étaient attachés par les liens du vasselage , de la famille ou de lamitié, conduisirent sous sa bannière ducale les hommes d'armes et les pèlerins roturiers de leurs domaines. On remarquait parmi eux son frère Baudouin; un

1 VEêioire d'Erades, L I, ch. xvu

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