CHAPITRE IV
répandit pas moins d'horreur que celui de leurs terribles devanciers.
Mais y à la fin du dixième siècle, Géisa, leur waïvod ou duc, embrassa le christianisme. La majorité de la nation suivit son exemple, et la civilisation, fruit naturel de TËvangile, commença d'adoucir ses mœurs : elle renonça au brigandage et à la vie errante, cultiva la terre et bâtit des villes. Celte heureuse transformation fut surtout Tceuvre d'Etienne P% fils et successeur de Géisa , qui avait été baptisé en même temps que son père. L'an 1000, il échangea son titre de waïvod contre celui de roi , qu'il se fit confirmer par le pape Sylvestre IL La Hongrie salue en lui son apôtre et son premier législateur; rÉglise le révère sous le nom de saint Etienne.
Malheureusement les traditions de ce grand homme furent trop oubliées après lui; des discordes intérieures paralysèrent le développement de son œuvre, et la Hongrie, bien que traversée fréquemment par les troupes de pèlerins qui se rendaient en Terre-Sainte, n'entra pas dans le grand concert d'intérêts et d'idées qui donnait à l'agglomération des États chrétiens au moyen âge, sous les auspices du saint- siège, une sorte d'unité fédérative.
Kalman , nommé par nos historiens latins Goloman , neuvième successeur de saint Etienne, monta sur le trône dans Tannée même de la prédication de la croisade. Il n'en partagea pas l'enthousiasme. D'ailleurs il n'était guère propre à faire un chef de guerre , si nous en croyons le portrait qu'a tracé de lui un chroniqueur national, ce Esprit rusé et souple, il était au physique tout à fait disgracié: borgne, boiteux, bossu et bègue , avec les cheveux hérissés , les membres velus , etc. ^ i
Néanmoins il avait fort bien accueilli les bandes de Gautier sans Avoir et de Pierre l'Ermite, et leur avait procuré des vivres pendant tout leur séjour dans son royaume ; mais les excès de cette avant -garde indisciplinée, les représailles
1 Th.wi\)cz, Chroniqut de Hongrie, ch. ix.
qu'ils provoquèrent de la part des habilauts de Semliu , et la vengeance atroce qui en fut tirée , malgré Pierre l'Ermite, par les misérables qui le suivaient sanâ lui obéir , indignèrent la population hongroise , et forcèrent Kalman à lever des troupes pour protéger la vie et la propriété de ses sujets contre ces invasions de plus en plus menaçantes des pèlerins occidentaux.
La précaution ne fut que trop justifiée. Vers la fin de Tété , 15,000 Teutons arrivèrent encore, sous la conduite d'un certain Gottschalk , prêtre du Palatinat. Cette horde d^aventuriers , indignes du nom de chrétiens ; dépassa tous les crimes des francs qui l'avaient précédée. Bile dévasta à plaisir lc3 moissons mûres, et marqua ses traces par le pillage, le viol et le meurtre. Les Hongrois profitèrent du désordre où les mit leur intempérance pour les égorger jusqu'au dernier, à la suite d'une orgie ^
Dès lors le roi résolut de ne plus accorder le passage^ cl cantonna des forces considérables sur les bords de la Leythn. Une nouvelle bande germanique approchait. Elle ne contenait pas moins, dit-on, de 200,000 individus, qui, en Allemagne même, s'étaient déjà souillés de toutes sortes de scélératesses et d'infamies .La croisade n'avait été pour ces fanatiques grossiers et sanguinaires que l'occasion d'une expédition de brigandage. C'est ainsi que la chrétienté en fermentation rejetait d'abord sa hideuse écume.
Cette bande furieuse tenta de forcer la frontière malgré les troupes de Kalman : elle paraissait près d'enlever d'assaut, grâce au nombre, la citadelle de MersebourgS quand une panique soudaine la dispersa. Poursuivie alors sans merci par de rapides escadrons de cavalerie, elle joncha tes routes d'innombrables cadavres \
Tels étaient les événements qui, peu avant l'arrivée de
1 Guillaume de Tyr, liv. I, ch. xxvii et xxviii.
2 Aujourd'hui Âltenbourg.
8 Guillaume de Tyr, liv. I, ch. xxix ôl îxx.