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CHAPITRE IV

Godefroi de Bouillon , avaient modifié l'attitude jusque-là bienveillante de la Hongrie.

Les tristes débris du dernier désastre, que le comte Emicon, un de leurs chefs , ramenait dans la Germanie , ayant rencontré en chemin Tarrnée franco-teutonique, avaient excité sa terreur et sa colère en racontant que quarante mille pèlerins venaient de trouver la mort sous le sabre des Hongrois.

Il fallait cependant y de gré ou de force, obtenir le passage par les États de Kalman. La plupart des barons du conseil inclinaient aux mesures violentes et aux représailles immédiates. Le duc y plus sage, leur persuada, non sans peine, d'envoyer d'abord courtoisement des députés au roi étranger, pour lai demander compte des malheurs de leurs devanciers. Il s'efforça d'enlever à cette démarche tout caractère provocateur. Il convenait, disait -il, avant d'arrêter un plan, de bien connaître la cause des anciennes querelles, pour en effacer autant que possible le souvenir, et ménager à l'armée un accueil loyal et hospitalier.

Ces considérations prévalurent ; mais ce n'était pas chose aisée de trouver parmi des féodaux, généralement arrogants et peu diserts, un négociateur capable de remplir une mission aussi délicate. Le duc en chargea son cousin Godefroi de Hache, homme de sens et de réflexion, qui de pins avait eu déjà, paratt-il, des relations avec Kalman, sans doute en accomplissant un pèlerinage. Il lui adjoignit douze ce prudhommes :» choisis dans sa maison , entre autres Stabulon , son chambellan, et son sénéchal Baudri.

Les parlementaires se rendirent aux avant-postes hongrois et se firent conduire vers le roi, qui les reçut en son palais, au milieu d'un cortège imposant de magnats et d'ofiiciers. Godefroi lui parla à peu près en ces termes. <c Notre sire noble et oc magnifique, Godefroi, duc de Lorraine, ainsi que les autres a chefs qui le suivent, nous envoient savoir pourquoi le <( peuple de Dieu, dont nous avons rencontré les débris, a oc été si cruellement traité chez vous. Si le massacre de ces

ce pèlerins a été le juste châtiment de leurs offenses^ nos chefs ce le déplorent 9 mais n'en marqueront point de courroux. Si, a au contraire , vous avez agi par haine et sans motifs légia timesy ils vous mandent qu'ils ont quitté leur pays pour oc venger les torts et les outrages que Ton fait au peuple de oc monseigneur Dieu , et qu'ils ne laisseront pas impuni le ce meurtre de leurs frères. Ils attendent votre réponse pour ce déterminer leur conduite ^.r>

Uoe telle harangue ne semblait guère, il faut Ta vouer, inspirée par des idées conciliatrices. Cependant E[almaD, soit qu'il reconnût des intentions franchement pacifiques sous le langage rude et quelque peu hautain du député lorrain, soit aussi qu'il comprit le danger de braver les puissants princes au nom de qui on lui adressait ces fières paroles, les écouta avec bienveillance. ^

« Godefroi, dit-il, il nous platt que vous soyez le porteur ce de ce message, d'abord parce que nous vous avons depuis ce longtemps accordé notre amitié , et que nous sommes heuce reux de renouer avec vous nos anciennes relations ; ensuite ce parce que, vous sachant plein de sens et de droiture, nous ce vous exposerons avec confiance notre excuse. »

Il raconta alors les méfaits et les crimes commis- par les bandes de Pierre l'Ermite et de Gottschalk, et comment l'intérêt de son peuple l'avait forcé à une répression terrible mais légitime , pour effrayer les nouvelles troupes de malfaiteurs qui se présenteraient, ce Le Dieu vivant, ajouta-t-ii, ce est témoin , ô homme sage , que je ne vous ai menti d'un ce mot. ]>

Après cette explication , il fit héberger et traiter avec beaucoup d'honneur les Francs dans son propre palais, pendant qu'il prenait Tavis de ses conseillers. Puis des seigneurs de la cour de Kalman suivirent au camp de Godefroi de Bouillon les envoyés de celui-ci, et lui remirent un message de leur

1 Guillaume de Tyr, liv. II, ch. ii.

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