‹ Godefroi de BouillonChapitre 39 sur 141 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

maître , ainsi conçu : c Nous avons appris que vous êtes un « haut et puissant prince en votre pays^ et que nul ne vous <c a vu faillir à votre foi. Aussi, vous ayant toujours aimé o[ sur votre renommée» nous désirons connaître votre perce sonne. Nous vous prions , sire duc , de venir auprès de c nous, au château de Cyperon S sans craindre aucun danger. <K Nous nous tiendrons chacun sur une rive opposée du ma- <c rais pour discuter les griefs que vous croyez avoir contre oc nous ^ ]>

Au jour fixé, le duc prit une compagnie de trois cents chevaliers et se rendit au lieu de Tentrevue, confiant à son frère Baudouin le commandement du camp devant Tollembourg^ pendant son absence. Arrivé au bord du marais, il laissa son escorte et monta sur le pont, accompagné seulement de trois gentilshommes, ses proches parents : Renaut et Pierre de Toul, et Gamier de Gray. Il rencontra au milieu du pont Ealman , dont les gardes étaient également restés sur l'autre rive. Les deux princes se firent un salut affable , s'embrassèrent de bonne amitié , et conférèrent longuement sur les moyens de rétablir la concorde entre leurs peuples, unis par la même foi. Us furent bientôt en si parfaite intelligence, que le duc n'hésita pas à descendre sur le territoire de Hongrie avec douze seulement de ses chevaliers, après avoir renvoyé au camp le reste de son escorte.

Il y reçut le plus gracieux accueil. Pendant huit jours il partagea la demeure et la table du roi : les magnats accouraient en foule pour voir et honorer l'illustre étranger dont la vertu n'avait d'égale que sa renommée. Kalman régla, de concert avec eux, les garanties à exiger avant d'introduire le peuple franc dans le royaume. Sur leur conseil, il réclama comme otages Baudouin de Boulogne, avec sa femme Gon-

1 Aujourd'hui Soprony, ville de Hongrie, dont le nom allemand est Œdenbourg. '

2 Albert d'Aix,liv. II.

techllde, et les gentilshommes de sa maison. Godefroi agréa la demande, sous la condition que tontes les armées decroiséS| non-swlement la sienne, mais celles même qui pourraient venir ensuite, trouyeraient en Hongrie un libre passage et la feculté d'acheter des vivres. Les seigneurs hongrois ratifièrent le traité , et s'engagèrent par sermept à ne Caire désormais aucun tort mx pèlerins * .

Cependant Tabsenee prolongée du duc inspirait à ses compagnons une anxiété chaque jour croissante. Us soupçonnaient quelque l&che trahison de la part du roi , qu'op leur avait précédemment représenté comme perfide et cruel , et ils tremblaient que leur chef, trop loyal, n'eAt été attiré dans un piège et mis à mort. Aussi la joie fut grande lorsque ses messagers apportèrent k Baudouin la nouvelle des négociations heureusement terminées, et Tordre de foire avancer l'armée au bord du marais de Gyperon. C'est là que Godefroi les rejoignit.

Quand il eut fait connaître les conditions de Tentrée dans le pays des Madgyars , Baudouin , prévenu , comme la foule des pèlerins, contre un souverain qui avait fait exterminer déjà deux armées d'Occident, refusa de servir d*otage. En présence d'un refus qui compromettait le succès de la croisade, Godefroi déclara aussitôt qu'il remplirait lui-même ce râle, et que son frère continuerait d'exercer le commandement à sa place. Celui-ci rougit d'ètro ainsi vaincu en générosité : il se résigna enfin, non sans teneurs secrètes, à se laisser, comme il disait, transporter en exil pour le salut de son peuple.

Aussitôt 1-armée franchit le pont, et dressa son camp sur la rive droite de la Leylha. Les hérauts du duc parcoururent les tentes, proclamant qu'il y avait peine de mort contre quiconque se rendrait coupable de vols, violences ou actes séditieux dans le royaume de Hongrie. Le roi en même temps publiait dans ses États Tordre de fournir à des prix modé-

1 Albert d'Aix , liv. IL

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