‹ Godefroi de BouillonChapitre 40 sur 141 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

rés et à juste jnesurc les approvisioanements nécessaires à l'armée*.

Kalman, accompagné de ses otages , et escorté d'un gros de cavalerie, s'achemina à quelque distance derrière les colonnes desFrancs, prêt à intervenir pour apaiser les conflilGi avec les habitants. Mais , grâce à la prudence et à la fermeté des chefs, aucun excès de part ni d^ autre ne signala le passage de cette immense multitude dans un pays où les croisés étaient considérés à Tavance comme des malfaiteurs, et où, de leur c6té y ils étaient disposés à ne voir partout que des ennemis et des trattres.

l^n sortant des plaines marécageuses de la Pannonie, ils traversèrent sur des radeaux le fleuve de la Drave, qui séparait eette province de TBsolavonie. La rive esclavonne de la Drave, beaucoup plus escarpée que l'autre, protégeait cette partie méridionale de la Hongrie contre les inondations, qui rendent le nord si difficilement praticable ; mais des embarras duae autre nature y attendaient les pèlerins. Ils eurent à parcourir un pays désert , montagneux et boisé y à peu pro 3 dépourvu de chemins jusqu'au confluent de la Save et du Danube, qui formaient alors, au sud et à l'est, les limites du royaume de Hongrie. G^est près de l'embouchure de la Save qu'était bâtie Semlin, appelée par les croisés Maleville (ville de malheur), à cause du désastre qu'y avaient essuyé les troupes de Pierre l'Ermite. En face, sur la rive gauche du Danube, se dressait Belgrade, capitale de la Bulgarie et frontière de l'empire byzantin.

Bien qu'il eût appelé lui-même les chevaliers d'Occident, le bruit courait qu'Alexis Comnène, épouvanté par les désordres de la croisade populaire, avait, comme Kalman, résolu de repousser par les armes ses dangereux alliés. Godefroi fut donc peu surpris à la nouvelle qu'un corps de troupes grecques était posté près de Belgrade pour défendre le

1 Albert d'AiXjliv. II.

passage du Danabe; mais, sans soaci de la politique capricieuse et pusillanime de Byzance, il s'apprêta à écarter ou à briser tous les obstacles , quels qu'ils fussent.

Il n'y avait que trois barques sur le fleuve. Il s'en servit pour jeter sur l'autre rive une avant -garde de mille hardis chevaliers, destinée à protéger la traversée de la multitude. En même temps il employait tout le peuple à abattre des arbres » à lier des poutres et à les couvrir de claies d'obier. C'est au moyen de ces radeaux réunis en pont volant qu'il fit défiler les bataillons pesamment armés, suivis de la cohue populaire et d'un immense attirail de chevaux et de bagages. Il présida en personne à tous les détails de cette diflScile opération , qu'aucune attaque ne vint heureusement troubler, et qu'il réussit à achever en un seul jour* Il resta le dernier sur la terre hongroise. Kalman alors s'approcha et lui rendit ses otages. Il combla de présents le duc et son frère» leur donna le baiser de paix, et reprit le chemin de sa capitale.

Au delà du Danube, jusqu'à Constantinople, la configuration du sol ne présentait plus d'embarras à la marche des pèlerins. C'étaient des plaines naturellement fertiles en grains, arrosées de ruisseaux limpides, et dominées çà et là de légères collines propres à la culture de la vigne. Point de hautes montagnes à franchir, point de grands fleuves à traverser*.

Mais le fléau des invasions, la décrépitude morale de l'empire grec, la politique lâche et insensée de la plupart de ses chefs, tout avait contribué à transformer ces contrées, autrefois florissantes, en un affreux désert, inculte et abandonné à un peuple de bandits. Les Bulgares, qui y étaient alors campés plutôt qu'établis, conservaient, en effet, au sein de la société chrétienne les mœurs des Scythes, leurs ancêtres. Tour à tour ennemis et protecteurs de l'empire , leur alliance ne lui était guère moins funeste que leurs incursions dévasta-

1 Eudes de Deuil , liv. IL

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