‹ Godefroi de BouillonChapitre 5 sur 141 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Grénons*. II descendait de Chariemagûé par aa mère, petite* fille de Charles de Lorraine. Ses qualités personnelles rehaussaient encore Téclat de ce glorieux lignage, et il n'y dérogea point dans ses alliances. Il avait en effet épousé, vers lOKO, une femme de sang royal, Goda, sœur du roi anglo-saxon Edward le Confesseur, et cette union loi avait valu dé vastes domaines en Angleterre. Mais il était veuf déjà depuis cinq ou six ans quand il passa à Bouillon. Il revenait alors de Rome , où il avait reconduit après la diète de Cologne le pape Yictor It, accouru on Germanie, peu de mois avant sa mort, pour réconcilier le duc de Lorraine avec l'Empire. Pendant son séjour chez le duc, Eustachè, jeune eneore, et n'ayant pas d'enfants de son mariage avec la princesse anglaise^ s'éprit de la fille de sou hôte, nommée Ide. BUô était, au dire des contemporains, <r remarquable par gentillesse de cœur entre les plus nobles dames d'Occident > ; et ses vertus Tout fait depuis vénérer dans l'Église comme une sainte. Le comte de Boulogne sollicita sa main, et le père, qui se flattait de ceindre bientôt la couronne impériale, ne dédaigna point d'agréer pour gendre le petit-fils de Charlemagne. Le mariage se fit à Cambrai, au mois de décembre 1057.

Ouelques historiens prétendent que la dot apportée par Ide à son époux fut ce même château de Bouillon, témoin de leur première rencontre. S'il est vrai que le duc Godefroi , qui avait un fils du même nom que lui, destiné à recueillir ses fiefs héréditaires, ait disposé de celui-ci au profit de soa gendre, nul présent ne pouvait être plus agréable à Eustache.

Le logis n'était pas, à vrai dire, un lieu de plaisance : sim pie et grostter donjon, comme toutes le» demeures de 1a féodalité primitive, il se dressait au sommet d'une roche élevée et abrupte, présentant le sauvage aspect et les abords inaccessibles d^une aire d'oiseau de proie. Mais Tisolement et l'horreur même du lieu devaient en faire le principal mérite aux

1 Grenons, dans la languie romane, signifie moustaches.

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yeux d'un baron batailleur comme le sire de Boulogne ; car toutes les ressources de l'art militaire d'alors venaient échouer contre les défenses formidables dont la nature avait entouré cette citadelle. Sa position sur les confins de la France et de la Lorraine ajoutait un nouveau prix aux avantages particuliers du site : c'était la clef du passage entre le royaume capétien et les provinces de l'empire teutonique.

Dans un temps de guerres perpétuelles, où le moindre vassal se voyait parfois réduit à lutter seul contre des armées royales , où il pouvait aussi , avec quelque audace, rêver d'ériger ses fiefs en seigneuries indépendantes , de semblables moyens de résistance et de domination donnaient la plus haute importance à la possession de Bouillon. Les entreprises ambitieuses qui remplirent la vie d'Eustache aux Grenons prouvent assez qu'il était homme à apprécier la valeur de son nouveau domaine et à en tirer, le cas échéant, le parti le plus profitable à sa fortune. Mais ce n'est ni en France ni en Allemagne que les circonstances devaient l'entraîner à chercher des conquêtes.

Il eut de la comtesse Ide trois fils : Godefroi, le héros de cette histoire, Eustache et Baudouin.

Godefroi, qui devint de bonne heure le plus puissant et le plus illustre, grâce à un concours de qualités personnelles et de circonstances favorables qu'on racontera bientôt * n'était que le second par la naissance. Eustache était son ainé^

i On n'est pas encore d'accord sur l'ordre dans lequel naq[uireni les enfants du comte Eustache II de Boulogne. Plusieurs historiens anciens ont prétendu que Godefroi était l'aîné. L'opinion contraire adoptée ici est celle d'un contemporain et d'un compatriote des personnages dont il s'agit, le moine du Wast ( près Boulogne] , qui écrivit au commencement du douzième siècle la Vie de la bienheureuse Ide de Boulogne (dans les BoUandistes, à la date du 13 avril ). c Le premier de ses fils, ditrii , fut Eustache; marchant sur les traces de son père , il tint d'une main ferme le gouvernement de son héritage. Le second fut Godefroi, héritier des possessions et du titre du duc son aïeul, dont il portait le nom. » Guillaume de Tyr, et après lui un certain nombre d'autres auteurs^ ont encore attribué à Godefroi de Bouillon un troisième frère, qui se serait appelé Guillaume. Mézerai, dans son Hta*

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Le Brabant s'est longtemps attribué et revendique encore de nos jours l'honneur d'avoir été le berceau du chef de la première croisade. Quelques monuments d'histoire locale le font naître, en effet, à Baisy, village voisin de Fleurus. Mais les témoignages les plus anciens et les plus concluants sont en faveur de la France, et après les savants travaux de la critique moderne, il n'est plus permis de douter qu'il n'ait reçu le jour au territoire de Boulogne, dans le domaine paternel K II naquit vers l'an 1 060.

Ide f inspirée par une tendresse active et par une piété éclairée , tint à honneur et considéra comme une obligation étroite autant que douce d'allaiter elle-même ses enfants ' : elle aurait cru, disait-elle, abdiquer son titre de mère en leur faisant donner par d'autres ces soins du premier âge , dont l'influence est si grande sur la vie des hommes. Elle avait, sur les devoirs de la maternité chrétienne, les austères principes qui devaient distinguer plus tard Blanche de Gastille, et dont Tune comme l'autre trouva la récompense dans les vertus et la gloire d'un fils sans égal parmi ses contemporains.

Godefroi avait reçu du ciel les plus heureuses dispositions

taire de France, t. II, p. 55, parle de GuUlaume, baron de Jainville, frère de Godefroi de Bouillon, Mais si ce Guillaume a réellement existé, il faut croire qu'il mourut jeune, ou du moins sans aToir &it qaoi que ce soit de remarquable ; car il n'a laissé aucune trace dans l'histoire.

1 M. l'abbé E. Barbe , dans deux brochures : 1® Du Lieu de naiseanee de Godefroi de Bouillon y à propos du projet de lui élever un monument dan» la ville de Boulogne-sur-Mer (1855); 2^ Nouveaux Éclaircissements sur la question du lieu de naissance de Godefroi de BouiUon, en réponse à une Notice de M. le recteur de l'Université de Louvain sur le même sujet [1858], a victorieusement démontré l'inexactitude des traditions brabançonnes. Les documents écrits le plus rapprochés du temps où vivait Godefroi de Bouillon, en particulier la Biographie de la B, Ide par le moine du Wast, placent tous le lieu de naissance du héros dans le Boulonnais. C'est seulement un siècle et demi plus tard qu'on rencontre le premier texte en faveur de Baisy. Il est d'ailleurs tout à fait invraisemblable de supposer que la comtesse Ide résidât dans ce village , si éloigné du siège du gouvernement de son mari. (Voyez les Nouveaux Éclaircissements, p. 17-19.)

2 Vie de la bienheureuse Ide, par le moine du Wast.

d'esprit et de cœtir pour profiter deê leçons et des exemples de sa mère. Il montra dès Tenfance; et développa avee une constante application » le rare assemblage de qualités qui présageaient déjà sa hante destinée. Sa foi vive se manifestait par une grande assiduité à la prière et par les exercices d'une dévotion exacte comme celle d'un moine. La crainte de Dieu^ qui remplissait son âme, la fermait aux passions mauvaises , et y fit fleurir cet esprit d'humilité, cette sévère discipliné de mœurs, qui devaient offrir un si étrange contraste avec l'orgueil et la dépravation de la société féodale. Libéral et compatissant envers les pauvres, indulgent pour les coupables, affable et généreux avec tout le monde, la loyauté, la justice et la magnanimité, ce triple idéal de la chevalerie, étaient la règle inflexible de sa conduite. A mesure qu'il avança en ftge, on vit se révéler à (a fois dans son caractère la sérénité d^un philosophe et l'indomptable énergie d'un héros ^

Sainte ide ne borna pas ses soins à Téducation morale de ses enfants. Elle apporta une égalé sollicitude à cultiver leur intelligence. Elle-même avait étudié les lettres avec suôcès. Sous sa direction, Godefroi acquit une instruction qui parait avoir été assez sérieuse. Il apprit le latin, langue usuelle des savants et des cleros, ainsi que les idiomes vulgaires desFk^anes et des Oermains: le roman et le tndesque^ On le vit plus tard se servir avec facilité de chacune de ces langues, soit dans sa correspondanee^ soit dans les harangues qu'il adressa aux divers peuples réunis sous ses ordres pendant la croisade,

A Télévation d'idées et de sentiments qu'il dut dès sa plus tendre jeunesse ailx entretiens de sa mère et à la méditation des vérités religieuses, le travail ajouta par la suite un riche fonds de connaissances pratiques. La Providence Tavait doué d'un esprit vif, pénétrant, ingénieux. Il montra toujours pour

1 Guillaame de Tyr, liv. IX; Robert le Moine, liv. I.

J Otton de Frisingue , Chronique, liv. VII, ch. iv; Chronique d'Vnpérg^ ann. 1099; Histoire littéraire de la France par les bénédictins, t. VIII, p. 600.

godf:froi de bouillon

Godetnd fut iostruit par » mère, aalnte Ids.

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