‹ Godefroi de BouillonChapitre 43 sur 141 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Faire enleyer Godefroi au milieu de Tarmée était chose impossible. Il le pria, en termes affables , de venir au palais recevoir ses félicitations et les preuves de son amitié; mais en même temps des Français, habitants de Constantinople, avertissaient sous main le duc de se tenir sur ses gardes. 11 n'était pas difficile de mettre en éveil sa méfiance après ce qui s'était passé ; il déclina toutes les invitations.

Alexis ne sut pas se contraindre plus longtemps. Offensé d'une réserve injurieuse, inquiet de voir son piège découvert, il jeta le masque, et voulut triompher de la résistance des chefs croisés par la famine. Il leur ferma l'entrée des marchés, et défendit à ses sujets tout commerce avec Tarmée. Précaution puérile : le peuple pèlerin était assez fort et assez résolu pour se procurer par la violence les vivres qu'on refusait de lui vendre. L'impétueux Baudouin de Boulogne, moins scrupuleux que son frère, donna le signal du pillage. Des nuées de fourrageurs s'abattirent de toutes parts sur les campagnes, saccagèrent même les faubourgs de la ville, et la population se trouva de nouveau victime de la déloyauté et de la faiblesse de son tyran.

Celui-ci prouva une seconde fois que le moyen de tout obtenir de lui était de l'intimider, et que sa politique, habile à corrompre un ennemi, n'avait aucune ressource pour le vaincre. Il rouvrit les marchés aux soldats; mais ils étaient déjà regorgés de butin, et d'ailleurs ils avaient pris goût à ces faciles et fructueuses expéditions. La tardive concession du prince ne les eût peut-être pas apaisés, si la solennité de Noël, qui survint alors, n'était venue à propos leur rappeler les préceptes de la charité chrétienne ^ Au nom du Rédempteur commun, les deux partis se réconcilièrent; mais le Grec fit tous les frais de la paix, et Godefroi s'obstina à demeurer sous sa tente.

Malgré les apparences et les serments échangés des deux

1 Albert d'Aix,liv. II.

' 110 GODEFROi DB BOUILLON

o6té8 p malgré le besoin d^unioa , cette paix ne pouvait dtre durable. Les germes de discorde subsistaient et n'avaient feit que s'aigrir. Chez l'un des adversaires , la défiance et Taudaee augmentant avec le sentiment de sa force , chez l^autre , le dépit et la mainte s^alliant h un fonds naturel de méchanceté sournoise y préparaient de prochains et inévitables conflits.

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