‹ Godefroi de BouillonChapitre 44 sur 141 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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La querelle des croisés et des 6rees n'était pas de celles qu'un traité entre deux princes peut faire disparattre tout d'un eoup. Bile avait des causes lointaines et bien autrement graves que la fourberie, trop certaine d^ailleurs; d'Alexis Comnène. O'^était une inimitié de races , en quelque sorte fatale, formée du désaccord des tempéraments, désintérêts, des passions et des croyances même.

Le Bas -Empire, dernier coin de l^ancien moude romain que n'eût pas encore englouti le flot des invasions d'Europe ou d'Asie, ne pouvait fraterniser sans arrière -pensée avec les barbares qui avaient fait ou qui représentaient cette invasion. Il nourrissait contre eux des rancunes vivaces, et redou«tait sans cesse leurs entreprises conquérantes; s'il semblait Tennemi-né de IHsiamisme, le schisme grec, définitivement consommé depuis plus de quarante ans par ses patriarches , ne lui inspirait guère moins d'aversion pour les champions de rÉglise romaine.

Le rapprochement fit éclater avec une prodigieuse intensité

ces antipathies séculaires > jusque -là demeurées à l'état lalent; et les bandes de Pierre FErmite^ malheureusement arrivées les premières, discréditèrent pour jamais la croisade chez leurs hôtes orientaux. Ceux-ci ressentirent autant de mépris que d'effroi à la vue de ces aventuriers insolents et pillards: il leur sembla impossible que Gonstantinople , où convergeaient les flots tumultueux de TEurope féodale, demeurât sur le passage du torrent sans être balayée.

Il est vrai que la contenance des masses populaires, même dans les armées les mieux réglées, comme était celle du duc Godefroi , ne fut guère propre, par la suite, à écarter de telles préventions. Les Francs , ayant conscience de leur force, ne ménagèrent pas les marques de dédain à ce peuple de scribes et de rhéteurs, sans prestige militaire. Ils se flattèrent plus d'une fois de pouvoir anéantir, quand ils le voudraient, ces misérables Grécules, le rebut du genre humain. Et quelle proie offerte à une tentative audacieuse, que cette vieille et mystérieuse Byzance, où Tantique civilisation, en se repliant sur elle-même, avait entassé tous ses chefs-d'œuvre, toutes ses richesses ! Les émigrants des villes basses , tortueuses , malsaines de l'Europe, le baronnage même, dont les castels n'étaient que des prisons massives, incommodes et nues, avaient peine à modérer leurs ardentes convoitises en présence de monuments de marbre, aux étincelantes coupoles, aux décorations fantastiques, qui remplissaient la capitale du Bas-Empire.

En vain les princes promettaient-ils à l'empereur, en retour de son alliance effective et loyale, de faire respecter toutes ces merveilles. Qui mettra des digues à un océan humain? Où était d'ailleurs la garantie du désintéressement des chefs francs.^ Alexis Gomnène n'était pas homme à se payer de belles protestations. Il savait mieux que personne ce que peut suggérer l'ambition , et de quels faux-semblants elle peut se couvrir : il devait sa propre fortune à la trahison. Ancien général et favori de l'empereur Nicéphore Botoniate, il avait abusé de la

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