‹ Godefroi de BouillonChapitre 6 sur 141 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

apprendre ce goût naïf et persévérant qui avait animé Charlemagne. Ce n'est pas , dn reste , le seul trait de ressemblance qu'on remarqua dès lors entre cet enfant et son illustre aïeul. Il le rappelait d'une manière frappante, observe un vieux chroniqueur S par les aptitudes variées de sa large intelligence.

Ses habitudes dévotes et studieuses n'empêchaient pas qu'il se préparât à tenir avec éclat son rang dans la chevalerie. Les exercices quotidiens qui constituaient le rude apprentissage de la vie militaire lui donnèrent en peu d'années une vigueur de membres prodigieuse et un tempérament robuste, capable derésisterà toutes les fatigues et à toutes les privations. Il surpassa bien vite les jeunes gens de son âge par sa dextérité dans le maniement des armes et du cheval. Il excellait à porter et à parer les coups, à terrasser un rival dans une lutte corps à corps, à sauter en selle et à escalader une muraille sous le lourd accoutrement de fer maillé, costume obligé du chevalier en bataille. Tant de force et d'adresse s'alliait chez lui à une audace qui en doublait le prix. Mais cet ardent courage que n'aurait brisé aucun obstacle se laissait déjà dominer et régler par le sang-froid , l'esprit de réflexion et de méthode , qui faisaient le fond de son caractère. Et c'est là le secret des grandes choses qu'il devait accomplir. Devant cet assemblage précoce de qualités physiques et morales, un rival même , remarque un ancien historien , n'aurait pu s'empêcher de lui rendre ce témoignage flatteur : c Pour le zèle dans le service de Dieu, il est la fidèle image de sa mère; pour l'esprit chevaleresque^ il continuera son père * ! »

Eustache de Boulogne, dont la célébrité devait être éclipsée par la gloire de son fils Godefroi, faisait an ce temps- là grand bruit par le monde, poursuivant fortune et renom sur maints champs de bataille, et courant d'étranges aventures.

1 c II y avait en lui plus d'un Gharlemagne (oui vere plurimus itiêrtU Carolus), » Guillaume de Malmesbury, lY. Dans le Becueil dle$ hùtarienê de France de D. Bouquet, t. XIII, col. 7.

2 Raoul de Gaen, ch. xiv.

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publier fum b«a d# guerre. Il ooovoquait tooe les veUlante booMxiee» ffeplwmt inawr Tépée «« l'eitMilète» à (enter avec }ai le cppqudte de VAs^tem. Le BMlenoaie Im fowmt d'aboodeotee reeniM» et le comte aiUf;reiiOBee'a880oiali)i-fliAm à Vpatrepnm. Peut-Atn» avait-il qu^qoee griefii pMrsoDfiels contre la roi saxon^ Harald, qui a^eit enccédé à Edward le .Coa&M99r. 0^, sait que oelni-ci^ beaa«>Mrê d'Eutacbe, lui ayait «^scordé de nishee domaines dans son royaume* Or le pM Bar«]d ^e soudait peu de ratifier les libéralités de son pié^ déceweur, surtout k Tée^rd des étnagsta; c'était màmB sous le prét^Lte d'uj| m^nquia de foi de ce genre qiie le dw de ^ormwdfe s'armeit contre lui et allait envahir sesÉtata* Bufrtache, qu'il e^t on uon une sejnblable injure à venger, partagea les périls et les bénéfices de rm[pédition. Dans la journée da Hastings, où Guillaume gagna sa couronne, le comte ^^it trouver la mort ; un vident coup de hadie aaKonne Ini f repassa l'épaule ; mais le conquérant le dédommagea en lui faisait une large et belle part dans les di%K>uilles du peuple vaincu*

Ia récompense amendant ne lui suffit pas. L'année ssd* vantOy il d^^barque de nouveau wr la oète anglaise. Cette fois il y venait, à rinstigation du roi de France ^ gMcvoyar contre les envahisseurs wMrmands , et soutenir une révolte des Anglo-Saxons dans le pays de Kent La révolte fut toMée; mais l'issue de nette téméraire équipée ne laîaea pas d'être avantageuse au comte fiustscfae. Le roi Guillaume, eneore mal afforpii sur acm trône, et qni avait éprouvé le courage de son ancien allié9 n'ignorait ni les inconvéniento de sa rivalité , ni la moyen d'y mettre fin. Il n'eut pas de peine, en eist, | le ramener à non parti en lui concédant de neuvdles terres aux dépens des Saxons expropriés.

Eustacbe ue devait; pes peur cela se tenir à l'écart des inirig«Ms qui agitèrent pendant longtemps encpre la jeune monarchie anglo-normande. Plus de viugi SM après, m i 088,

CHÂFITRB I If

U figufe idais Bn% ligue de feig^^uri qui voplaiwt rendra à Bobert Court$'hêW0, filfl atné du conquérant, le trÂM wurpé par son cadet Gaillaiiine le Roux. €0 coup de maio, dirigé WDtre Douvres^ échoua comme le précédenti maie aans 00mpepiBatiofi pour Ifi comte de Bouiogna. Guillaume le Roux aè fit pas à ce voisin turbulent l'honnear d'acheter sa neutralité* Et pour la première foie peat-ètara de sa vie, Buetadie rairât d'une expédition aana groeair son avoir.

Dans rintenralle de ses deux tentatives €onir« les Normands d'outre-mer^ il nvait aoutemi avec plue de succès an* guerre importante dans son voisinage. La veuve ot le frère puiné dâ Baudouin de If ons, comte de Flandre, mort en iOTl, se distputaient, les armes à la main, !« tutelle de son fils et héritier Amould, Agé da seize ans. La noblesse du comté s'était ran*» gée au parti du frère, Robert le Frisoi). La veuve, nommée Bichilde, chersha des alliances «û dehors ; Enstaehe aux 6re^ nous embrassa sa caiMc; il réussit mèaEie, par ie crédit deson ^rère iGodefrot, 4véque de Paris, à lai obtenir un seeours àa roi de France.

Mais, avant Farrivée de ce renfort, usa rencontre décisive eut lieu à Cassd, le ftS lâvrier i07i , et aboutit an dénoA^ ment ie plus bizaire. Ricbilde tomba au pouvw de Tarméa ennemie, tandis que son compétiteur, Robert, ^tait fait pri* sonnier sur un autre point de la mêlée par Bustaehe 4e Sou» logne, qui l'emmena en lieu sAr à 8aint*0mer. Quant aujeuna Anould, combattant i càté de aa m^, il resta parmi les morts. Ainsi les deux partis se trouvèrent ptvréê 4e leurs cbefe, au mom^t où cette anort augmentait Fint^t de la kitte en lui donnant pour anjen la possession même du eomté.

Eurtaehese vit alors rarJ>itre delà situatien. lien profita p0wr gagnM^unepttssanle allianoe au^x d'un da ces brusques revirements qui ne répugnaient pas, on le sait, àaon carao^ tère. La fortune s'était prononcée pour Robert le Frison : il suiyit la fortune, et se hât^ de rendre la liberté à son prisonnier, en échange de celle de Richilde, qui n'avait plus,4^â$£H^-p

SO GODfiFROI DB BOUILLON

mais ni prétexte ni ressources pour continuer à disputer le gouvernement de la Flandre. La comtesse, en effet, laissa son beau -frère recueillir paisiblement la succession d'Àrnould. Elle se retira auprès de son second fils Baudouin, comte de Hainaut, que nous trouverons à la croisade parmi les compagnons de Godefroi de Bouillon.

Cependant le roi de France, suzerain de la Flandre, refusa de ratifier un arrangement qui livrait son fief à Robert, contre qui il s'était déclaré. Malgré le désistement de Richilde,, il presse la marche des secours quHllui destinait, et vient mettre en personne le siège devant Saint-Omer. Le nouveau comte n'était pas en état de résister à Tarmée royale. Pour conjurer le danger, il implore Tinter vention du seigneur de Boulogne : celui-ci fait agir Tévèque de Paris, qui était alors dans le camp de Philippe. On trompe, on intimide le faible roi, on le détermine à la retraite, en lui faisant croire que des renforts sont amenés pour débloquer la place. Robert paya ce service par l'abandon de la forêt de Bethloo, qui demeura dès lors incorporée au comté de Boulogne.

On peut assez connaître, d'après ce rapide exposé de ses faits et gestes, quel homme était le père du libérateur des lieux saints. Ambitieux et surtout turbulent, plus prompt qu'habile à saisir les voies de la fortune, opiniâtre à la poursuivre, et capable, pour l'atteindre^ de pousser la bravoure jusqu'à Théroïsme, mais jamais l'héroisnae jusqu'au désintéressement: tel paraît avoir été ce personnage, type curieux et complet du baron féodaP.

Quelque rapport que les chroniqueurs aient vu entre le caractère d'Eustache et celui de son glorieux fils , Godefroi de Bouillon, le héros c preux etdroiturier sans nulle convoitise d, devait réaliser \l'une façon bien supérieure l'idéal du chevalier chrétien.

1 Art de vérifier k$ dates, comtes de Boulogne, article consacré à Eus- Uchell.

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