‹ Godefroi de BouillonChapitre 50 sur 141 · CHAPITRE V iJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE V iJ

par cette exécution, les besoins croissants de son armée, à qui manquaient les moyens réguliers de ravitaillement, forcèrent le priDce de Tarente à continuer ces procédés d'envahisseur, et à rançonner encore, pour assurer sa subsistance, la Pélagonie, où il pénétra ensuite.

A cette nouvelle, l'empereur mande secrètement à une de ses armées, qui hivernait en Macédoine, d'attirer le corps italo-normand dans quelque embuscade. En même temps, du reste, avec sa duplicité ordinaire, il envoyait à Boémond des messagers, porteurs de paroles amicales , le saluait comme un allié, rassurait de ses bons ofiices, et le priait de venir au palais recevoir les honneurs dus à son rang et à son mérite. L'aventurier normand était, en matière de fourberie, le digne rival du monarque grec. Il se confond en protestations de reconnaissance et de dévouement, mais se garde bien d'une démarche aussi compromettante. Les députés n'insistent pas, et, sans marquer le moindre mécontentement, ils se joignent aux pèlerins pour leur servir de guides jusqu'au fleuve Vardar.

On y arriva le mercredi des Cendres, 18 février 1097. La plus grande partie des soldats de Boémond avait déjà gagné sans obstacle la rive opposée, quand les troupes grecques, qui les guettaient à distance, fondent sur l'arrière -garde, complètement isolée du reste du corps, et s'efforcent de l'écraser sous le nombre. Au bruit du combat, le hardi Tan*^ crède, déjà avancé jusqu'à la moitié du gué, ramène brusquement son escorte, disperse en un instant les mercenaires de Byzance, et leur fait subir de grandes pertes en morts et en prisonniers. Boémond, ayant fait comparaître devant lui ces derniers, leur dit : a Pourquoi poursuivez -vous mon c peuple, qui est le peuple du Christ? Je ne médite point « cependant la guerre contre votre maître. » Ils répondirent : € Nous n'agissons pas de notre propre mouvement, mais <K nous sommes au service de l'empereur; nous recevons sa oc solde, nous sommes obligés de faire ce qu'il nous com^- <c mande. »

T^s chevaliers normaDds voulaient laver cette trahison dans le sang de son auteur; leur chef, plus prudent et craignant de nouvelles embûches , ajourna la vengeance pour la rendre plus sûre. II feignit de n'avoir pas soupçonné la perfidie du prince de Constantinople, et renvoya même les prisonniers sans rançon , ce qui mécontenta fort son baronnage.

Alexis, de son côté, paya d'effronterie. Aussitôt après Tinsuccès du guet-apens, et comme s'il n'y avait eu aucune part, il renouvela ses offres d'hospitalité, que Boémond, bien entendu, repoussa, et avec plus de roideur que la première fois. La rupture était imminente, car les Normands approchaient de la capitale. Alexis se tira de ce mauvais pas par un coup d'habileté. A force de prières et d'hypocrites manœuvres, il détermina Godefroi de Bouillon à lui servir d'intermédiaire, même en quelque sorte de caution , auprès du prince de Tarente. Le duc n'y consentit pas sans une vive répugnance et sans de longues hésitations. Toutefois il comprit qu'il fallait faire plier les susceptibilités légitimes, et surtout les convoitises ardentes du chef normand, devant les intérêts de la guerre sainte.

Il vint donc trouver Boémond avec viogt des principaux barons de la première armée. Il le pressa d'accepter l'entrevue demandée, lui représentant que, s'il ne donnait à l'empereur cette marque de confiance, il en ferait un ennemi des croisés, et que l'hostilité ouverte des Grecs rendrait la grande expédition à peu près impraticable. Ses raisonnements, l'exemple qu'il avait donné lui-même, quoiqu'il fût un des plus illustres capitaines, d'une déférence courtoise vis-à-vis d'Alexis, et, plus que tout le reste peut-être, la promesse qu'il fit à son défiant collègue de se porter garant de sa sûreté, engagèrent celui-ci à l'accompagner à Constantin nople.

Ce fut certes un étrange spectacle que de voir le fils de Guiscard accueilli en allié par Comnène, et lui jurant amour et fidélité! Au fond, il faisait bien ses réserves en y allant.

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