‹ Godefroi de BouillonChapitre 56 sur 141 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tiens ^ Les princes forent touchés de ses protestations ou émus par ses larmes. On épargna sa vie, mais il fut soignensemeftt gardé 9 pendant que, conformément à ses indications , on dis* posait tout pour le prochain combat. Godefroi dépèche surle-champ un courrier vers le comte de Toulouse pour le prévenir du péril et l'engager à accélérer sa marche. Heureusement les Provençaux approchaient ; impatients de prendre leur part de cette grande affaire, ils ne S'arrêtent pas de toute la nuit, et ils arrivent, au lever du soleil, au camp qui leur était assigné.

Il était teiAps, car à peine avaient -ils dressé leurs tentes , vers neuf heures du matin , que l'armée de Kilidj*Arslan parut au penchant de la montagne. La présence inattendue de Raimood dérangeait le plan du sultan ; Texécution en fut tout aussitôt modifiée. Couverts de cette armure complète de lame» de métal que la chevalerie devait plus tard leur emprunter , avec leurs casques étincelants et leurs boucliers dorés, les Turcs resplendissaient sous les feux du soleil. Soudain leur avant-garde se détache, prend les devants, traverse d'une course rapide la vallée de Nicée et appuie vers le lac. Elle se composait de dix mille hommes de cavalerie légère, maniant avec une prestesse et une vigueur sans égales des arcs de conse d'une prodigieuse portée. Us poussent droit à la porte du midi, et s'abattent sur les troupes encore mal organisées du comte Raimond. Celles-ci résistent au choc et tiennent bon. Les flèches, terminées par des os pointus, viennent mourir, comme des chalumeaux de paille, contre le solide tissu des hauberts. L'ennemi cherche en vain , ne pouvant les rompre , à les attirer en plaine, pour dégager les abords de la porte. Inutile stratagème, les Provençaux gardent leurs positions sur toute la ligne.

En même temps, des détachements considérables de tous les autres corps accouraient' les renforcer. C'était le seul point

1 Albert d'Aix, liv. II.

à couvrir, le sultan ayant renoncé à son mouvement tournant. En effets voyant l'avant- garde mollir et se replier» il avait lancé tout le reste de ses troupes : le sol tremblait sous cette avalanche de quarante mille cavaliers, dressés sur leurs étriers et le cimeterre au poing. Les chrétiens attendirent d'abord y immobiles» ce nouveau choc. Cependant» au commandement des chefs, ils s'ébranlent à leur tour» mais gravement» les lances droites vers le ciel» et dans un silence farouche ^ Le légat Adhémar chevauchait à travers les rangs; à son exemple» une foule d'autres prélats» de prêtres» de moines parcouraient les épais bataillons» excitant et bénissant les soldats du Christ. Soudain» les lances tombent en arrêt» les combattants lâchent les rênes en jetant une clameur terrible ; les destriers » d'un bond » franchissent le dernier espace qui les séparait des Turcs. Les deux tourbillons se heurtent avec fracas» se pénètrent» se mêlent dans un chaos indescriptible. Tout se confond» épées et cimeterres» heaumes et casques à panaches » cuirasses lisses et hauberts maillés : les pennons armoriés des seigneurs féodaux flottent au milieu des brillantes bannières turques. Les deux armées » s'étreignant Tune Tautre» semblent n'en faire plus qu'une. Dans un nuage de poussière » parmi les cris de fureur ou d'angoisse » les gémissements des mourants et les cris de ralliement proférés en vingt langues différentes» les combattants d'un même parti se reconnaissent à peine. Durant plusieurs heures» la mêlée aveugle continua » sans trêve ni merci » son œuvre de carnage. L'ardeur belliqueuse des Francs» exaspérée par l'enthousiasme religieux» n'avait aucun frein. On répétait de toutes parts : c A mort 1 à mort! pas de quartier ' I n» Les plus puissants barons» entre autres les comtes de Flandre et de Normandie» l'intrépide Tancrède» tenaient la tête de leurs troupes et faisaient dans les rangs ennemis d^affireux ravages.

1 Robert le Moine» li?. III.

2 Ibid,

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