‹ Godefroi de BouillonChapitre 58 sur 141 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

mouillées dans les ports voisins de la Propontide, qui fournissaient les constructeurs d'engins de guerre, nommés dès ce temps-là engtgneurs ou ingénieurs. Le passage suivant d'un vieil historien montre la nature et le jeu de ces machines , d'un art bien primitif :

c Parmi les princes y les uns dirigeaient des mangoneaux pour battre en brèche les remparts et les tours; d'autres faisaient fabriquer des béliers en fer... Un jour, tandis que la plupart des che& dressaient des engins de dififérentes espèces devant les murailles, Henri de Hache et le comte Hermann, un des plus grands seigneurs d'Allemagne, firent construire à leurs propres frais, en poutres de chêne, une machine appelée renard. Ils la revêtirent ensuite d'une forte enveloppe en osier, pour protéger contre les projectiles les travailleurs chargés de percer la muraille. Lorsque toutes les pièces en furent bien reliées , vingt chevaliers et deux princes s'y introduisirent, et un grand nombre de pèlerins, réunissant leurs efforts, la poussèrent vers le rempart Mais cahotée par les inégalités du terrain , fracassée par les blocs de rocher que les assiégés faisaient pleuvoir sur sa toiture, elle s'affaissa avec fracas, ensevelissant sous ses ruines tous ceux qui y étaient en fermés ^»

De semblables accidents , sans doute fréquents , ne refroidissaient point les courages ; ils étaient vite réparés. Une forêt voisine fournissait en abondance le bois nécessaire , et il ne manquait pas dans l'armée de charpentiers et d'artisans habiles à travailler le fer. Ces travaux lents et méthodiques, qui pouvaient seuls procurer le succès du siège » répugnaient cependant au caractère pétulant des barons de France. A plusieurs reprises, on en vit, véritables chevaliers d'aventure, tenter imprudemment l'assaut, et la fin malheureuse de tous ces vaillants honunes montra qu'il n'y avait d'espoir que dans le jeu des machines. Chacun des chefs en avait fait construire

1 Albert d'Aix, Uv. II.

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une, et la manœuvrait 6ur le point dont l'attaque lui était confiée ^ Toute Tenceinte de Nicée était ainsi battue parles mangoneaux et les pierriers; en même temps, abrités dans des tours roulantes, sous des toitures de merrain recouvertes d'osier, des escouades de mineurs traversaient les fossés comblés avec des blocs de rocher ou des abatis de bois, s'approchaient des remparts et s'efforçaient d'y pratiquer des trouées à grands coups de pics et de béliers à tète de fer.

Cinq semaines s'étaient déjà passées en préparatifs et en travaux d'art, marquées seulement de quelques petits combats de détail , qui fournissaient aux preux l'occasion de signaler leur audace , sans faire avancer la grande entreprise. Ni le courage ni les ressources ne paraissaient baisser du côté des assiégés. C'est alors seulement que les chrétiens s'aperçurent que la ville renouvelait par le lac ses approvisionnements en vivres et en armes. Il fallait à tout prix fermer cette issue, mais ils n'avaient aucune embarcation. Les princes en obtinrent de l'empereur, et les envoyèrent chercher au port de Givitot, sur les chariots des bagages. Quelques -uns de ces bateaux pouvaient contenir jusqu'à cent hommes, et il fut nécessaire de les démonter et d'en charger les pièces sur deux ou trois chariots. On traîna ces lotLrds véhicules pendant l'espace de sept milles au moyen de courroies et de cordes auxquelles étaient attelés non-seulement des chevaux, mais même des hommes. L'opération fut accomplie en une seule nuit, au milieu du plus profond silence. Le matin , les Turcs de Nicée virent avec terreujr le lac couvert d'une flottille chrétienne. Les chevaliers de France étaient de médiocres marins, mais l'un des navires était monté par des Turcopoles grecs , excellents archers, habitués à combattre sur l'eau. Grâce à eux, le blocus fut complet *•

Le conseil se préoccupa dès lors de livrer un assaut géné- I 1, et de toutes parts les machines firent rage contre les

1 Guîllaame de Tyr, liv. ni, ch. mi.

2 AU>ert d'Âix, liv. II; Guillaume de Tyr, liv. III , ch. vu.

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