‹ Godefroi de BouillonChapitre 62 sur 141 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

qui prirent chacun une direction différente. Tandis que Godefroiy Raimondy Adhémar» Hugues le Grand et le comte de Flandres se dirigeaient à droite et entraient dans la plaine de Dorylée, les Normands de France et d'Italie, commandés par Robert Cooite-Heuse, Boémond et Tancrède, appuyèrent vers la gauche. Cette séparation fut-elle accidentelle et causée seulement par robseurité da crépuscule ? Les seigneurs normands le prétendirent plus tard, pour atténuer la responsabilité de rimmense péril où leur imprudente manœuvre plaça leurs compagnons d'armes. Mais on crut généralement qu'ils s'étaient écartés volontairement, peut-ètreà cause de la difficulté qu'ils avaient déjà éprouvée à trouver des vivres en suivant le chemin commun, peut-être aussi par un secret sentiment d'amour-jffopre, qui leur fit chercher des entreprises dont ils auraient toute Tinitiative et tout le profit. Cette supposition parut d'autant plus plausible que ce prétendu hasard avait justement réuni des princes qui appartenaient tous à la race fière et aventureuse des Normands.

Y^s trois lieures du soir , ils dressaient leurs tentes , à deux milles seulement du campement du juremier corps , dans la vallée de Dogorgonhi ou Ozellis. Établi au milieu d'abondaùts pâturages, adossé du côté du nord à la montagneln-Eengni, le bivouac avait pour défenses naturelles, d'une part une rivière coulant de l'ouest à l'esl, et de Tautre un marais couvert de roseaux. U ofirait à la fois la fraîcheur et la sécurité. Cependant, dans la soirée, les vedettes signalèrent au loin l'apparition d'éclaireurs ennemis. Les chefs, sur cet avis, prirent quelques dispositions de combat; mais le calme ne fut pas troublé de toute la nuit, et l'armée goûta un profond repos.

Le lendemain , dès la pointe du jour , les coureurs annoncèrent d'une manière certaine l'approche des Turcs, et bientôt on vit les escadrons du sultan se déployer sur les hauteurs , au delà de la petite rivière. A l'appel des sentinelles, qui, de loin en loin , se renvoyaient le cri : c Aux armes 1 9 le camp

160 60DEFR0I DE BOUILLON

des chrétiens fut sur pied en un instant. Guidés par le son des cors, des busines^ (trompettes) , des tambours , les bataillons se formaient à la hâte sous les bannières de leurs chefs respectifs.

Boémondy investi par la nécessité du commandement en chef 9 organisait activement les lignes de défense. Il fait placer d'abord au centre de ses positions les femmes , les enfants , les malades. Abritée déjà par le marais dont on a parlé, cette retraite était entourée de tous les autres côtés par des chariots et par une enceinte de palissades , faites avec les pieux des tentes. En avant de ce rempart, il masse deux corps de cavalerie, sous les ordres , Tun du duc de Normandie, l'autre de Tancrède, puis déploie sur les flancs les archers, les frondeurs et les arbalétriers , qui composaient les troupes d'infanterie. Lui-même il occupe une hauteur d'où il peut dominer le champ de bataille , diriger Taction et soutenir les corps engagés. A sept heures du matin, toutes les mesures défensives étaient prises du côté des chrétiens. Une forêt de lances bordait la rivière étroite et facilement guéable, dont il s'agissait pour les Turcs de forcer et pour les chrétiens de fermer le passage.

. L'avant- garde du sultan fut bientôt à portée de trait. Le gros de Tannée s'échelonnait derrière elle au penchant de la montagne. La vue de cette masse imposante causa autant d'étonnement que d'effroi aux guerriers d'Occident. La bataille donnée quinze jours auparavant près de Nicée ne les avait qu'imparfaitement familiarisés avec la manière de combattre de leurs ennemis, qui, à la suite d'une attaque plus présomptueuse que méthodique, s'étaient promptement débandés. Cette fois, les croisés allaient assister à tout l'appareil de la tactique orientale. Les deux cent mille hommes de Kilidj-Arslan montaient des chevaux agiles et vigoureux. Armés seulement du cimeterre et du petit arc de corne, ils

1 Buldiiinhuccînœ. — VEstoîre d'ÉracleSyMy, III, ch. xn.

Page 1