CHAPITRE VU
BIÀRGHE SUR ANTIOGHE. ^ BLESSURE GRAVE DE OODEFROI DE BOUILLON
Juillet -octobre 1097
Pendant que les chrétiens s'attardaient dans les plaines de Phrygie à célébrer leur victoire , le sultan de Nicée s'occu* pait à leur en faire perdre les fruits. N'osant plus afi&*onter les chances d'une bataille , il employait ses bandes fugitives à dévaster le pays par oii ils devaient s'acheminer. Il voulait les exterminer par la famine. Dix mille Arabes qui venaient à son secours y et qui arrivèrent seulement pour être témoins de sa déroute, se joignirent aux Turcs pour accomplir ces faciles exploits. Partout sur leur passage y les villages chrétiens étaient saccagés et livrés au pillage , leurs églises détruites , leurs habitants emmenés en esclavage, les moissons brûlées, les citernes comblées. La Pisidie, Tlsaurie, la Gappadoce ne furent bientôt plus qu'un immense désert, couvert de ruines fumantes.
Craignant un soulèvement des populations grecques de ces contrées en faveur des chrétiens d'Occident, Ejiidj - Arslan répandit dans sa marche le bruit qu'il avait taillé en pièces les envahisseurs de ses États; il les représentait comme des rava^
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geuni, ennemis communs de tous les Asiatiques. Ses émirs, quand ils arrivaient devant quelque place importante , criaient aux habitants : m Réjouissez- vous , ouvrez vos portes à vos c libérateurs ! Nous vous avons sauvés des Francs , qui vec naient vous ruiner, vous et vos terres. Tous sont morts et ou captifs. Notre sultan marche par une autre route et a emmène les prisonniers ^ ]» — Malheur aux pauvres Grecs qui cédaient devant l'assurance de ces déclarations mensongères ! on les égorgeait dans leurs demeures , ou bien ils étaient traînés en esclavage, liés aux chevaux des fuyards.
Enfin , après quatre jours de repos y les pèlerins quittèrent le camp de Dorylée , résolus à suivre tous désormais la même route, pour éviter une nouvelle surprise. Le soir, ils bivouaquèrent sur le sommet des montagnes Noires , et le lendemain, ayant traversé le fleuve Sangari, ils atteignirent la vallée de Malyabumas. Leur plan était de descendre en Pisidie, à Antiochette, ancienne métropole de cette province , cité encore importante , qui était une des principales étapes de l'expédition. 11 leur fallait franchir, pour y arriver en ligne directe, un pays de montagnes, sans eau et sans pâturages. Les guides, soit par ignorance de l'état des lieux , soit seulement afin d'abréger la route, engagèrent cette immense multitude, qui contenait plus d'un demi- million d'hommes, dans des défilés étroits, à peine praticables aux piétons eux-mêmes, et resserrés entre de formidables parois de rochers '. Si les Turcs avaient su profiter de cette imprudence en occupant les hauteurs , c'en était fait de l'armée entière de la croisade. Mais , au défaut des Turcs , qui ne ralentissaient point leur course vers l'Euphrate, les pèlerins se virent aux prises avec un ennemi presque aussi meurtrier, le fléau de ces climats brûlants, la sécheresse. Le soleil de juillet, dardant ses feux sur des roches nues, transformait
t Robert le Moine , Iît. III. 3 AU>ertd'Aiz,lW. m.