‹ Godefroi de BouillonChapitre 68 sur 141 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

embrasée 9 et journellement balancé au bord du gouffre. La tète de colonne, qu'il accompagnait, se reposait déjà depuis un jour entier à Marash , au milieu d'une population arménienne et alliée, que les derniers bataillons n'étaient pas encore sortis de l'affreux défilé de Gaban.

Pendant que la grande armée arrivait ainsi dans la partie orientale de la Gilicie, le reste de cette contrée, depuis le golfe d'Alexandrette jusqu'aux rives du Gydnus, venait d'être occupé par les corps d'avant-garde.

Tancrède, en sortant de la gorge de Gouglag, avait continué de suivre la route militaire de Gésarée à Tarse, et mis le siège devant cette dernière ville , patrie de Tapôtre saint Paul. Les habitants chrétiens, qui y étaient en majorité, regardaient les croisés non comme des envahisseurs, mais comme des frères. Ils parlementèrent avec eux , et la garnison turque, reléguée dans la citadelle, sachant qu'elle ne rencontrerait aucun appui parmi les citoyens, n'essaya pas de s'opposer à la capitulation. Les Arméniens consentirent è arborer sur les remparts la bannière du seigneur sicilien, en promettant, quand l'armée des croisés serait arrivée, de se rendre à Boémond.

Cet accord était à peine conclu , que survint la troupe de Baudouin de Boulogne, harassée de sa longue course dans les montagnes et épuisée de besoin. Tancrède l'accueillit cordialement, l'hébergea et lui fit distribuer des vivres.

Baudouin pensait arriver à temps pour concourir à la prise de Tarse et en partager les profits. Quels ne furent pas son désappointement et sa colère en voyant le lendemain matin flotter sur la ville la bannière de son rival ! Aussitôt il en ré* clame la seigneurie , comme chef de la troupe la plus nombreuse* En vain Tancrède allègue la priorité de ses conventions avec les défenseurs de la place ; à toutes ses raisons l'orgueilleux Boulonnais oppose un torrent d'injures et de menaces , et sa théorie brutale du droit du plus fort. A la fin , Tancrède offre de s'en rapporter aux habitants de Tarse , et

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mande au camp leurs délégués; mais, avant toutes explica^ tioQS, Baudouin leur déclare que si sa propre bannière ue remplace pas immédiatement celle qu'ils ont arborée la veille, il va prendre la ville d'assaut, la détruire de fond en comble , et qu'ils n ont pas de quartier à attendre. Les Arméniens, considérant que Tancrède était trop faible pour les protéger, furent forcés de se soumettre à cet odieux ultimatum.

Tancrède eut le courage de dévorer cet affront et de maîtriser la colère de ses compagnons. Pour les arracher à la tentation d'une lutte fratricide , il s'empressa de les entraîner à la recherche de nouvelles conquêtes.

Aussitôt après son départ, Baudouin, par prières et par intimidation , réussit à se faire ouvrir les portes de Tarse , sans attendre la venue de la grande armée, ainsi qu'il avait été stipulé d'abord. Il se borna à occuper les tours laissées libres par les Turcs, remettant au lendemain à leur disputer la possession de la citadelle. Ce jour-là même arrivèrent devant Tarse trois cents soldats à pied, détachés du corps de Boémond pour aller rejoindre Tancrède , et qui demandèrent l'hospitalité au nouveau seigneur de la ville. Celui-ci refusa durement de recevoir les alliés du rival qu'il avait offensé. La mentie gent de sa suite, ayant vainement essayé de le fléchir, ne put que faire glisser le long des murailles des corbeilles de vivres pour les pauvres pèlerins, fatigués et condamnés à passer la nuit dans la plaine.

Le lendemain matin, le camp de ces malheureux présentait un spectacle horrible. On les trouva tous égorgés. La garnison turque avait profité des ténèbres pour s'évader de la citadelle, et s'était vengée par ce lâche massacre. Cette vue provoqua parmi les soldats de Baudouin une terrible explosion de douleur et de colère. Ils tournèrent toute leur fureur contre lui, et voulurent lui faire expier une catastrophe que sa consigne inhumaine avait causée. Le prince, poursuivi par les huées et les menaces de la multitude , n'échappa à la mort qu'en se réfugiant dans une tour. Ses officiers par-

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