‹ Godefroi de BouillonChapitre 69 sur 141 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

Tinrent cependant à calmer le peuple : ils firent d'abord respecter la retraite de leur chef, et obtinrent même qu'il serait admis à se disculper. Du haut de sa tour et sans se hasarder an milieu de la foule toujours frémissante, il prononça une harangue pathétique, protestant de sa désolation profonde et jurant qu'il avait été lié par ses conventions avec les habitants, lesquelles lui interdisaient d'introduire dans Tarse aucune autre troupe que son propre vasselage avant Tarrivée du grand o$V. En même temps, les barons, inquiets, faisaient mille avances aux roturiers, leur parlaient trèsdébonnairement, affectant de partager leur chagrin. Ainsi les rancunes s'apaisèrent, et l'autorité de Baudouin se rétablit peu à peu sur ces braves gens, qu'un sentiment généreux avait seul aimés contre lui.

La garnison française de Tarse se grossit d*un renfort bien inespéré. Un jour on vit approcher de la côte une flottille dont l'apparition mit tout le monde en grand émoi : on crut à un coup de main des infidèles du côté de la mer. Barons et archers se pressèrent sur le rivage. « Qui ètes-vous et d'oti c venez- vous? » cria- 1- on à l'équipage du premier navire qui s'avança à portée de la voix, c Chrétiens! i> fut-il répondu dans la langue des Francs. Alors le patron de ce navire, chef de toute la flottille, apprit aux croisés qu'il commandait à une bande de pirates sortis des ports de Flandre et de Hollande. Après avoir, pendant huit ans, exercé leur brigandage sur la Méditerranée, la grâce de Dieu les avait touchés; ils s'en allaient en pénitence faire le pèlerinage de Jérusalem. Quant à lui, il s'appelait Guinemer, et il était né en France, au comté de Boulogne, dans la terre d'Ëustache aux Grenons.

Il n'épronva pas moins de surprise que de joie en apprenant que la ville otl le hasard l'avait amené était gouvernée par un fils de son seigneur. Il s'attacha sur-le-champ, avec

1 Osi, armée.

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ses andacienx compagnons d'aventures , à la fortune de Baudouin. C'était à peine changer de métier. Le frère du duc^ en effet, oubliant complètement le but du pèlerinage , ne rêvait plus que conquêtes et butin. Peu après il se remit en campagne pour étendre les frontières de son nouvel État.

Chassé de Tarse, Tancrède s'était éloigné de la mer; il était remonté un peu vers le nord-est, dans la direction où il devait rencontrer la grande armée. Âdana , la première cité qui se présenta sur sa route , était déjà occupée par un chevalier bourguignon nommé Guelfe, qui Tavait enlevée aux Turcs. Tancrède, sati&fait de voir ce pays au pouvoir des croisés, s'avança jusqu'à Mamistra, qu'il prit d'assaut après nne vigoureuse résistance des mécréants. La place était riche et bien approvisionnée; il y demeura quelque temps pour reposer ses hommes de leurs fatigues. C'est là précisément que le hasard, ou peut-être une secrète et implacable jalousie, conduisit Baudouin.

En apercevant les tentes des Flamands dressées tout à coup devant les* murailles , le Sicilien croit à un nouvel outrage et se persuade qu'on vient encore lui disputer la possession de Mamistra. Il fait armer sa troupe. Tout son baronnage partage sa colère , et soudain un combat acharné s'engage entre des guerriers enrôlés les uns et les autres sous la bannière de la croix pour la défense d'une même cause. Malgré leur ardent courage, les Italiens, trop inférieurs en nombre, subissent pour la seconde fois la honte d'un échec, et sont refoulés en désordre derrière leurs remparts. Par bonheur, la nuit vint arrêter cette lutte impie. Le lendemain de sages hommes s'entremirent pour faire la paix et procurèrent un loyal accord entre les deux princes, qui, selon l'expression d'un vieil autenr, c leurs méfaits s'entr'amendèrent et s'entrec baisèrent en bonne foi^ »

Baudouin, informé alors seulement de la blessure que son

1 VEiiùire éPÉrades^ liv. m, ch. zxiv.

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