‹ Godefroi de BouillonChapitre 70 sur 141 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

frère Godefroi avait reçue à Aotiocbette, et dont il n*étaît pas encore guéri , se rendit en toute hâte , par la vallée du Djeyhftn» à Marash, oili l'appelaient les autres barons. Tancrède, à qui il avait laissé Guinemer et ses pirates , acheva la conquête du pays jusqu^à Âleiandrette. Des émirs turcs et des seigneurs arméniens , maîtres de quelques forteresses dans les gorges de TÂmanus, tremblèrent au bruit de ces rapides exploits; ils s'empressèrent de faire leur soumission, et envoyèrent vers le jeune vainqueur des messagers chargés des présents les plus magnifiques. Le héros, aussi désintéressé que brave, se contenta de ces témoignages d'amitié ou de terreur, suffisants pour assurer l'ascendant des Occidentaux sur ces vastes contrées , et il rejoignit à son tour le quartier générale

Toutes les forces de la croisade se trouvèrent alors réunies. L'heure était venue de tenter les suprêmes efforts et de frapper les coups décisifs. La Syrie, oil Ton entrait, renfermait, à l'autre extrémité de son territoire , la Palestine, but sacré de l'expédition; mais jusque-là la route était semée à chaque pas d'obstacles formidables. C'était le centre de la vaste domination des Seldjoukides. A la mort du sultan Malek-Schah, fondateur de cette puissance, o: une nuée de princes, dit un poëte persan, était sortie de la poussière de ses pieds. » Ces princes, anciens lieutenants deMalek-Schah, gouvernaient, outre la sultanie de Roum, que Ton vient de voir détruite dans le double désastre de Nicée et de Dorylée, celles de Mossoul, sur le Tigre, d'Alep et d'Aatioche, entre l'Euphrate et la Méditerranée, et de Damas, au pied du Liban. Ils conservaient des liens étroits, sinon de dépendance, au moins d'amitié, avec son fils, le grand sultan de Perse, Barkiarok, qui avait hérité de son autorité souveraine au siège du califat de Bagdad. En même temps les villes

1 La conquête de la Gilicie est racontée dans GuiUaume de Tyr j liv. HI , ch» xviu-xxv.

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maritiines, Tripoli, Beiront, Tyr et SidoD obéissaieDt à des émirs du calife da Caire. Ainsi la Syrie était le boulevard de rislamisme. Arabes, Turcs, Égyptieas avaieut un égal intérêt à en disputer le passa^, et les débris de l'armée de Kilidj- Ar&lan , refoulés dans œs contrées, soufflaient à leurs défenseurs une colère nomrelle , et ajoutaient aux inspirations du fanatisme une terrible soif de vengeance.

La perspective d'affronter tant de périls, sans autre profit que d'accompHr un vœu de pèlerinage, révoltait rambition surexcitée de Baudouin , et il n'était revenu momentanément auprès de son frète qu'avec le secret (tessein d'entreprendre de nouvelles conquêtes personnelles. Tout concourait, au camp de Marash, à le pousser dans cette voie. Il se trouva mal à Taise au milieu de ses compagnons d'armes, qui ne lui cachèrent pas leur dédain pour l'acte de félonie dont il s'était rendu coupable devant Tarse. La gloire de Tancrède, les éloges prodigués de toute part à la bravoure modeste du jeune chevalier ajoutaient à sa confusion en le remplissant de jalousie. Il supportait surtout difficilement le voisinage de son noble frère; car Godefroi, ce type de droiture et de sagesse , ne lui épargnait ni te blâme ni les sévères consr ils. Aussi aspirait-il à secouer le joug de cette vertu austère, et à chercher fortune en compagnie de gens moins scrupuleux.

Dieu lui envoya sur ces entrefaites une terrible leçon , bien propre à lui faire comprendre le néant des ambitions humaines , mais dont il ne tint aucun compte. Il vit mourir à Marash sa femme Gontechilde, qui avait pris la croix avec lui et faisait dévotement le saint pçlerinage. Ce deuil ne le détourna point de ses préoccupations profanes ; au contraire, il s'y attacha dès lors plus fortement, en sentant s'augmenter sa liberté et se rompre un des liens les plus forts qui le pussent retenir au milieu de la croisade.

Outre que son caractère le portait vers des entreprises de cette espèce , il y était à cette époque presque irrésistiblement entraîné par Tinfluence fatale d'un conseiller qui domi*

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