‹ Godefroi de BouillonChapitre 71 sur 141 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

naît toutéi ses résolatiom. C'était un ayenturier nommé PakaradS issu d*aoe famille princière de la grande Arménie. Chassé jadis de ses États héréditaires par ses propres sujets et emprisonné à Constantinople, où il essaya ensuite de re* lever sa fortune par des intrigues, il avait réussi, on ne sait comment, à s'en échapper lors du passage des croisés. Cette expédition , qui allait changer la face de TOrlent et déplacer Tautorité dans tant de provinces, lui offrait mille chances de remonter au rang d*où les révolutions l'avaient précipité. Comme il savait mieux manier la parole que Pépée, et que le génie de la brigue était plus dans sa nature que le courage, il avait choisi parmi les barons d'Occident un instrument pour la réalisation de ses desseins.

Baudouin, seigneur preux et hardi, d'un esprit mobile, facile à enthousiasmer et, par conséquent, à dominer, lui parut très-propre à ce rôle; s'étant insinué dans sa confiance, il s'appliqua à entretenir et à développer chez lui les rêves de grandeur les plus chimériques. C'est lui sans doute qui Tavait jeté sur la Cilicie à la suite de Tancrède. Cette tentative n'ayant tourné ni au profit ni à la gloire de Baudouin , Pakarad le sollicitait à Marash de chercher une revanche. Il offrait de l'introduire dans les riches plaines de la Mésopotamie , où , la puissance des Turcs et celle des Grecs se trouvant également ébranlées par l'apparition des croisés, les Arméniens seraient beureux de se donner un chef aussi illustre que Baudouin.

Celui-ci, on Ta dit, se laissa aisément séduire; mais il cacha à son frère ses préparatifs de désertion. Une grave difficulté faillit faire échouer son plan coupable, ce fut celle de recruter des soldats. Il était impopulaire dans tous les rangs de l'armée , et les gens de roture ne lui pardonnaient pas d*avoir laissé égorger devant les murs de Tarse trois cents de leurs compagnons. Il parvint néanmoins à débau-

i Albert d*Aix, \\y, III. C'est le Pancrace des historiens oocidentanx.

cher deux cents cavalicfrs et une troupe assez nombreuse de piétons 9 à la tète desquels il s'échappa fartivetnent du camp la nuit, comme un malfaiteur.

Pakarad , âme de l'expédition » la dirigea vers le sud-est , laissant sur la droite la route que la grande armée devait suivre, et pénétra dans la partie septentrionale de l'Euphratèse. Là , comme dans toutes les provinces déjà parcourues , la population arménienne, subjuguée mais non soumise par les Turcs , n'attendait que l'arrivée des Francs pour s'armer contre ses oppresseurs. Les villes de BaveneP et de Turbessel' et d'autres places importantes ouvrirent spontanément leurs portes à cette invasion libératrice ; et Baudouin , enivré de ces premiers succès , récompensa son conseiller et son guide en lui donnant la seigneurie de Ravenel. Il marcha ensuite vers l'Euphrate, excitant partout, par sa seule présence, le courage des habitants, qui chassèrent les infidèles de toute la contrée. La reconnaissance du peuple, plus encore que la force de ses armes, le rendit maître absolu du riche pays qui s'étend depuis la chaîne de l'Amànus jusqu'à TEuphrate.

Le bruit de ses triomphes s'était répandu au delà de ce fleuve. Il avait ému la capitale de la Mésopotamie , Édesse , l'antique Rhagès, célèbre dans la Bible par le voyage du jeune Tobie, et qui avait été convertie au christianisme, dès les premiers temps de sadifTusion dans le monde, par la prédication de l'apôtre saint lude. Cette vieille cité se trouvait alors isolée, et dans une situation très-précaire, au milieu des conquêtes des Turcs. Elle avait pour gouverneur un prioce hétoumien, nommé Thoros, qui y avait été envoyé autrefois par l'empereur de Gonstantinople Romain Diogène, avec 1^ titre de curopoiate. Enfermé à Édesse lors de l'invasion turque, et abrité par la puissance de ses remparts, il s'en était trouvé souverain en quelque sorte malgré lui, après

1 A^jourdlim Rawendan.

2 Aujourd'hui TeUl>a8cher.

Page 1