CHAPITRE VII
Teffondrement de Tautorité impériale dans ces contrées. Fort avancé en âge et d'un caractère pusillanime, il ne soutenait son fantôme de pouvoir qu'en payant tribut aux sultans du voisinage , et en subissant à chaque instant leurs exigences humiliantes et onéreuses.
Les ÉdessénicDS , d'accord avec leur gouverneur, implorèrent le secours de Baudouin. On envoya vers lui Tévèque et douze des principaux habitants, qui n'eurent pas de peine sans doute à lui faire accepter ce glorieux protectorat. Ayant laissé de bonnes garnisons dans toutes les places dont il était devenu maître , il ne lui restait plus que vingt hommes d'armes. C'est avec cette faible escorte qu'il osa entrer dans la Mésopotamie y dont les infidèles gardaient les avenues; mais son nom seul valait une armée par la terreur qu'il inspirait. Il arriva sans coup férir à la capitale. Le gouverneur vint à cheval au-devant de lui, entouré de presque tous ses sujets, et le clergé le reçut en procession, au son des instruments et au milieu des acclamations de la foule.
Thoros ne tarda pas à prendre de l'ombrage de ces témoignages unanimes de joie et de confiance prodigués au nonveau venu ; il s'efibrça de bien régler leur situation respective et d'assigner un rôle subalterne au guerrier français , en lui offrant une solde pour les services qu'on attendait de lui contre les infidèles. Mais Baudouin répondit dédaigneuse* ment qu'il n'était pas venu pour se mettre aux gages d'un mattre quelconque, et menaça d'abandonner sur-le-champ la ville, si on ne le traitait pas suivant son rang.
Le peuple naturellement ne voulut point le laisser partir, et obligea son vieux prince national à faire avec le baron de France un partage égal de sa souveraineté. Afin de couvrir ce qu'une concession ainsi arrachée avait d'humiliant, Thoros, qui n'avait point d'enfants, adopta Baudouin pour son fils et son héritier* Mieux eût valu se résigner à une abdication formelle, car Baudouin n'était pas homme à supporter longtemps une rivalité même purement apparente.
i90 GODEFROI DE BOUILLON
L'ennemi le plus terrible d'Édesse était Témir turc de Samosate, nommé Balduc. Les Arméniens, qui jusque- là avaient borné leurs efforts à mériter son indulgence en lui payant fidèlement les tributs qu'il exigeait, se sentirent tout à coup animés d'une ambition plus haute, celle de^conquérir par les armes leur indépcDdance. Ce peuple d'opprimés timides deyint en un instant, par le seul contact des croisés, une armée belliqueuse. Baudouin les entraîna au siège de Samosate; mais le succès ne répondit point à l'ardeur impa« tiente des assaillants. Jaloux cependant de ne pas compromettre sa popularité naissante dans les lenteurs d'un blocus, il en confia la direction à ses barons et reparut dans la capitale de la Mésopotamie.
Il y trouva les esprits en effervescence et couvant un sinistre projet, dont sa présence devait bâter le déooûment. Une conjuration s'était formée contre le vieux gouverneur, à qui l'on reprochait de rester oisif dans son palais, au milieu du soulèvement général de ses sujets pour la délivrance de la patrie, et pendant qu'un étranger se dévouait à cette œuvre d'affranchissement national. On Taccusait même d'être secrètement vendu aux ennemis, et Ton rappelait que le sultan d'Alep, s'étant emparé, quatre ans auparavant, delà ville d'Édesse, avait confirmé Thoros dans ses fonctions. Quels que fussent ses aniécédents et même ses dispositions intimes, Tâge de ce vieillard aurait pu alors suffisamment expliquer son inaction, surtout aux yeux de ceux qui l'avaient si longtemps approuvée et partagée. Mais les passions populaires ne raisonnent pas : elles transforment vite les suppositions en certitude. Sur un soupçon, sur une apparence, Thoros fut condamné et sa mort résolue. On dit que les princes roupéniens du voisinage, mis dans la confidence de ce complot criminel, y donnèrent la main, soit par une rivalité de famille, soit dans le dessein de cimenter leur récente alliance avec les croisés, en favorisant l'établissement de Baudouin dans la principauté d'Édesse,
FZ^