CHAPITRE Yll
Au moment conyenu , nw multitode furieuse euvabit et saccage le palais du gouverneur. Le vieillard s'enfuit dans la citadelle. On Ty poursuit, et, sans pitié pour ses supplies* tions , saM respect pour ses cheveux blancs , quelques for* cenés le précipitent, sanglant et déchiré, au pied des remparts (8 mars 1098) ^
C'est ainsi que Baudouin devint prince d'Ëdesee* Les historiens occidentaux racontent que rémeute triomphante réleva à cette dignité par contrainte et malgré lui; mais, avec l'ascendant qu'il exerçait dans la ville, il lui eût été facile sans doute d'empécber le crime dont il bénéficia , et rien ne peut Texcuser de n'être pas intervenu pour sauver «m père adoptif.
Bientôt il acheta Samosate, s*empara de Soiorge et de plusieurs autres places des infidèles, et sa domination s'é* tendit sur les deux rives de l'Euphrate et sur la plus grande partie de la Mésopotamie. Riche et puissant désormais, le but de la croisade était atteint pour lui, et il ne se préoccupa plus de la délivrance de Jérusalem.
Il fut le premier baron chrétien qui fit un élablisBement définitif sur cette terre d'Asie, où ses couspagnoM d armes n'avaient jusque-là considéré leurs ooaquéles que comme des étapes vers le glorieux terme de leur pieux pèlerinage. 11 ne négligea aucun moyen de s'asseoir, de se naturaliser en quelque sorte dans sa principauté arménienne. La perte qu'il avait laite naguère de sa première femme lui permit même de s'attacher plus étroitement à sa patrie d'adoption* U s'allia à la puissante dynastie des Roupéniens, en épousant Arda , fille de Taphnuz et nièce de Constantin , le grand chef de Yahga.
Cependant, dès le commencement de l'automne 1097, la grande armée s'était acheminée vers Antioche. La première
i Dalanrier, DêeummU arm^ienij t. I, p. 8049. — Gaillaïuae de Tïr,lit,lV,ch.i-vt,
i9î GODEFROI DE BOUILLON
place importante qu'elle rencontra était Arthésie S l'ancienne Chalcis, ville chrétienne occupée par les Turcs, et dont les habitants arméniens^ en voyant les croisés mettre le siège devant leurs murs, se ruèrent sur la garnison infidèle » regorgèrent et ouvrirent leurs portes aux guerriers d'Occident.
Il n*y avait que quinze milles d' Arthésie à la capitale de la Syrie; mais la route fut défendue pied à pied. Les escadrons turcs qui y étaient échelonnés , après une vigoureuse et impuissante tentative pour reprendre d'assaut Arthésie, essayèrent sans plus de succès d'attirer partiellement les chrétiens dans une embuscade. Ils se retranchèrent alors , à mi-chemin, sur un pont fortifié du fleuve Oronte, appelé pont de Fer'i qui formait l'unique entrée de la vallée d'Antioche. Heureusement la population arménienne était d'intelligence avec les croisés et les tenait au courant de tous les mouvf iients de l'ennemi. Cependant ils . n'avançaient plus qu'avec une extrême circonspection et toujours en grande masse, afin d'éviter les surprises, et défense fut faite à tous barons et vassaux de s'écarter des corps d'armée sans un ordre exprès du conseil des princes.
Aux deux extrémités du pont de Fer se dressaient des tours puissantes garnies d'habiles archers. La tète de colonne^ toujours composée du vasselage de Godefroi, enleva d'assaut les deux premières redoutes , traversa le pont sous une pluie de projectiles lancés de l'autre rive, en força l'issue par un nouvel assaut et déboucha au milieu des rangs ennemis, que pressait en même temps par derrière une seconde division des croisés, qui avait franchi le fleuve à gué.
Après une courte mais sanglante mêlée, les Turcs étaient taillés en pièces et dispersés. Les chevaux rapides des fuyards
1 Ai;yourd'hui Rionesrin , un peu au sud d'Alep.
2 L'Oronte, dans la langue du pays, s'appelait le Fer, d*oû le nom de ce pont,c[ui, du reste, était construit en pierres. (Guillaiune de Tyr, liy# IV, ch, vin.)