‹ Godefroi de BouillonChapitre 78 sur 141 · CHAPITRE VIII soi · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII soi

tonte sorte qai avaient jnaqne-là, à son insu, favorisé les dérèglements de ses soldats et les embuscades de l'ennemi.

C'était la porte du Chien qui donnait ordinairement passage aux détachements sarrasins chargés de ces hardis coups de main. On a déjà dit qu'un vaste marais, traversé d'un pont de pierre, s'étendait devant cette porte. Les Provençaux, campés en face , essayèrent par mille moyens de démolir ce pont fatal; mais ni les pics, ni les marteaux, ni aucun des engins employés n'en ébranlèrent les puissantes assises. Après bien des tentatives, les princes n'eurent d'autre ressource que de faire amener, à force de bras, des blocs de rochers, dont on fit une épaisse barricade, qui mura la porte, vainement battue pendant un jour par trois mangonneaux^

Deux mois s'étaient ainsi passés en escarmouches insignifiantes, et le siège n'était pas plus avancé que le premier jour : nul ouvrage propre à faciliter l'attaque n'était même envoie de construction. Le blocus était dérisoire, et Antioche, loin de devenir la prison de ses défenseurs , semblait bien plutôt être peureux un camp retranché, abritant leurs réservés et sans cesse ravitaillé aux dépens des assiégeants.

Aussi c'est parmi ces derniers que la disette commença à sévir. Hommes et chevaux ayant consommé en moins d*un mois les provisions d'une année, les vivres et les fourrages manquèrent, dès avant la fin de l'automne, dans un rayon de plusieurs lieues. On n'osait plus s'aventurer trop loin , tant les Turcs faisaient bonne garde. Leurs colonnes volantes parcouraient et surveillaient tout le pays : telle troupe de fourrageurs , composée de trois à quatre cents hommes , périt tout entière dans leurs embuscades. Ceux qui échappaient au péril vendaient au poids de l'or les animaux qu'ils avaient pu ramener. Les historiens rapportent que les denrées coûtèrent alors plus de vingt fois plus cher qu'au commencement du siège ; encore n'y en avait-il pas assez pour que les plus riches

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sot GODEFROJ DE BOUILLON

même pussent se rassasier. Les gens d'armes se virent de nouveau réduits à la dure nécessité de tuer leurs chevaux, qui d'ailleurs seraient morts de faim. L'armée comptait, en entrant en Syrie, soixante-dix mille cavaliers montés : au mois de décembre, il ne lui restait que deux mille destriers de bataille ^ Les bètes de somme servirent également à l'alimentation de ceux qui pouvaient se payer de la viande. Pour le menu peuple, heureux quand il avait à dévorer les morceaux de rebut, et même les peaux. Le plus souvent il faisait sa pâture de racines d'herbes, de chardons crus, mangés sans aucun assaisonnement.

Ces horribles privations engendrèrent une maladie contagieuse , qui , avec la famine , emporta chaque jour par milliers les pauvres pèlerins. Les rigueurs croissantes de la saison s'ajoutaient à ce double fléau. Des pluies torrentielles avaient détrempé et changé en une sorte de cloaque les terres basses où se dressait le camp des chrétiens, particulièrement les quartiers des Provençaux et des Lorrains, situés au point inférieur de la vallée. Les tentes pourries, tombant en lambeaux, laissaient sans abri une foule en haillons, famélique et grelottante, qui implorait vainement l'assistance de ses chefs, plongés comme elle dans la misère et le découragement.

La maladie persistante de Godefroi de Bouillon , aggravée encore par le froid et les privations, n'était pas la moindre des calamités qui frappaient son peuple ; car nul autre chef ne savait comme lui , dans les circonstances difficiles , relever par la parole et par l'exemple le moral des pauvres gens.

Le plus profond accablement régnait dans tous les rangs de l'armée. Beaucoup de chevaliers et plus encore de pèlerins s'éloignaient de cette plaine maudite, et s'en allaient demander asile à leurs frères établis en Gilicie et à Édesse. La mort

1 Guillaume de Tyr, liv. IV, ch. xyu.

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