‹ Godefroi de BouillonChapitre 79 sur 141 · CHAPITRE V2II t · texte numérisé non relu

CHAPITRE V2II t

et la désertion avaient , au temps de Noël ^ diminué au moins de moitié les eflfectifs dans les diflférents corps.

A cette époque, les détachements de fourrageurs ne rapportant plus rien de leurs explorations quotidiennes dans une région trop limitée , le conseil se décida à dégarnir pendant un jour ou deux ses lignes d'in vestissement , pour envoyer une forte colonne butiner dans les territoires encore inexplorés. On confia à Boémond et au comte de Flandre le commandement de cette troupe, qui fut composée de la plus grande partie des hommes valides. Le reste fut chargé de la garde des cantonnements , sous les ordres du vieux Raimond de Saint-Gilles et de Hugues de Yermandois. Godefroi était toujours alité.

Mise par ses espions au courant de tout ce qui se passait dans le camp chrétien , la garnison d'Antioche fit une sortie aussitôt après le départ de Boémond et de Robert. Elle franchit la porte du Pont, et parut subitement aux avant-postes des Lorrains, sur la rive droite de TOronte. Le comte de Saint-Gilles , rassemblant à la hâte quelques compagnies de cavalerie , s'élança à la rencontre des Turcs et arriva à temps au bout du pont de bateaux pour leur en défendre Tentrée. Puis, donnant le signal et Texemple d'une de ces charges irrésistibles où excellait la chevalerie d'Occident, dès le premier choc il leur fit lâcher pied et les repoussa vers leurs remparts. Cette rapide manœuvre ne lui coûta que deux hommes. Malheureusement, au milieu de la débâcle, le cheval d'un Turc désarçonné, essayant d'échapper au car* nage, passe au galop devant les vainqueurs et bondit à travers la plaine. Dans le dénùment profond où ceux-ci se trouvaient, une telle proie n'était pas à dédaigner. Quelques hommes d'armes abandonnent donc la poursuite de Tennemi, et courent après le cheval. Alors ceux qui les suivaient croient à une déroute, se débandent et fuient pèle-mèle, se tuant les uns les autres. Les musulmans, sans rien comprendre à cette panique, n'eurent qu'à tourner bride pour redevenir

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maîtres da champ de bataille. Les chrétiens , balayés à leur tour et bousculés en désordre jusque sur le pont de bateaux , y furent en grand nombre sabrés ou précipités dans le fleuve. Les Turcs, on ne sait pour quelle cause, ne poussèrent pas plus loin cette victoire inespérée, quand il leur était cependant facile d'envahir et de ravager tous les quartiers à peu près dégarnis de défenseurs.

Pendant ce temps, Boémond et Robert s'étaient dirigés vers Torient, dans la région des montagnes. Après avoir soutenu deux combats victorieux et avoir pillé le pays , ils revinrent sous les murs d'Antioche avec une foule de che* vaux et de mulets chargés de provisions.

Mais qu'était-ce que les dépouilles de quelques villages pour trois cent mille bouches affamées ? Au bout de quelques jours, la situation fut pire encore qu'avant l'expédition, car il n'y avait plus rien à tirer des environs. La désertion devint alors presque générale , surtout parmi les pauvres gens qui ne conservaient nul espoir d'atteindre jamais au but de leur pèlerinage. Les seigneurs osaient à peine les retenir : n'étaitce pas les dévouer à une mort certaine et accroître les charges des vrais combattants ^ ?

Ces derniers eux-mêmes, et jusqu'aux plus considérables, suivirent bientôt ce fatal exemple. Le duc de Normandie avait donné le signal en se retirant à Laodicée, et, malgré les appels réitérés de ses compagnons d*armes, il ajournait indéfiniment son retour. Robert Courte -Heuse n'était pas homme à s'exposer à la famine.

Quelqu'un qui n'était pas non plus d'un caractère à supporter de grandes souffrances dans l'intérêt de la croisade, c'était le Grec Tatice. Il pressa les chefs de lever le siège jusqu'au commencement du printemps, et de prendre leurs quartiers d'hiver dans les places de la frontière, oii ils pourraient attendre sans péril T immense armée que, disait-il, Tempe*

1 Robert le Moine, et Foucher de Chartres , ch. viii.

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